Chaud les pervers
Bon j'avais vu ce film 2 fois il me semble - dont la dernière en 2005 sûrement -, j'avais été vraiment époustouflé. Là l'effet s'est quelque peu estompé
( même si je me souvenais de quasiment rien, c'était comme une découverte finalement ).
Mulholland Drive reste un très grand film, mais le " problème " c'est il tire sa magie de son aspect labyrinthique. Et quand vous avez déjà visité le labyrinthe et qu'on vous en a filé le plan, forcément c'est un peu moins excitant. Evidemment la mise en scène est proprement fabuleuse, d'une beauté qui tend à l'onirisme. Mulholland Drive est un film qui se situe entre plusieurs niveaux : Lynch y mêle des éléments très triviaux à une atmosphère qui semble hors de tout - pour atteindre véritablement à l'essence d'un univers cinématographique dans toute son irréalité. Le film est traversé par quelques clichés qui seraient à vomir dans n'importe quelle oeuvre : je pense par exemple à la situation très boulevard du mec qui rentre chez lui et surprend sa femme et l'amant de cette dernière. Ou encore finalement au " premier " personnage de Naomi Watts, à la naïveté exagérée comme c'est pas permis. Lynch travaille le cliché - la petite provinciale sotte qui monte à la ville, et quelle ville - et parvient cependant à créer un monde surprenant, inattendu, un mélange d'éléments disparates qui renforce la perte du spectateur puisque ce dernier pense se frotter à du classique - les clichés - avant de sombrer, impuissant, dans l'inconnu.
Mulholland Drive parle de choses très simples - l'amour, le cinéma - mais sa construction alambiquée et son côté noir imprègnent le film d'une aura profondément mystérieuse. Finalement MD c'est une quête initiatique qui tourne au cauchemar le plus sombre, c'est Naomi Watts dont les espoirs de grandeur se fracassent contre les murs d'une ville en apparence lumineuse mais qui en réalité est d'une complète opacité. Dans Mulholland Drive, Los Angeles brille, mais elle ne brille que la nuit. C'est un miroir aux alouettes, une ville séduisante de loin, mais noire et perverse au fur et à mesure qu'on s'en approche.
Le discours sur le cinéma est éminemment pessimiste, et Lynch se livre à une critique virulente de l'industrie hollywoodienne du septième art. Son film est d'autant plus beau parce qu'il ne cesse de discourir sur lui-même : c'est un objet tellement unique dans le paysage cinématographique, il ne ressemble qu'à lui-même, et Lynch tout au long de MD rappelle au spectateur à quel point donner le jour à un tel projet est peu évident, et semble ajouter - orgueil ou pas peu importe - qu'il faut savourer chaque instant de l'oeuvre tant son existence était compromise par une industrie dirigée par des mafieux et autres cow-boys incultes.
J'allais mettre 4/5 mais va pour 5 