Un petit chapitre.
Vu qu'il est justement petit, je devrais en faire un autre dans la semaine, pour compenser! Enjoy!^^
XXIV : En cellule
-Putain de bordel de merde, qu’est-ce qui se passe ?!
La rage de Beldingford résonna dans le bureau de son yacht durant quelques instants, semblant presque le faire tanguer. Les mains étendues sur une pile de dossier, éclairés par une faible lueur qui donnait à son visage une aura plus démoniaque encore, il observait d’un œil mauvais les trois personnes qui lui faisaient face.
-J’attendais dans le parking, commença James, l’air plutôt sûr de lui. Les instructions habituelles… le soleil s’était couché, il n’était pas revenu.
Un petit silence. À côté de James, Gerald, le garde du corps personnel de Kenneth Beldingford, se faisait tout petit. Celui-ci observa les photos du satellite qui avait filmé 47 en train de sortir du bâtiment par une autre porte, les doigts tremblants.
-Instructions ? demanda le britannique d’une voix forte.
-Instructions en cas de problème, répéta James, partir sans poser de questions. Mais le contrat était facile, comme les autres, le type à assassiner était un pauvre minable ! Ca sonnait f…
-Tu n’en as rien à foutre de si ça sonne faux ou comme du putain de cristal ! hurla Beldingford. Tu suis les ordres, tu prends ta paie, ou sinon je te jure que tu vas servir de décoration pour la proue de ce putain de yacht !
James baissa les yeux. Beldingford, les tempes battantes, se leva, fit tomber quelques feuilles par terre, et se fit glisser latéralement un tableau représentant un somptueux trois-mâts sur le mur, découvrant ainsi une petite cache.
-Bref, continua James, j’ai découvert le cadavre de l’homme, mais pas de l’agent 47. Je vous ai donc immédiatement avertis…
Le dos de Beldingford sembla s’affaisser, et, au milieu des billets de banque et des tonnes de documents remplissant la cache, il sortit une longue bouteille de whisky.
-Du pur malt, fit-il avec un étrange sourire en faisant glisser à nouveau le tableau. L’un des meilleurs qu’on ait fait.
Il se rassit à son bureau, versa lentement l’alcool dans un verre et le regarda couler. Mais le moindre regard à un de ses subalternes était inexistant.
-Je m’étais promis de la garder pour le jour où j’aurai le pouvoir sur le reste du Conseil… mais je crois qu’une petite gorgée de ce merveilleux breuvage est une chose très importante. Dans tous les cas, grâce à la mainmise déjà plus ou moins puissante que j’exerce sur les autres membres, même si Doherty continue de vouloir me mettre des bâtons dans les roues, j’ai pu avoir accès aux données de satellites qui, étrangement, avaient suivi notre ami 47 à la trace. Des satellites sous le contrôle d’Interpol…
Il leva un regard noir envers les trois hommes.
-Je vous ai déjà parlé de ce Lenny James. Le reste des documents, après que mon agent soit rentré dans un entrepôt, est introuvable. Mais quelques-uns de nos amis du FBI sont allé faire un tour là-bas, et y ont découvert des tâches de sang dans le gravier. Pas besoin de faire des analyses, ça luisait dans la lueur de leurs lampes torches tant c’était frais… Bref, Lenny James est un agent d’Interpol qui suit mon agent depuis un bout de temps. Et on dirait qu’il a définitivement réussi à lui mettre la main dessus. Désormais, j’ai deux alternatives.
Un nouveau silence, plus pesant.
-Trouver un moyen de le sortir de là… ou l’éliminer, et trouver un moyen similaire pour Doherty. Mais depuis les morts de Petersen et Dougall, il a un tantinet tendance à se cachet dans sa villa, entouré par des hordes de chiens, gardes, miradors, tranchées, douves et tout le tralala. En gros, il me faut 47… Vous êtes mes deux hommes de confiance , débrouillez-vous pour avoir des indices.
Il fourra rapidement la masse de documents dans un dossier, qu’il poussa sur le bord de son bureau.
-Tout y est. Appelez les gars du FBI si besoin est.
Se tournant vers Gerald :
-Si t’as besoin d’armement, Peter est à ta disposition… Maintenant, foutez-moi le camp.
Il observa quelques instants le vide, tandis que James prenait l’épais dossier, puis vida son whisky d’un trait.
Blanc.
Les murs de cette cellule étaient d’un blanc qui commençait dangereusement à taper sur le système de Hitman. Le même blanc que ce blanc des cellules du laboratoire de Ort-Meyer, le blanc des hôpitaux psychiatriques, le blanc des cellules de ceux qui croient pouvoir déstabiliser une âme avec un peu de clair sur les murs. Le blanc où la moindre mouche était visible, le blanc où la moindre tâche de sang semblait être un plaidoyer à la souffrance qui avait eu lieu ici, un blanc qui se voulait effrayant.
