Une claque http://s2.noelshack.com/uploads/images/6651147058776_uneclaque.png
Une claque. Children of Men.
Premier film que je vois d'Alfonso Cuaron, qui avait dirigé notamment Y Tu Mama También (faudrait que je me décide à l'acheter celui là
) et Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. Je l'avais vu en salle, peu de temps après sa sortie, sans trop savoir de quoi il s'agissait.
La première scène démarre, un superbe plan séquence qui plonge d'emblée le spectateur dans une ambiance qui s'annonce lourde, sombre, poisseuse. Mais ce n'est pas uniquement par son scénario d'anticipation aux fortes résonances politiques et sociales que Children of Men nous transporte, mais avant tout par sa mise en scène.
La dénonce explicite du régime totalitaire qui ronge la Grande-Bretagne, exerçant une politique de "non-immigration" à grands coups de propagande et de répression et parquant les immigrés dans des zones de non-droit, ceci ajouté à la survie de l'espèce humaine gravement menacée par l'absence de naissances depuis plus de dix-huit ans submerge la population d'une incroyable morosité, et d'un pessimisme indélébile.
Et Alfonso Cuaron nous transporte dans cet univers apocalyptique avec manière de filmer admirable: le film est entrecoupé de plusieurs plan séquences, chacun incroyable d'ingéniosité: la course-poursuite effrénée, qui se soldera par la mort brutale de l'un des personnages principaux, ou encore la scène de l'accouchement de Kee, seule avec Theo dans une chambre miteuse d'une des-dites zones des non-droit. Difficile de rester de marbre devant une telle maîtrise de la caméra à l'épaule, devant de telles scènes nous présentant de l'émotion à l'état brut: le spectateur n'est plus "témoin" de la scène, il en fait partie: la caméra devient une sorte d'extension de nous-même.
Toute cette mise en ambiance génialement orchestrée par le réalisateur est renforcée par un casting qui prend un réel plaisir à être présent sur le tournage. Clive Owen, excellent dans son rôle de cet ancien militant devenu bureaucrate résigné, constamment à l'ouest et débordant d'humanité voit à ses côtés la magnétique Julianne Moore, et Michael Caine en hippie camé (pléonasme ?) amoureux de spliffs à la fraise et de Rock. Mais la grande révélation du film est du côté de Kee, interprétée par Claire-Hope Ashitey, nous livrant une prestation éblouissante de sincérité. Je soulignerai également l'interprétation de Charlie Hunnam, sûrement l'un des meilleurs second-rôles du film. Et Cuarón prend bien soin de ne jamais chercher à rendre ses personnages entièrement sympathiques. Les motivations de chacun, leurs espérances et les manières qu'ils vont mettre en œuvre pour y aboutir, qu’elles soient à caractère altruiste ou purement égoïstes , cachent toujours une zone d’ombre que ni le cinéaste, ni les acteurs ne cherchent à éclaircir mais qui contribuent au réalisme désespéré et pessimiste et de l’ensemble.
Chaque nouvelle seconde passée sous l’objectif est une véritable expérience à vivre, à ressentir. En cela, le réalisateur est à considérer comme un véritable génie, un maestro de la mise en scène. Nominé dans trois catégories aux Oscars, dont le meilleur scénario (adapté du roman éponyme de P.d. James) et la meilleure photographie (remportée par The Departed de Scorsese), Les Fils de l’Homme séduit par sa mélancolie, son aptitude à porter sur l’avenir un regard bouleversant parce que presque résigné. Presque, au vu d’un final ouvert, porteur d’espoir, confiant malgré tout. Alfonso Cuarón nous prouve ses talents de conteur, qui puise son inspiration dans le refus de fermer les yeux face aux horreurs du monde.
5/5