- Partie 5 –
Lentement elle sortit de ce sommeil qui l’oppressait depuis plusieurs jours. Elle se redressa sur son lit et porta sa main à son front. Un long soupir s’échappa de sa bouche sans qu’elle le veuille, elle fut surprise elle-même de la mélancolie qui l’habitait. Sa longue robe noire flottant derrière elle, elle se leva et sortit de la pièce en ruine. Les ombres maléfiques tramées dans les recoins des murs se faisaient chaque jours un peu plus dense. Ses pas la conduire d’eux-mêmes jusqu’à la plage qui baignait dans un lever de soleil et la vue des vagues s’écrasant sur le phare lui fit pousser un nouveau soupire. Ils la firent descendre les petits escaliers et ses pieds rencontrèrent enfin le sable humide. De vieux souvenirs dansaient devant ses yeux embués de larmes. Edea se souvenait encore des petits orphelins qui courraient dans les écumes des vagues qui se fracassaient sur le plage. Aujourd’hui, seul le sable témoignait encore des chimères du passé. Une larme solitaire coula le long de sa joue et, malgré les sermons qu’elle se faisait à elle-même, elle fondit silencieusement en larmes. Ultimecia lui avait tout donné et puis, elle lui avait tout reprit. Elle regrettait le temps où elle avait encore ses pouvoirs, le temps où elle pouvait encore les contrôler. Elle avait aimé être une sorcière et une partie d’elle-même le resterait toujours. Certains de ses pouvoirs ne l’avaient pas délaissée et elle en était heureuse, si heureuse. Parfois, elle se demandait si regretter ses pouvoirs n’était pas une folie, une absurdité due aux temps oubliés. Car Edea n’avait pas perdus que ses pouvoirs, elle avait aussi perdu ses enfants, la seule chose pour laquelle elle aimait vivre autrefois. Elle continua de marcher seule, tout en pleurant doucement pendant quelques minutes. Elle détestait ne plus être Gouvernante, elle détestait cette robe, elle détestait être seule et, par-dessus tout, elle détestait cet orphelinat réduit en cendre. Réduit en cendre par sa propre faute. La Larme Sélénite qui avait détruit l’orphelinat avait coulée par sa faute, du moins c’est ce qu’elle se forçait à croire. Peut-être était-ce un moyen de se punir elle-même pour tout le mal qu’elle avait fait en étant nécromancienne. Peut-être… Edea n’avait jamais été aussi torturée par le passé, mais depuis que les Anciens avait resurgit, elle sentait ses pouvoirs la recouvrer et, en même temps, de vieux souvenirs la submerger. Les Anciens, voilà une chose pour laquelle elle n’était pas coupable, cela elle en était sûre. Elle s’en souvenait encore, elle avait détesté cette époque, elle avait détesté cette Guerre Occulte. Ces cris transperçants, ces hommes vêtus de noir, cette peur qui la gagnait chaque jour un peu plus, ces gens qui pleuraient dans les rues en tenant des enfants ensanglantés serrés contre eux. Des pas étouffés la sortirent de ses pensées et la firent se retournée. Nida se tenait devant elle, se tordant les doigts et évitant de la regarder dans les yeux.
- Heu… Madame Kramer ? Appela-t-il, Nous sommes venus vous rechercher.
Edea leva lentement les yeux, regarda tristement Nida et soupira une fois de plus.
- J’avais pourtant demandé à ce que l’on me laisse seule. Seule avec mon passé… Elle prononça sa dernière phrase dans un souffle pratiquement indistinct.
- C’est que… Monsieur Kramer vous a fait demander. Insista le conducteur de la BGU, il y aurait un problème avec les troupes d’élites du Seed. Monsieur Kramer a envoyé Seifer mais ils ne sont toujours pas revenu de leur vacances… Monsieur Kramer craint qu’il ne se soit passé quelque chose…
Edea redressa rapidement la tête, ce fut le premier geste instinctif et irréfléchis qu’elle faisait depuis longtemps. Elle avança d’un bon pas vers Nida, posa doucement sa main sur son épaule et lui sourit.
- Tu as bien fait de venir me voir, Nida.
Elle poursuivit son chemin et s’apprêta à monter les escaliers mais se retourna et regarda attentivement Nida. Celui-ci releva la tête et croisa furtivement son regard.
- N’aie plus peur de moi, Nida. Je ne suis plus nocive. Ma cruauté m’a quittée en même temps que mes pouvoirs. Souviens-t-en, Nida, souviens-t-en…
Elle monta les escaliers d’un pas rapide pour se diriger vers la BGU. Derrière elle, Nida esquissa un petit sourire avant de la suivre et de retourner à son poste.
