CHAPITRE 1
Kalus se sentait très mal en arrivant chez lui. Une nausée lui retourna l’estomac. Il pensait que la chaleur en était la cause, qu’avoir passé sa journée sous le soleil d’été lui aurait donné une insolation. Il s’arrêta un instant, et regarda le ciel rouge-orangé, sans qu’un seul nuage ne le trouble. Il vivait avec son fils de dix-neuf ans, Okor. Ce dernier passait son temps à la maison et y travaillait. Il exerçait le métier de cordonnier, travail qui jadis offrait de nombreuses perspectives de carrières. C’est pour cela que son père lui conseilla cette vocation. Mais depuis, cette méthode ne payait plus. Beaucoup avaient eu recours à cette profession, si bien que tous les cordonniers coururent à leur perte. Kalus quand à lui, cherchait en ville quelques petits métiers. Il errait de rue en rue à la recherche d’une âme charitable. Parfois, pour se nourrir, il dut voler, à plusieurs reprises déjà. Depuis que sa femme était morte, prise sur le fait en train de voler et exécutée sur le champ, sa vie lui semblait monotone. Il souhaitait que quelque chose arrive, que ce soit bien ou mauvais. Mais hélas, tout le monde savait que la vie d’un pauvre misérable était loin de rencontrer des rebondissements. Il restait là, dehors en plein soleil. Il songeait à son fils. Quelle vie lui avait-t-il offert ? Il se haïssait de ne pouvoir lui offrir autre chose que ce pénible travail. Mais bien sûr, il savait qu’il avait pire. Chaque jour, des litres de sang étaient déversés inutilement un peu partout dans le monde. Les hommes étaient cupides et sournois. Ils ne pensaient qu’à une chose : l’argent. Bien sûr, Kalus aussi y pensait à l’argent, mais pour une bonne cause : voir son fils s’élever, lui donner des ailes afin qu’il sorte de cette dure vie de forcené. D’ailleurs, pourquoi ce serait-il rendu sur le lieu de l’incendie ? Oui il n’y a pas de doute, l’argent faisait le bonheur en ce monde…Il respirait l’air, qui devenait puant ces temps ci. Le soleil lui brûlé la peau. L’étouffante chaleur le faisait rêvasser. Une odeur de brûlé le fit reprendre ses esprits. Il poussa un petit cri aigu. « Diable qu’est ce qui se passe ? » dit-il en grimaçant. Son pantalon venait de s’embraser. La douleur le saisit. Cette fois ci, il hurla. Okor sortit de la chaumière, et, voyant son père prendre feu, accouru a son secours. Il saisit sa dague et lui ôta son pantalon. Ils regardèrent ensuite le morceau de chiffon se consumer totalement. Kalus s’était recourbé, le souffle coupé. Une brûlure large comme la paume d’une main s’étendait sur sa cuisse. Il n’entendait pas son fils lui demander si tout allait bien. « Papa ? Papa tu m’entends ? Tu vas bien ? ». Kalus se ressaisit et hocha la tête. Okor le regardait d’un air inquiet. « Que c’est il passé papa ? ». Il n’aimait pas voir son père dans un état pareil, lui qui faisait tant pour lui. « Papa parle moi dis moi quelque chose je t’en prie… ». Kalus détourna son regard des cendres et fixa son fils. « Je…je ne sais pas…Je crois que je suis fatigué…allons viens, rentrons… ». Ils se dirigea vers la maison et rentra, oubliant même les pierres dont il venait de faire l’acquisition. Okor quand à lui n’était pas satisfait de la réponse de son père. Il se mit a prier « Mon Dieu, faites que rien ne m’arrache mon père…C’est la seule personne qu’il me reste…Je sais que rien ne lui arrivera…car, j’ai confiance en vous. » Une furtive larme glissa le long de sa joue. Kalus l’appela, il rentra à son tour. Ce soir là, tous deux restaient muets. A la fin du repas, Kalus dit d’une voix complaisante « Allez il est tard. Je vais me coucher. Tu penseras bien à aller chercher de l’eau au puit pour demain matin ? - Oui papa, j’y veillerai, répondit-il calmement en mâchant un morceau de pain. – Allez mon fils, et ne t’inquiètes pas pour moi, je t’assure qu’il n’y a pas matière à ça. » Et il alla se coucher. Okor resta un instant, finissant son pain. Il voulut manger un fruit, mais il n’y en avait plus. « Quelle vie ! Travailler pire que des chiens sans avoir à manger » pensa-t-il. Il alla chercher de l’eau au puit qui était à cinq cents mètre. Puis, comme à l’accoutumé, il pria pour une meilleur vie, pour son père et alla se coucher.