CHAPITRE 3
Dès l’aube, comme à l’accoutumé, Okor se leva et se lava avec l’eau de la veille. Son père était parti en ville depuis quelques heures déjà. Il n’avait pas oublié ce rêve qu’il avait fait cette nuit. Comment l’oublier ? Il lui avait semblé si réel… Cependant, il n’en tint pas compte. Il grignota un morceau de pain rassit qu’il avait mis de coté la soirée précédente. Il passa quelques vieux vêtements usés, attacha sa dague à un morceau de tissu lui servant de ceinture. Cette dague, il y tenait. Elle avait appartenu à sa mère, c’était la seule chose qu’il lui restait d’elle. Il sortis. L’air frais le rafraîchit. « Allons, se dit-il, pas le moment de rêvasser le travail m’attends. » Les cendres du pantalon de son père étaient restées là, personne n’y avait touché. C’est pourquoi, Okor voulut les retirer. « Question d’esthétique » disait-il souvent. Il se munit d’un piteux balai et balaya les cendres qui s’envolèrent au vent. C’est ainsi qu’il trouva les pierres. Les pierres, luisantes, envoûtantes, maléfiques. Cette trouvaille le laissa perplexe. Un étrange rêve dans lequel sont cités des pierres-prisons, et une découverte bien étrange…car jamais il n’avait vu ou entendu parler de pierres brillantes. Peut-être était-ce une simple coïncidence mais si ce n’était pas le cas ? Le rêve, une vision ? Tous semblait si fou. Lui, un fils de pauvre, avoir une vision ? Pourquoi lui ? Et que voulait dire l’inconnu par « horde de démons sanguinaires » ? Tant de questions se bousculaient dans se tête. Il se munit d’un chiffon et y enroula les pierres, devenue froides, glaciales. Puis il prit un cordon et fit un nœud autour du morceau de tissu contenant les pierres. Il plaça le tout dans sa poche… Il regarda à l’horizon et aperçut la ville qui était à quelques kilomètres environ. « Kaelan, se dit-il, mais bien sur Kaelan ! Lui saura quoi faire ! » Kaelan était un puissant guerrier. Depuis toujours, Okor le considérait comme une personne sage et intelligente. En réalité, c’était une personne douée au combat certes, mais incapable de réfléchir. Il cachait ses vraies facultés intellectuelles derrière de grands mots savant qu’il ne comprenait lui-même pas. Il habitait une petite maison à l’entrée de la ville. Okor s’y rendit. Il marcha, tout d’abord en pressant le pas puis, au fil du temps, diminua sa vitesse. La ville était close, fermée par un grande et épaisse porte en bois. Il n’y avait aucun autre moyen de rentrer en ville que par cette porte. Il tambourina et entendit une voie lui demander de se présenter. « Je suis le fils de Kalus, mon père. Il est ici. Je souhaite parler à Kaelan » La porte s’ouvrit en grinçant. Dans les rues, de nombreux misérables faisaient l’aumône. Il était dans le quartier des pauvres, car en ville, plus on se rapprochait du cœur, plus les habitants y étaient riches. Il esquiva plusieurs hommes et femmes pour atteindre la maison de Kaelan. Il toqua et attendit. Il dut insister plusieurs fois car il savait que Kaelan ne répondait que très rarement. Enfin il ouvrit. C’était un grand gaillard, assez bien bâti, au crâne rasé. Une cicatrice sous son nez écrasé lui formait un petit rictus. Quand il aperçut Okor, il sourit, dévoilant une paire de chicots à moitié pourrie.