L'Apollonide - souvenirs de la maison close
Date de sortie cinéma : 21 septembre 2011
Réalisé par Bertrand Bonello
Avec Adèle Haenel, Hafsia Herzi, Jasmine Trinca
Long-métrage français . Genre : Drame
Durée : 02h02min Année de production : 2011
Distributeur : Haut et Court
5 nominations : Festival de Cannes 2011 edition n° 64
Voir les 5 nominations
Synopsis : À l'aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.
Sans doute le film que j'attends le plus avec Drive de Refn et Hors Satan de Dumont, parce que Bonello m'a envoûté avec son de la guerre, et je n'ai qu'une seule envie c'est de replonger.
Je l'attends aussi ![]()
Et surtout le sujet est assez intéressant je trouve, avec de la guerre et Tiresia ça va faire le 3° film que je vois de lui et à chaque fois il est question d'être retiré du monde extérieur.
Cette année il y avait quand même de très bons films a Cannes, entre celui la, Pater et Tree of life, Drive et Hors Satan que j'attends aussi beaucoup et Polisse.
J'essayerais de voir De la guerre avant le 21 septembre ![]()
Je l'attends beaucoup aussi.
Ah oui j'avais oublié Polisse qui me dit bien aussi (mais moins que les 3 que j'ai cité).
Et le LVT qui sort sous peu. Je sens qu'on va encore se faire plaisir cette année au cinéma !
Regarde le de la guerre c'est vraiment excellent, il y a un côté fou, j'ai jamais vu ça. Il y a une scène magnifique où Amalric joue deux notes à la guitare en boucle, c'est ![]()
Ah oui Melancholia, c'est celui que j'attends le plus enfaîté :hap;
Et a la limite je suis curieux de voir The Artist.
Je l'ai depuis un moment, je le met sur ma liste des prochains films a voir. Amalric quoi ![]()
The Artist je sens que je vais être déçu, mais ça peut être une bonne surprise.
Amalric est très bon dans ce film, mais Guillaume Depardieu est totalement habité par son personnage, je me dis en voyant ce film qu'il a autant de talent que son père et que sa mort est vraiment dommageable pour le cinéma.
http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19729056.jpg
J'adore l'affiche ![]()
J'aime beaucoup aussi.
J'ai juste lu le début de l'article des cahiers (ces enculés ayant la mauvaise manie de spoiler, même si on ne va pas forcément voir ce genre de films pour l'histoire), ils parlent du meilleur film de Bonello (déjà ça, ça fait envie), mais du film français (ou du moins l'un d'entre eux) le plus amble et ambitieux depuis longtemps.
Ça empeste le chef d'oeuvre quoi.
Je me suis fait spoiler la fin par Sauvion, en plus c'était un truc bien ![]()
Ok merci de prévenir je ne regarderai la critique qu'après avoir vu le film. Le 21
c'est loin
Ahhh il passe dans mon ciné, j'avais peur que je dusse changer de ciné pour le voir (et payer accessoirement !)
J'espère ne pas être déçu.
Entre celui là et Restless demain va être une bonne journée (du moins je l'espère)
L'Apollonide était l'un des films que j'attendais le plus cette année (avec Drive et Hors Satan). Ce début d'année était très calme niveau très bon film, à part Detective Dee, je dirai qu'il n'y avait rien eu jusqu'à Cannes (avec le Dardenne, le Allen, le Cavalier etc) qui m'ait totalement fait vibrer, mais là depuis les grandes vacances j'ai l'impression que les excellents films s'enchaînent. Et L'Apollonide fait parti d'entre eux. Alors certes ça ne plaira pas à tout le monde, c'est formellement audacieux, il n'y a pas d'intrigue à proprement parler, on est dans une sorte de cinéma expérimental soft, comme pouvait l'être de la guerre, que j'avais adoré. L'Apollonide a les mêmes défauts et qualités que ce dernier, peut-être quelques maladresses, une ou deux scènes qui fonctionnent pas totalement, mais surtout des scènes sublimes, avec un montage magnifique.
Le cinéma de Bonello semble bénéficier d'un montage son proprement hallucinant, pas seulement la musique, très bien choisie, mais aussi, des simples sons, par exemple ce son de basse dans la première partie du film, faisant vibrer la salle entière, couplé à cette image (que je ne spoile pas), c'est sublime, flippant.
Après je ne sais pas si tout a un sens dans le film, notamment au niveau d'une certaine symbolique, mais ça reste très beau visuellement. Le film propose des choses, je pense à cette musique qui n'est que dans une pièce, et qui se coupe brutalement lors d'un raccord avant de reprendre de plus belle au plan suivant, le tout dans une sorte de spleen magnifique.
Visuellement le film est un régal, mise en scène sobre et magnifique, mais aussi une très belle photographie.
Après l'immense qualité aussi, c'est les actrices, pleins de visages connus : Adèle Haenel la fille de Naissance des pieuvres, Hafsia Herzi la fille de la Graine et le Mulet ou bien Noémie Lvovsky. Et elles sont toutes touchantes, avec leur propre personnalité, sans forcément qu'on s'attarde sur elles.
