Réalisé par Robert Bresson
Avec Martin Lassalle, Marika Green, Pierre Leymarie
Long-métrage français. Genre : Drame, Policier
Durée : 1h15 min Année de production : 1959
Synopsis : L'itinéraire de Michel, jeune homme solitaire, fasciné par le vol, qu'il élève au niveau d'un art, persuadé que certains êtres d'élite auraient le droit d'échapper aux lois.
Ma critique. (Je suis un piètre critique et écrivain, mais je l'ai faite de tout mon cœur et de toute mon âme, et aussi à l'aide de critiques trouvée sur le net dont je donnerais les liens après.)
Michel, le héros de Pickpocket, décide après mure réflexion (et non pour un quelconque arrangement personnel), qu'il existe une élite, dont il fait partie, qui peut légitimement élever le délit au rang d'art. Dans ce film, Bresson pousse à son paroxysme l'idée de « faux jeu » , voire d'absence de jeu, semblable à Godard, Resnais ou Rohmer, et qu'il a exploité au point d'en faire sa marque de fabrique. Bresson emploie à cet escient des acteurs non-professionnels, pour retrouver les réflexes et les automatismes, ce qu'il appelle « la nature », par opposition au naturel. Il capte ainsi le vrai, le réel, mettant le spectateur en face d'un homme plutôt que d'un comédien quand il observe les réactions de l'acteur, la lueur de son regard. Le récit commence en voix-off, racontant les lignes d'un journal intime qu'une main écrit racontant l'histoire de Michel, l'objet du film. Pickpocket est donc une introspection, mais cependant le spectateur ne s'identifie pas au personnage, car Bresson le film toujours d'un point de vue externe, distance équivoque expliquant peut-être la fascination du spectateur pour le personnage, et excluant toute sentimentalité. Rarement un film n'a été si proche du récit littéraire. Michel lit beaucoup, la voix-off et les dialogues égaux donne l'impression de rentrer dans la lecture d'un roman. L'utilisation de la caméra introduit un véritable langage poétique. Michel parle souvent hors-champ, au début du film on l'entend parler sans le voir, ce qui accentue par la même occasion l'opacité fascinante du personnage. Bresson est au sommet de son art. La plus belle scène, la plus magique, la plus magistralement orchestrée est sans doute celle de la Gare de Lyon. Cette danse, ce ballet virtuose de mains se posant sur des sacs, se repassant des butins, se glissant sous des vestons dans un silence de plomb laisse le spectateur ébahi devant tant de maitrise technique. Et dans la scène finale explose toute la sentimentalité de Michel, qu'on croyait perdu aux tréfonds de son être. L'émotion provoquée par les films de Bresson tient du miracle, car elle prend racine dans l'austérité la plus totale. Cette réussite tient au fait que Bresson maitrise tous les outils du « cinématographe » et parvient à exprimer avec une caméra ce qu'on ne peut dire avec les mots. La façon dont Bresson créé cette atmosphère, avec un savant mélange entre l'image et le récit, est un des grands mystères du Cinéma, néanmoins, la magie opère. Pickpocket est un chef-d'œuvre. Le regarder peut paraître éprouvant, mais au final n'importe quel amoureux du cinéma aura, avec cette œuvre d'art, le sentiment d'avoir visionné un monument de l'Histoire du cinéma. « Renier Pickpocket, ce serait renier le cinéma comme art autonome. »