Edea ne prit pas la peine de frapper, elle ouvrit simplement la porte et cette dernière manqua de claquer contre le mur. Cid releva ses lunettes et regarda Edea avec de gros yeux étonnés. A ses côtés, Shu pointait son doigt sur une carte qu’elle tenait avec son autre main.
- Nous avons besoin de vous Madame ! Annonça Shu en se redressant et en faisant le salut Seed.
Edea continua d’avancer et s’arrêta devant la table derrière laquelle se tenait Shu et son mari.
- Ne serait-il pas plus sage de faire venir Ellone ? Demanda Edea en fronçant les sourcils.
- Nous l’avons fait appeler ! Dit Shu sans baisser son salut.
- Bien !
Edea tentait tant bien que mal de cacher l’inquiétude et le stress qui la rongeaient. Soudain, apparaissant timidement dans l’embrasure de la porte qui était restée ouverte après l’arrivée d’Edea, Ellone arriva. Elle sourit timidement et entra dans la pièce sans vraiment savoir ce qu’on lui voulait. Cid se leva, retira ses lunettes et les posa sur la table, frotta ses yeux alourdies par le sommeil et regarda Ellone.
- Bien, tout le monde est là ! Edea, Nida t’a déjà avertie, je crois.
Edea acquiesça d’un petit hochement de tête.
- La situation est plus que grave, poursuivit-il. Nous avons besoin de nos meilleurs éléments et ces derniers se trouvent être absents de notre établissement. Je leur avaient accordé un après-midi de repos et je leur avait laissé prendre l’Hydre. Quand la nuit est tombée, j’ai envoyé Seifer à leur recherche car il m’a certifié qu’il savait où ils étaient. Je lui ai confié la navette sous-marine que les mécaniciens d’Horizon avaient ajoutés à la BGU. Voilà 8 heures que Seifer n’est pas revenu. C’est d’autant plus grave que Squall et son équipe ne sont pas revenu depuis 15 heures. Etant donné que j’ai envoyé le reste des membres du Seed en mission, que nous sommes obligés de garder les Instructeurs et que je me dois de rester ici. Comme je ne peux pas confier cette mission à de jeunes élèves qui n’ont pas encore passé leur examens, je me vois dans l’obligation de vous confier les recherches.
Edea et Ellone sursautèrent, Shu resta de marbre, son regard perdu au-delà de la porte. Edea s’approcha de Cid.
- De quelle mission parles-tu ?
- Nida ne t’as donc pas prévenu ?
Il soupira et reprit :
- Divers villes ont été prises d’assaut, Esthar, Dollet, Winhill, Timber et Balamb. Les causes et les assaillants reste en mystère total. Nous n’avons aucune idée de ce que nous sommes en train de combattre, tout ce que nous savons, c’est que des villes des quatre coins du monde nous demande de les aider. Nous envoyons des Seed mais une fois sur place, ils ne constatent rien d’alarmant ! Des gens dans les rues sont terrifiés et jurent qu’ils voient des hommes en noir assassiner des hommes dans les rues. Les villes sont terrifiées et on nous reproche de ne pas agir ! On nous demande de nous battre contre un ennemi invisible !
Cid se laissa retomber sur son siège et se remit à frotter ses yeux fatigués.
- Hyne nous protège… dit-il dans un murmure.
- Tu nous demande de partir à la recherche de l’élite du Seed ? Mais que crois-tu qu’ils puissent faire ? Demanda Edea, folle de rage et qui essayait de cacher sa peur depuis que Cid avait dit « des hommes en noir ».
- Je ne sais pas, ils sont notre dernier espoir, ils sont l’élite… Je ne sais pas… Je ne sais pas…
Cid secouait lentement la tête de droite à gauche et semblait être dépassé par les événements. Edea posa doucement sa main sur la sienne et lui sourit.
- Nous ne sommes peut-être pas des Seeds, mais nous retrouveront Squall.
Elle se détourna et sortit de la pièce.
- Ellone ! Shu ! Dépêchez-vous ! Nous partons en mission… Dit-elle alors qu’on ne la voyait déjà plus
Ellone couru derrière elle et Shu fit le salut Seed avant de faire de même. Cid s’adossa dans son fauteuil et massa une fois de plus ses yeux endoloris par la fatigue. Il secouait la tête encore et encore et, alors qu’Edea, Ellone et Shu avaient déjà emprunté une voiture, il se dit à lui-même :
- Qui pouvais-je envoyer d’autre…