Introduction :
S´il existait une allégorie de la loose, à coup sûr, elle aurait mon visage. Je m´appelle Warren Buckalsky, Buck pour les intimes, et mon parcours n´est pas banal.
Ma vie n´a pas commencé sous les meilleures auspices. Je suis née le 4 Février 1972 à Kidderminster, un patelin de 50 000 âmes, au coeur du Worcestershire, sur les bords de la River Stoure. C´était un trou perdu, comme il en existe tant en Angleterre à l´écart de Londres, qui avait comme seul avantage d´être tout de même à une trentaine de miles, de Birmingham, ville où il se passe parfois des choses. J´ai vécu une enfance ordinaire, assumant parfaitement un rôle de branleur fini pour lequel j´étais sans doute prédestiné. Je foutais pas une rame à l´école, et passait mon temps à jouer de la guitare et à taper dans un ballon. Jouer au ballon... je crois que quand il m´a offert ce splendide ballon pour mon anniversaire, mon oncle Ben ne s´est pas rendu compte de la connerie qu´il a faite. J´ai plus jamais décroché. Je pouvais passer des heures d´affilé à jouer contre un mur, comme un couillon, pour le fun. Bien sûr, mes parents trouvaient ça cool au départ, et m´ont vite fait inscrit au club de la ville, le Kidderminster Harriers Football Club. C´est sûr que jouer dehors, et se faire plaisir en faisant du sport, c´est autre chose que de fumer en cachette ou d´enchaîner les conneries (ce qu´ils ne savaient pas, c´est que l´un n´empêche pas l´autre). Ils ont bien sûr très vitr déchantés. Mes pauvres parents ouvriers, comme tout les parents ouvriers, voulaient que je devienne médecin, ingénieur, pilote de ligne ou une connerie dans le genre. Je faisais plus que jouer au foot, et je ne voyais pas d´autre alternative. J´ai insisté, je leur ai dit qu´on pouvait se faire pas mal de blé avec le foot et j´ai gagné. A l´âge de 14 ans, j´ai tapé dans l´oeil des recruteurs et je suis rentré dans le centre de formation de West Ham, l´un des meilleurs centres de formation de l´Albion.
Mais c´est pas pour autant que je me suis amélioré. Je branlais pas une rame, je faisais ce qui me chantait, et rendait complètement maboul mes entraîneurs. Parce qu´en plus j´avais un don, sans déconner. J´étais pas mauvais, en fait, et je savais parfaitement lire le jeu. Je suis devenu un bon milieux offensif centre, et, de justesse, j´ai signé un contrat pro... pour quasiment que dalle. Quelques bouts de match en Premier League, beaucoup en réserves, et en 1992, le club a décidé de me foutre à la porte.
Je pensais pourtant m´en sortir. J´ai débarqué à Derby County, et la saison 1992-1993, j´ai fait ma plus belle saison, et certains me prédisait même un avenir international. La saison 93-94 s´annonçait belle, et comme un con, au cour d´un match amical d´avant-saison, je me suis gravement blessé. 6 mois d´arrêt cash. Le truc, c´est que j´avais aucune hygiène de vie. J´avais rien à faire, j´étais payé pour ça, et même plutôt cher, alors je dépensais. Comme je m´emmerdais, je sniffais de la coke... une saloperie, la coke. Pendant 2 heures, t´es le maître du monde, et quand tu redescends, tu te rends compte que t´es une pauvre loque infâme avec une jambe dans le plâtre. Dûr... Le rétablissement a donc traîné, et quand je suis revenu aux affaire, j´avais perdu mon niveau. Le club a eu confiance en moi pendant 3 ans, et en 1996, rebelotte. Retour au chômage.
Il fallait que je joue, et je pouvais accepter n´importe quoi. J´ai d´ailleurs accepté n´importe quoi. Direction l´Irlande, et le Bohemians F.C. J´y ai joué pendant deux saisons. L´avantage, c´est que c´était de mon niveau, et j´étais titulaire. Mais l´Angleterre me manquait, et surtout le salaire était pas top. Heureusement, grâce à mes contrats lucratifs à West Ham et à Derby, j´avais un pécule appréciable, mais j´avais un avenir à assurer. J´ai donc envoyer un agent démarcher auprès des autres clubs, faisant valoir que j´étais un ancien espoir ralentit par une blessure. Que dalle. Le seul club correct à bien vouloir de moi, c´était Luton Town. J´ai passé une saison sur le banc, encore une fois, à faire des bouts de matchs. Si je pouvais l´accepter en Premier League, en division inférieure, je l´avais carrément mauvaise. J´ai donc littéralement claqué la porte et fait ce que j´aurais dû faire depuis le début. En 1999, à l´âge de 27 ans, je suis revenu chez mes parents la queue entre les jambes, et j´ai décidé de refaire un peu ma vie. La plupart de mes potes étaient partis, d´autres sont restés, mais dans l´ensemble, ça pouvait aller. Je faisais deux trois petits boulots, et j´ai fait des études par corresponde, et ait obtenu une licence d´informatique, ce qui m´ouvrait quelque porte. Je n´ai pourtant pas arrêter le football. Le Kidderminster Harriers F.C, qui jouait en conférence, m´a contacté et j´ai accepté de bonne grâce. Je suis même devenu la star de l´équipe et dés ma première saison au club, nous sommes montés en D2 (NdA : quatrième division anglaise). J´ai ensuite continué, m´imposant assez rapidement comme capitaine de l´équipe. Je ne regrette rien. Quand début 2001, ma mère est morte, j´étais là pour l´accompagner dans ses derniers instants. Idem pour mon paternel, quelque mois plus tard. J´étais donc propriétaire d´une baraque à Kidderminster sans casquer. Le pied...
En plus, je m´entendais très bien avec l´entraîneur, Marc Yates, un petit gars débonnaire, très perspicace mais un peu porté sur la bouteille. C´était un type d´une soixantaine d´années, franchement sympatique, jamais à court d´une bonne blague. Mais c´était aussi un fin tacticien, et l´entier responsable de notre montée en D2. Le problème, c´est qu´un beau jour de Juin 2004, il est mort d´une crise cardiaque.
Et ça a pas mal changé ma vie.