Roi des ténèbres, Mineur Eternel,
Tremblez simples mortels,
Devant Gavsorgh, le Seigneur des Quatre Terres,
Gavsorgh, La Terreur Délétère.
Semant terreur et désespoir,
Récoltant mort et chaos,
Voici Gavsorgh l’Impitoyable,
Partant tôt,
Revenant tard.
Gardez-vous bien de chercher
Cette entité à l’infini cruauté ;
Tôt ou tard il vous trouvera,
Et Gavsorgh vous damnera.
Extrait de la Prophétie de Gavsorgh.
Le gypcéros s’effondra dans un râle dans le sol spongieux du marais. Le chasseur qui avait achevé la bête se pencha à ses côté pour l’examiner, puis se tourna vers ses deux compagnons : « Eh ben, on a eut de la chance de tomber sur lui! Pour un peu on aurait dû rentrer, faute de vivres!
- Tu sais que je ne serais jamais rentré, Tarjin. On a juré de retrouvé cette tablette, alors on la retrouvera! » rétorqua l’un de ses compagnons.
« Tu sais, Mjogard, c’est pas parce qu’on retourne au village chercher des vivres qu’on abandonne notre quête. » intervint le troisième chasseur.
« Peu importe, je ne serais pas rentré!
- Là, t’es à cours d’arguments. Non, pas la peine de protester, j’ai raison, point! Et de toute façon on a de la viande, donc c’est bon. »
Le trio dépeça le gypcéros, tria la viande des parties "utiles", telles les composants d’armes et armures, et sélectionna dans cette dernière pile les morceaux revendables et faciles à transporter. Une fois ceci fait, ils mangèrent, s’endormirent, et repartirent au petit matin. Ils marchèrent plusieurs heures, faisant peu de pauses, en suivant les indications imprécises d’une carte plus très nette.
C’était une journée particulièrement pluvieuse, même pour le Marais, et cette froide humidité, alliée au paysage morne que constituait la région, rendait les chasseurs particulièrement irritables. Les disputes pour des motifs plus ou moins futiles furent fréquentes, les moments de découragement aussi, et la journée fut longue, à errer dans ce marais inhospitalier au possible à la recherche d’une relique dont l’existence restait à prouver.
La nuit tomba finalement sur le groupe, d’humeur morose, qui n’avait pas l’impression d’avoir avancé dans ses recherches.
La pluie ne vint pas perturber le lendemain, mais une épaisse brume prit sa place pour s’installer durablement. Le groupe avait maintenant la solide impression d’être perdu, aussi les chasseurs se concertèrent pour décider de la marche à suivre.
« Je propose que l’on continue jusqu’à un abri que l’on puisse reconnaître. » commença Mjogard. « Là-bas, l’un de nous, par exemple Djen, parce que c’est le meilleur pour ça, partira en reconnaissance. Quand il reviendra, et s’il a trouvé quelque chose, on repartira à la recherche de la relique. »
Le dénommé Djen se leva, et ajouta simplement: «Ça me va.»
Et Tarjin de renchérir: «Si tout le monde est d’accord, moi aussi !»
Ils partirent donc à la recherche d’un lieu où se poser, et le trouvèrent au bout de quelques heures sous la forme d’une grotte peu profonde au sol rocailleux, donc sec. Djen se sépara de ses camarades, et l’attente commença. Plusieurs heures étaient déjà passées lorsque sa silhouette perça le brouillard, pour revenir à la caverne.
« J’ai pas réussit à me repérer, mais j’ai trouvé quelque qui pourrait vraiment, vraiment vous intéresser. Essayez de repérer l’emplacement de la grotte, et suivez-moi! »
Ils le suivirent donc sur quelques kilomètres, puis s’arrêtèrent sur un signe de Djen devant un gros buisson broussailleux. Djen taillada les broussailles, qui révélèrent un passage qui allait en descendant. La luminosité était bien sûr trop faible pour pouvoir distinguer quelque chose dans la galerie, mais, pensant être sur une piste dans leur quête de la tablette de Gavsorgh, ils empruntèrent l’obscur corridor.
Les Trois viendront,
Main dans la main;
Mais ce qu’ils feront
Scellera leur destin.
De son sommeil prolongé
Gavsorgh sera tiré.
Les Trois sont venus le chercher,
Mais Gavsorgh les a trouvés.