Effrayant, pas. Intriguant, probablement, pensa 47.
-On t’apporte ta bouffe dans dix minutes, lui dit une voix monotone de l’autre côté de la lourde porte en acier, peinte en blanc lui, délavé.
L’assassin s’assit dans un coin de la cellule, et observa ses poignets, rougis par les chaînes. Presque brûlés. La torture, il l’avait encore subie ce matin, après une nuit agitée, dans cette même cellule. Cette même cellule complètement vide, avec juste une grille dans un coin pour pouvoir pisser. Et encore, à cet endroit, le mur blanc ne l’était plus vraiment…
La torture. Elle lui avait à nouveau semblé durer des heures. Ces décharges, dans tout son corps, dans tout ses muscles, sa tête, ses mains, ses pieds… Ces fourmillements atroces qui continuaient des heures après, le relançaient… et cette question, qui s’était sans cesse incrustée en lui, dans ses rêves… Avait-il l’esprit d’Ort-Meyer ?
La question ne lui était jamais venue à l’esprit. Il n’y avait jamais pensé, il n’avait jamais eu le temps, jamais eu l’occasion. Mais ici, dans la solitude la plus complète, le désespoir qu’il n’avait que rarement subi, et la douleur à répétition qu’il n’avait jamais subie à cette intensité : son esprit, dans ce corps qui ne lui appartenait pas. Il savait qu’il était un objet, une arme utilisée par ses commanditaires pour s’améliorer la vie, éliminer des personnes. Surtout des salauds, il le savait aussi. C’était un objet. Pourtant, même en tant qu’objet, il ressentait la douleur. Ce qui l’amenait à penser qu’au bout du compte, il respirait, vivait, et avait peur comme tout être humain, seulement à une échelle différente. Ce qui l’amenait alors à cette question : était-il comme Ort-Meyer, qu’il avait toujours connu à travers une vitre d’observation, un calepin à la main, l’air impassible. Il lui ressemblait, au fond. Cet esprit, un esprit analytique, froid et efficace, semblait être autant dénué de scrupules que celui d’un généticien capable de reproduire l’œuvre de Dieu.
L’œuvre de Dieu ! La bonne blague… 47 aurait pu en rire, s’il avait été habitué à rire dans ce laboratoire, ou s’il était encore en Sicile en train de cultiver des tomates. Il se contenta juste de bouger un peu ses mains, de changer de position assise. Ses habits étaient les mêmes depuis sa capture, bien qu’on lui avait enlevé son gilet et sa cravate, et la transpiration le rendait mal à l’aise. Un élément de plus pour qu’il dise à Lenny James ce qu’il voulait savoir sur lui. Ce matin, pourtant, il avait parlé… un peu. Il avait dit la vérité : il ne savait pas comment Beldingford agissait, ni pourquoi. En fait, il s’en doutait, mais Interpol voulait une réponse. Officiellement, 47 avait répondu que Kenneth Beldingford était mouillé dans le trafic d’alcool, peut-être de drogue, et qu’il avait main-basse sur certains agents de Scotland Yard. Autant dire que les gars d’Interpol le savaient depuis longtemps. Mais James n’était pas sûr des connaissances de 47, et il avait arrêté de le cuisiner.
L’assassin pouvait encore lui dévoiler un ou deux trucs. Par exemple qu’il avait été embauché par Beldingford il a moins de deux mois, que celui-ci payait bien. Mais il avait encore peur de chercher des ennuis au molosse. Il avait peur des chocs… le chien n’aboyait plus, il mordait à grandes bouchées. Et 47 savait pertinemment qu’après cela, il lui faudrait d’autres os à ronger. Sur l’Agence…
L’Agence. Malgré tous ses déboires avec Beldingford, 47 avait gardé l’espoir que l’Agence le recontacte. Et même si ce n’était pas le cas, il ne dirait rien à propos de l’Agence. Il la respectait trop, savait qu’elle faisait un travail bon, et éliminait les salauds de ce monde… ce que Lenny James ne comprenait pas : tuer la vermine. Eliminer la charogne qui empestait et faisait vomir le reste du monde. Tuer le rat qui transmettait la peste.
Bref. Il allait craquer, bientôt, et il fallait trouver une solution pour foutre le camp.
-Ta bouffe, dit le garde de l’autre côté de la lourde porte.
Une trappe au pied de la porte s’ouvrit, et une assiette glissa vers l’intérieur. Le premier repas de l’assassin dans ce merdier. Il prit l’assiette, et huma la viande froide. Puis observa les couverts, et grogna.
La fourchette était en plastique, et pas de couteau.
Il fallait qu’il se creuse la cervelle. Et vite…