Episode 1 :
Je me souviens encore de cette nuit là. D’ailleurs, était-ce la nuit ou le jour, je ne peux le dire, car cela fait plusieurs générations que les hommes ne voient plus la lumière du jour. Cette nuit éternelle pourrait rendre n’importe qui fou. Elle était presque parvenue à son but ce jour là. C’était terrible. Je n’avais plus les forces de lutter. Je voulais en finir. J’avais réussi a me cacher, loin d’eux. J’avais 15 ans, l’âge à partir duquel nous ne sommes plus sous protection. L’âge à partir duquel il faut commencer la lutte pour survivre. Mais moi je ne voulais plus me battre. Cela faisait déjà 6 mois que j’errais. Je n’avais su me rattacher à une bande. De toute façon, je les fuyais. Je ne voulais plus les voir. Je les haïssais autant que je me haïssais. Cette nuit, j’avais décidé d’en finir. Je voulais enfin trouver le calme, le repos éternel qu’est censé apporter la mort. Alors je me suis mis à hurler. Ils entendraient mes cris et viendraient me trouver. Mais je ne voulais pas non plus leur laisser le plaisir de me tuer. J’allai me donner moi-même la mort. Je souffrais trop intérieurement pour pouvoir continuer.
L’endroit où je m’étais caché était situé dans les anciens bunker, installés à l’annonce de la Guerre Atomique. Une faible lueur me permettait de distinguer mes pas. Ces endroits étaient dits maudits par les hommes. Cela n’aurait pas dut empêcher les lycanthropes et les rats de venir. Les canalisations couraient le long des murs, comme de gros serpents, à la digestion pénible. L’eau qu’ils drainaient faisait un bruit régulier, à peine audible au début, mais qui ne tardait pas à vous faire perdre la tête après quelques heures. Les murs suintaient, et j’avais pris appuie contre l’un d’eux. Je portais une ceinture à ce moment et je la dénoua. Je la fit passer par dessus un des nombreux tuyaux. Celui-ci était de petite taille. Pendant un instant je crains qu’il ne supporta pas mon poids. Puis je saisis le bout de la ceinture qui pendait. Mon salut. Elle serait trop courte. Je ne savais trop quoi faire, mes pensées étaient ce moment très embrumées. C’est alors que je vis, contre un mur un miroir. La luminosité était très faible, mais je décidai, une dernière fois avant de mourir d’aller regarder l’image des restant de l’humanité, l’image de la chute irréversible dans laquelle les hommes se sont engagés depuis le 20ème siècle. Un résidu, voilà ce que j’étais. Je m’avançai alors pas à pas vers le miroir…