Le film ne juge pas, ni les hommes qui vont dans cette maison close, ni les femmes qui y sont, ni même le concept de la maison close, même si cet enfermement semble moins créatif pour ceux qui y sont que celui de de la guerre.
C'est vraiment un film très sensoriel, qui doit se vivre avec les tripes.
Je ne suis pas certain d'avoir vu un film (si ce n'est une petite partie de Vénus Noire et encore plus pour le côté maison close que sur la mise en scène ou le propos du film) qui ressemble de près ou de loin à ça. En tous cas Bonello continue de m'intriguer et c'est je pense avec Dumont les "jeunes" réalisateurs français les plus prometteurs actuellement (bon faut pas oublier Desplechin et Kechiche non plus)
http://www.canalplus.fr/c-cinema/pid2959-c-emissions-cinema.html
la critique du cercle.
Putain Sauvion elle a bouffé du lion depuis quelques temps, elle a gagné 50 points de QI.
L’Apollonide – souvenirs de la maison close est une œuvre aussi sublime que glaçante.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’esthétique du film : dans ces décors luxueux et avec leurs magnifiques costumes d’époque, les femmes – toujours bien maquillées – semblent sortir tout droit d’une toile de maître. Bertrand Bonello s’est bien entouré et excelle pour mettre ses actrices en valeur, à l’aide de jolis plans aux jeux de lumière intelligents, faisant toujours ressortir le corps des femmes et/ou leurs costumes colorés devant des fonds sombres. Chaque mouvement de caméra est pensé pour faire ressortir les formes des femmes, et le film s’admire comme une succession de jolis tableaux.
La première partie (« au crépuscule du XIXe siècle ») de l’histoire montre un commerce lucratif, celui d’une maison close où les clients vont et viennent sans cesse. On y découvre la vie routinière de ces femmes, on y partage leurs peines et leurs quelques joies, on apprend à connaître la mère maquerelle. Les clients sont pour la plupart des habitués, et entrent dans ce lieu de vie comme ils iraient au théâtre. Le parallélisme va d’ailleurs plus loin, puisque chaque femme y joue une comédie, chaque chambre étant lieu d’une scène différente en fonction du désir de ces messieurs. L’une des nombreuses bonnes idées du film : faire jouer ces clients par des cinéastes. Tels des réalisateurs de film, les clients avaient finalement en face d’eux des actrices à qui ils pouvaient demander de jouer n’importe quel rôle. On retrouve ainsi pêle-mêle, un peintre – visiblement grand admirateur de « l’Origine du Monde » – un fan de champagne ou un mordu des poupées. Mais bien sûr, derrière le maquillage et les sourires de façade, la réalité est bien difficile.
Le spectateur peut le deviner dès la scène d’introduction, qui revient montée d’un point de vue différent par la suite : quelque chose s’est passé avec ce client qui fait tant peur à l’une des femmes, Madeleine. Celle-ci se fait agresser, et sa cicatrice indélébile fait d’elle un monstre de foire qui n’est pas sans rappeler le Joker (de Batman)… ce qui attirera d’autres hommes avec d’autres fantasmes. Autre séquence effrayante : celle de l’examen médical que les femmes doivent régulièrement subir. À l’époque, aucun moyen de contraception, ni de protection contre les maladies. Le plus cruel étant que les femmes s’inquiètent peut-être davantage pour leur travail – et du fait de ne plus pouvoir s’acquitter de leurs dettes – que pour leur santé.
La seconde partie (« à l’aube du XXe siècle ») montre la fin de cette maison de luxe, devenue trop taxée pour rester rentable. À l’image des fleurs qui se fanent, la maison close est une simple entreprise en crise. Comme si le triste destin de ces femmes n’était déjà pas suffisant, elles risquent de se retrouver dans un bordel plus sauvage encore.
Bonello a pris quelques orientations salutaires, comme celle de ne pas être racoleur, en suggérant beaucoup de choses finalement inutiles à l’image, et notamment les actes sexuels. Le film n’en reste pas moins très dérangeant, surtout avec cette scène d’agression qui, hantant l’esprit de la victime et ayant considérablement bouleversé la vie de la maison, revient souvent à l’image. Au-delà de la nudité évidemment très fréquente, le réalisateur en montre rarement trop, se contentant d’être cru sans être voyeur, et toujours avec une image remarquable. Le fond et la forme sont ainsi diamétralement opposés, mais finalement en parfaite adéquation avec ces femmes : elles doivent être d’apparence les plus attirantes possible malgré leur pauvre sort, alors L’Apollonide utilise sa beauté comme cache-misère de la cruelle vérité qu’il décrit. Autre choix osé mais pertinent, la jolie bande-son anachronique – comme pour cette scène de danse sur « Nights in white satin »…
Enfin, vient cette séquence finale, celle du XXIème siècle, plus dérangeante. Grain de l’image grossier, caméra maladroite : l’opposition souhaitée avec la mise en scène d’époque est évidente. Le message du réalisateur l’est moins. Dénoncer la situation des femmes toujours exploitées ? Regretter le temps des maisons closes ?
