Très grand film.
( spoilers to be followed )
L'heure d'été.
" L'être humain est une énigme ", lâche le personnage de la mère dans le film. Elle sait de quoi elle parle puisque plus tard, elle fera rire le spectateur ( " Mon propre fils me donne de l'argent de poche ! " ) avant de - et dans la foulée - expliquer à ce même fils la raison absolument monstrueuse pour laquelle elle invite chaque année celui qui a provoqué la disparition de son aîné. Still Walking est un film très réussi parce qu'il parvient à retranscrire à l'écran toute la complexité des gens, à travers la peinture des sentiments qui les animent. Il y a dans cette oeuvre un intérêt énorme de l'auteur ( au scénario et à la mise en scène ) pour ses personnages et les émotions qui les assaillent, leur joie comme leur souffrance. Chose rare, le spectateur a l'impression que chacun d'eux est traité avec le même respect, la même attention par Kore-Eda Hirokazu. Evidemment certains se détachent du lot, que ce soit la figure omniprésente de la mère ou bien le fils. C'est d'ailleurs le personnage que je trouve le plus fort. Il est sans cesse humilié, toujours dans l'ombre écrasante de l'aîné qui semble occuper l'espace et les esprits beaucoup plus que lui pour sa famille, et en particulier son père. La première séquence où le docteur se rend compte de la présence des invités et où il ne leur prête aucune attention est formidable, parce que le metteur en scène s'attarde pendant une dizaine de secondes - et en gros plan - sur le visage d'un fils qui n'a jamais eu la moindre reconnaissance paternelle, d'où un sentiment d'exclusion et d'absence d'amour qui ne peut que toucher.
L'impression générale est qu'il ne se passe pas grand-chose dans le film, et pourtant Still Walking est une oeuvre toujours passionnante parce qu'il construit son intérêt sur des détails et des gestes universels. Impossible de ne pas se reconnaître dans une attitude d'un personnage, un dialogue, une situation. L'atmosphère du film est une merveille, elle happe le spectateur dès les premières séquences. Le " still " du titre est bien à sa place, car Still Walking est un film très serein, qui installe une ambiance de calme propre aux journées d'été que chacun reconnaîtra. La mise en scène du réalisateur japonais - filmer le vent dans les arbres, faire durer une séquence en proposant plusieurs actions sur différents niveaux - a un impact évident sur le spectateur qui se sent en osmose avec le film ( agréable sensation ! ).
Mention spéciale aux acteurs, tous épatants de naturel. Et puis le film est très drôle...
Still Walking est un film magnifique sur le temps qui passe, les différences générationnelles, le besoin qu'a chacun de nous d'être accepté, et surtout d'être aimé et d'aimer. Une oeuvre sincère, qui touche en plein coeur.
5/5