Je voulais intervenir sur la discussion autour de la représentation du Japon dans Lost in translation, en évoquant une longue interview du réalisateur Eugène Green accordé au site internet Objectif cinéma. Dans cet entretien, le cinéaste développe sa conception du réel au cinéma et en plus d'etre vachement intéressant, cela donne quelque piste lorsqu'on le met en rapport avec le film de Sofia Coppola
Voila l'extrait:
Objectif Cinéma : À propos du jeu des comédiens…
Eugène Green : Je demande aux acteurs un jeu non-psychologique, parce ce que ce qui m’intéresse le plus au cinéma, c’est la présence réelle : c’est la réalité, mais non pas celle des films barbares, ni des films dits réalistes, ni la réalité qu’on peut voir superficiellement dans le monde, parce que s’il s’agissait de cette réalité-là, ce ne serait pas la peine de faire des films. La spécificité du cinéma, par rapport à tous les autres arts, c’est qu’il prend sa matière brute dans la réalité même. Un film est composé de fragments de réalité. Au théâtre, l’énergie de l’acteur passe à travers une feinte - ça n’a rien de péjoratif, c’est la base même du théâtre - ce que je reproche d’ailleurs à une grande partie du théâtre qu’on voit aujourd’hui, c’est que précisément, il n’est pas théâtral, on essaie de nier la réalité de la représentation. Donc, contrairement au théâtre où l’on crée une réalité à partir d’une feinte absolue, dans le cinéma, au départ tout est réel, les êtres, la nature, les objets inanimés, les matières, tout comporte une énergie réelle. Pour moi, le génie du cinéma, c’est de capter des fragments de réalité - par la caméra et le microphone - puis de les ordonner pour en faire une représentation. Le spectateur en regardant cette représentation perçoit alors un niveau de réalité auquel il n’aurait pas eu accès en voyant ces fragments dans leur contexte.