Pour avoir évoqué les dangers des maladies jusque dans les établissements les mieux entretenus, et globalement admirablement reconstitué sans parti pris cette époque pas plus glorieuse, Bonello et son L’Apollonide mérite qu’on lui laisse le bénéfice du doute et qu’on salue son œuvre.
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http://cine.balie.me/
Emmanuel_Petiot
Très bonne critique. ![]()
En effet, c'est très "pro".
Ma critique de l'Apollonide sur le blog (un peu sur le tard par contre)
Le cinéma français a tenu une belle place cette année dans le cadre de la sélection officielle du festival de Cannes. L'Apollonide de Bertrand Bonello (Le pornographe, De la guerre...) est le cinquième long-métrage de son auteur et s'intéresse à la vie d'une maison close à la fin du XIXème siècle. Une chose est sûre, le cinéaste a fait preuve d'ambition que ce soit au niveau formel ou au niveau du traitement de son sujet. L'Apollonide évite la facilité et nous offre un récit novateur et mené de main de maître. Analyse:
Je ne connaissais absolument pas Bonello et ce film fut donc une découverte. J'ai d'abord été frappé par l'aspect visuel du film qui a bénéficié d'un traitement réfléchi. Ce film paraîtrait presque être un tableau tant les décors, les couleurs, les teintes et les personnages nous renvoient directement à cette époque avec une aisance folle. Esthéiquement c'est juste beau, le travail sur l'image et en particulier les jeux de lumière est admirable et ça contribue fortement à l'ambiance si particulière du film.
L'intérieur de la maison close semble avoir l'allure d'une prison dorée, baignant dans un luxe de façade. On y ressent comme un drôle de contraste entre chaleur humaine et chaleur etouffante. D'ailleurs le film entier semble régi par le contraste. Rien que dans sa conception, Bonello a réussi à orchestrer un contraste entre classicisme et modernisme et c'est un pari réussi, ce choix ne choque pas et même mieux, il semble pertinent alors que le débat de la réouverture des maisons closes a refait surface dernièrement.
Le modernisme dans ce film n'est pas seulement l'utilisation d'éléments anachroniques étant donné que le film paraît être d'actualité, la scène finale troublante en est d'ailleurs la parfaite illustration (je reviendrais dessus plus tard). Ce qui est touchant dans ce film c'est que Bonello a su lui donner une dimension humaine. Aucun personnage principal ne se dégage, le film ne contient pas une trame scénaristique classique mais pourtant on s'attache aux différentes protagonistes et on prend un certain plaisir à les voir évoluer. L'utilisation de la musique est particulièrement savoureuse. La scène de danse sous le magnifique air "Nights in White Satin" des Moody Blues est un véritable générateur à frissons. Le travail sur le son est admirable, la discrète musique utilisée dans les scènes se déroulant dans la maison close participant à l'ambiance feutrée du film tranche parfois radicalement avec l'utilisation d'une musique contemporaine; soulignant l'aspect moderne du film.
On ne retrouve pas ici la structure d'un film choral, plutôt celle d'un film collectif. On y suit la vie de la maison close sans s'attarder sur les motivations personnelles des protagonistes. La qualité de mise en scène est admirable d'ailleurs. Outre des cadrages minutieux et de symapthiques plan-séquences, il y a une véritable adéquation entre la forme et le fond et ce travail de réalisation ne semble en rien mécanique malgré le fait que tout semble avoir été étudié dans le moindre détail. Mieux, le film fait même preuve d'une certaine grâce, d'une belle forme de sensualité.
Le film de Bonello n'est pas racoleur pour un sou. Bien sûr en tant que spectateur on observe les coulisses d'une maison close mais point de voyeurisme malsain, rien n'est gratuit. Par contre le film malgré son côté très sensuel n'en demeure pas moins terrifiant. Terrifiant dans sa manière de décrire l'être humain notamment. Il n'y a aucune charge contre les clients de maisons closes, Bonello reste neutre, mais certaines scènes sont réellement glaçantes. Je pense au sort de "la femme qui rit", victime d'un délire de client parti trop loin. La prostituée semble, avec tous les clients, être un jouet, l'objet de mises en scène plus ou moins fantaisistes.
L'Apollonide est une oeuvre très humaine et féministe. On entre aisément dans ce lieu feutré pour se laisser transporter. Le film peut rebuter par son rythme assez lent mais pour ma part ce ne fut pas un problème. La narration éclatée laisse comme une forme de suspense également malgré l'absence d'un véritable fil conducteur, le film est réellement passionnant.
Oeuvre riche, complète et sincère, l'Apollonide laissera rarement indifférent. Si le film paraît neutre durant la majeure partie du temps, la scène finale trouble. On peut comme y apercevoir le point de vue tranché du cinéaste concernant la condition des femmes réduites à la prostitution et sur la (possible) réouverture des maisons closes. C'est culotté et surprenant. Je suis sorti retourné de ce film tout aussi magistral que troublant. Le cinéma français tient une nouvelle perle et une fois que le générique de fin apparaît sous l'air "Bad girl" de Lee Moses on est prêts à redemander un nouveau voyage aussi entraînant et sublime que cet Apollonide. Un grand film.
8.5/10