1ère impressions venant d´Allocine
Cannes 2006 : "Indigènes"
Ecrit par AlloCine le 25/05/2006 - 12h43 - Catégorie : Films
On les appelait indigènes, tirailleurs, soldats africains, boug**** même. Ils venaient d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, du Sénégal. Ils étaient villageois, gardiens de chèvres ou goumiers, et croyaient en un idéal : défendre la liberté et leur pays, la France, contre le nazisme. Durant la Seconde Guerre mondiale, 10 000 d’entre eux sont morts pour la patrie, les armes à la main. C’est cette histoire là que Rachid Bouchareb a souhaité raconter avec Indigènes. Une histoire que nos livres d’Histoire ont oublié. Ou du moins quelque peu occulté.
Plus qu’un film, Indigènes est donc avant tout un devoir de mémoire envers ces soldats tombés pour un drapeau lointain, pour une "mère-patrie" qu’ils n’avaient pourtant jamais vue depuis leurs montagnes d’Afrique du Nord. Le projet d’une vie pour Rachid Bouchareb, qui luttera cinq années durant pour monter le financement, épaulé par le quatuor Sami Bouajila, Roschdy Zem, Samy Naceri et Jamel Debbouze. Un Jamel totalement impliqué, qui coiffe pour la première fois la casquette de co-producteur et livre, après Angel-A, une autre solide performance dramatique. Tout comme ses trois "frères d’armes".
Mais Indigènes va bien au-delà de ce casting quatre étoiles (ou quatre "croissants", l’emblème de l’Armée d’Afrique). Et ce qu’il en reste, c’est bien l’humanité du propos. Grâce à un travail de recherches en profondeur auprès d’anciens combattants et de leurs familles, Rachid Bouchareb met en lumière ici les sentiments contradictoires des ces soldats venus d’ailleurs, chairs à canon engagées corps et âme dans la défense d’un pays qui ne le leur rend pas. A chaque seconde, on ressent leur incompréhension, leur sentiment de rejet, leur résignation devant cet engagement à sens unique. Leur peur, aussi, de laisser leur peau dans les forêts Vosgiennes et de mourir loin de chez eux.
On pourra éventuellement reprocher au film sa structure narrative finalement très proche de celle de Il faut sauver le soldat Ryan (la grande bataille, les histoires personnelles, la réduction du régiment à un petit groupe de soldats, la défense du village, la visite au cimetière) ainsi que le manque d’ampleur de certaines scènes de combat (pas facile de passer après le débarquement de Spielberg), mais ce n’est pas là le plus essentiel. Indigènes est une oeuvre importante, et son message va au-delà du film en lui-même : finalement, Rachid Bouchareb a simplement fait appel au cinéma pour réparer certains oublis. Un devoir de mémoire salué par deux minutes d’applaudissements en projection-presse ce matin. C’est déjà ça…
"L’histoire des ces hommes et leur relation à la France ne commencent pas à partir des années soixante. Bien avant, ils sont venus, ils ont libéré la France, ils ont été des héros. Ce n’étaient pas seulement des « mecs qui balayent les rues » ! Ils étaient des héros aimés, accueillis à bras ouverts ! Cela reste le plus souvent les plus beaux moments de leur vie. C’est pourquoi aussi l’attitude qui a suivi jusqu’à aujourd’hui leur paraît d’autant plus bizarre. Ils le vivent plus comme une histoire d’amour malheureuse, une trahison sentimentale. Que leurs enfants et petits-enfants aient de tells difficultés aujourd’hui les choque. (…) Et pourtant, malgré la dégradation de leur image, malgré les rejets leurs pensions de combattants non versées, ils n’ont aucune haine, aucun esprit de revanche. S’il fallait le refaire, ils le referaient." - Rachid Bouchareb.
Source :
http://allocine.blogs.allocine.fr/index.blog?blog=allocine&themeID=4383