Merci beaucoup
C´est très sympa!
Voilà une suite (le premier texte s´imbrique dedans, vous verrez
)
Seuls des yeux d’aigles auraient pu surprendre la présence de deux silhouettes dans cette étroite ruelle de Jérusalem.
Un homme drapé de blanc faisait face à un gamin des rues chétif et pauvre d’apparence.
- J’ais entendu dire que le Colonel Graham prenait quelque plaisir dans sa chambre vers le coucher du soleil, murmura le petit garçon. Il est alors seul avec sa compagne, sans aucun garde pour le défendre.
- D’où te vient cette information ? questionna le mystérieux homme blanc.
- J’ais fait ma petite enquête. Ma taille m’est très utile pour voir ce que les autres ne peuvent.
La silhouette blanche fouilla dans une petite poche de sa tunique et en sortit une maigre bourse, cliquetant entre ses doigts.
- Tiens, voilà pour toi.
- C’est plus que ce qui était prévu ! s’exclama le garçon en écarquillant les yeux. Vous avez du faire erreur.
- J’étais comme toi, étant jeune. Je sais ce que c’est. Cette vie.
- Mais…
- Garde cet argent !
Le jeune homme n’osa pas répliquer face à l’air déterminé de l’homme.
Ce dernier fit volte-face et commença à grimper une échelle posée contre le mur. C’est alors qu’il entendit derrière lui.
- Monsieur ! S’il vous plaît ! Comment puis-je devenir comme vous ?!
- Que veux-tu dire ?
- Etre aussi fort, aussi redouté ! Grimper au mur comme le lézard et disparaître comme la fumée ! Oui ! Comment…
- Oublie ça à l’instant, jeune Abdel. Je t’interdis même d’y songer, ne serais-ce qu’une seule seconde. Ne deviens pas comme moi.
- S’il vous plaît…
- Nous ne nous reverrons pas. Courage… et oublie.
Et l’Assassin s’enfuit par les toits.
- Mais non, je ne risque rien !
- L’Ange de la Mort a été vu plusieurs fois dans les parages ces derniers temps ! Il cherche quelqu’un à tuer ! En une semaine, il en a déjà éliminé deux du même grade que le votre Colonel.
- Oui, oui, oui… Et c’est pour éviter que cela ne m’arrive que vous êtes là, non ?
- Eh bien… Oui, bien sûr, mais cet Ange…
- Cessez donc vos jérémiades incessantes, garde Malvic. Vous me lassez. Et cessez de l’appeler Ange de la Mort.
- Mais…
- Vous n’êtes qu’un misérable garde ! Je peux organiser votre mise à pied sur le champ si je le veux ! Est-ce ce que vous désirez ?
Le garde plissa des sourcils, contenant sa rage. Il se contenta de suivre son maître sans broncher.
Un sifflement se fit entendre, suivit bientôt par un bruit de chute. Le garde des remparts venait de tomber à la renverse.
Une silhouette blanche s’abaissa sur son corps inerte, puis se releva. Dans un froissement sourd, la tunique de l’Assassin claqua dans l’air tandis que son porteur sautait sur le mur d’en face.
Il s’agrippa à la rambarde d’un balcon et attendit.
Une voix ferme donna un ordre, et bientôt des rires retentirent bruyamment dans toute la pièce.
Le Colonel Graham ouvrit les battants de bois de sa chambre et esquissa un large sourire. Une femme d’une incroyable beauté, drapé dans une toge de soie, l’attendait patiemment, allongé sur toute la longueur du lit.
- Restez ici, garde, ordonna Graham.
Malvic resta impassible et se contenta de regarder son supérieur d’un regard vide. Le Colonel le dévisagea un instant puis éclata de rire.
- Oh ! Je comprends ! Vous êtes sûrement abasourdi par la beauté de cette créature ! Protégez-moi comme il le faut, vous aurez peut être votre part.
Et la porte se referma, accompagné du rire moqueur de Graham.
Un filet de sang coula de la bouche de Malvic, puis il tomba raide mort, laissant paraître un homme à capuchon blanc, dressé juste derrière lui.
- Je remercie le ciel qu’il m’ais été donné le droit de vous rencontrer ! Quel est ton nom, belle esclave ?
La jeune fille avait terriblement peur. Mais elle savait que si elle n’était pas convaincante, elle serait tuée le lendemain à l’aube. Laissant sa fierté de côté, elle déclara d’une voix qu’elle voulait suave et sensuelle :
- Je suis Farada. Et je t’accompagnerais jusqu’au ciel des dési…
Mais elle ne finit pas sa phrase. Une éclat argenté brilla dans son coup, et un coulis de sang se répandit sur sa peau douce et mat.
Graham cria à plein poumon. Il se retourna et vit une haute silhouette blanche.
- Qu’avez-vous fait ?! s’écria le Colonel, avant que la peur n’envahisse soudain son visage. Mais, attendez… C’est vous ! L’An… L’Ange de la Mort…
- Ange, je ne sais pas, mais porteur de Mort, sûrement…
- Garde ! A l’Assassin ! L’Ange de la Mort est arri…
Les yeux de Graham tombèrent alors sur le corps inerte de Malvic. Il était désormais seul. Lorsqu’il leva le regard, l’Assassin n’était plus là.
C’est alors que Graham vit une lame apparaître juste sous son menton. Ses membres se convulsèrent, son cerveau sembla bouillir de l’intérieur, comme s’il s’emplissait de sang.
- Tu as raison, Graham… Je suis arrivé…
L’Assassin bondit par la fenêtre, laissant derrière lui la scène macabre dont il était l’auteur. Le sang de Graham ruisselait sur le sol, rejoignant celui de son esclave, comme le delta d’un fleuve rouge aux embranchements multiples.
Seul, en face de la loge de Graham et perché sur un toit voisin, les yeux vides et froids, le regard d’Abdel se perdait dans le spectacle qui leur était offert. Trois corps vidés de leur sang, gisant sur le sol comme de vulgaires animaux.
Les cloches sonnèrent dans toute la ville: l’alerte de la garde.
Abdel vit une forme blanche courir de toit en toit, poursuivit tantôt par un garde, tantôt par les flèches des archers.
Abdel desserra ses doigts et laissa tomber à ses pieds la bourse pleine d’or. Ce faisant, il désirait briser le lien qui l’unissait à cet homme. Mais en était-ce un ? Etait-il seulement vivant ? Etait-il réel ?
Face à tant de barbarie, le doute était permis.
Les yeux encore pleins d’images sordides et macabres, Abdel fuya, mettant le plus d’espace possible entre lui et la chambre de Graham, entre lui et la bourse de l’Assassin…
Un aigle survola la ville, puis il se posa lentement sur le balcon de Graham, baignant ses pattes acerées dans le sang. Il poussa un cri perçant, attendit quelques instants, et reprit son envole, allant droit vers le Nord...