De son sanctuaire
Au cœur de la Terre,
Gavsorgh s’éveillera,
Et de nouveau la mort répandra.
Les Trois à jamais
Seront separés;
L’un voyagera,
Le deuxième ne repartira pas,
Et le troisième changera.
Extrait de la Prophétie de Gavsorgh.
Ils descendirent pendant longtemps. Si longtemps qu’ils en perdirent le fil des jours. Ils s’arrêtaient régulièrement pour manger et dormir, à des heures qu’ils estimaient être fixes. Mais chaque pas les convainquait un peu plus qu’ils touchaient au but. Les moments de découragement étaient fréquents, et l’obscurité ne contribuait pas à la tranquillité du groupe, constamment sur ses gardes dans ce corridor sombre et apparemment sans fin.
Au bout de ce qui devait être des mois, ils arrivèrent dans une immense grotte en forme de dôme aux parois parfaitement lisses et couvertes d’inscriptions et d’illustrations étranges. Ils restèrent un moment à contempler ces graffitis. Tarjin se détacha tout à coup de l’observation des parois pour passer à celle de la salle elle-même. De là où ils étaient, ils ne voyaient ni le plafond, ni le fond de la grotte, tout deux plongés dans l’obscurité qui régnait en maître. Tarjin prit sa torche dans une main, son courage dans l’autre, et s’éloigna de la sécurité relative du mur pour s’enfoncer vers le centre de l’immense caverne. Cinq minutes plus tard, la voix de Djen retentit, laissant un écho fantastique qui dura quatre bonnes minutes: «Tarjin? Qu’est-ce que tu fais? T’es où?»
Une voix lointaine lui répondit : « Oui? Je cherche la tablette. Presque au milieu de la caverne, je pense.
-Et tu as vu la tablette? » s’enquit soudainement Mjogard. Et cet écho qui ne se taisait pas...
« Non, pas encore. Ah, si, attends… Il y a des marches! Je ne vois pas où elles mènent, mais il y a des marches!
- J’arrive! » s’écria Mjogard avec excitation.
Mjogard abandonna Djen à son inspection et rejoignit Tarjin en courant, qui avait déjà commencé à gravir les marches. Mjogard bouscula son compagnon et gravit les marches toujours en courant. Au bout d’un quart d’heure de course folle dans l’escalier, il s’arrêta, essoufflé, sans pour autant apercevoir le bout des escaliers, qui se prolongeaient jusque dans les ténèbres. Un lointain écho lui parvint :
« Mjogard, tu vois quelque chose ?
¬– Non, rien, les escaliers continuent! » hurla-t-il en retour, espérant que ses compagnons entendent. Il n’était pour sa part pas question qu’il les attend.
Il continua à monter les marches pendant encore une vingtaine de minutes, puis l’escalier laissa place à un chemin qui montait doucement en serpentant. Mjogard jeta un regard en bas, mais il ne vit qu’obscurité, en il prit alors conscience que l’escalier qu’il avait emprunté à toute vitesse était particulièrement étroit et qu’il ne possédait pas de rambarde, et il se rendit alors compte de son imprudence. Mais qu’importe! Il avait gravit cet escalier seul et il continuerait seul vers la gloire que lui apporterait l’artefact qu’ils recherchaient, tout les trois.
Enfin, il vit la tablette. L’artefact qui lui procurerait tout ce qu’il voudrait. Il pressa le pas, et finit presque par courir. Il atteint la pierre, et la toucha.
Au bas des marches Djen et Tarjin, ce dernier en tête, virent un immense flash, qui les laissa éblouis plusieurs minutes dans la sombre caverne. Puis un cri, un hurlement décharné, rocailleux, malsain, leur parvint. Les deux compères se regardèrent, puis foncèrent dans l’interminable escalier, saisis tout deux d’un très, très mauvais pressentiment.
Les hurlements se répercutaient dans toute la caverne, et des raclements et chocs d’acier contre la roche se faisaient entendre. Tarjin et Djen coururent du plus vite qu’ils le pouvaient, mais durent quand même faire une pause au bout d’un moment, tandis que les insupportables cris continuaient. Après ce qui leur semblait être des heures, les deux amis parvinrent au bout de l’escalier, et aperçurent, au bout de l’étroit chemin, leur ami qui se tordait de douleur en luisant doucement d’une lueur malsaine. Puis tout s’arrêta d’un coup.
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Oui, je sais. 