Les projets de modernisations de l'économie et de l'appareil industriel français ne datent pas de la Libération. Depuis la première guerre mondiale, il est dit admis qu'une modernisation est nécessaire, et même indispensable face aux progrès des autres pays. Non seulement pour améliorer la productivité française, mais aussi son poids économique. Plusieurs ébauches de plan voient ainsi le jour sans vraiment être travaillées.
Après la défaite, pendant l'occupation, et donc sous Vichy; la volonté de voir s'élever une France nouvelle et plus puissante est plus forte que jamais. Le "Comité d'Etudes pour la France" est alors crée. Elle donnera lieu au "Plan d'équipement national" qui veut une France qui se remettent au travail au plus tôt puissent vivre en autarcie le plus vite possible. Il est intéressant de noter qu'ici les projets ont traversés la guerre sans changement majeur. En effet, ce "plan d'équipement national" aura servi d'ébauche au plan Monnet, même s'ils divergent parfois. D'ailleurs, des fondateurs de ce plan (Gazier, Tessier, Sauvy) auront également un grand rôle dans le Plan Monnet.
Mais arrive 1944 et la Libération. Devant l'ampleur des dégâts, la nécessite de reconstruire en plus de moderniser s'impose.
En France, au sortir de la guerre, les dégâts matériels sont énormes. 74 départements touchés par les bombardements en général; le réseau de transport est en grande partie détruit, sans compter que ce qui reste est morcelé. Les moyens de transports sont quasiment inexistant, avec un cinquième des camions et un sixième des locomotives seulement en état de marche. Globalement, les productions journalières sont divisé par deux par rapport à l'avant-guerre. Pire, la production d'acier a été divisé par 9 (de 500 000 tonnes par mois, on passe à 58 000 tonnes par mois). En plus de cela, les machines sont pour la plupart obsolète (on observe une moyenne d'âge de 30 ans), et les rares machines modernes ont été réquisitionnées par les allemands.
Au niveau humain, les pertes furent bien moins élevés que celle de la 1er Guerre Mondiale. Mais il y eut tout de même des morts, des déportés, des prisonniers etc. De plus, avec le Service de Travail Obligatoire (STO), les hommes encore valide sont emmenés plus ou moins de force en Allemagne pour travailler; soit disant en échange de prisonniers. Toujours est il qu'à la fin de la guerre, on a 20% de main d'œuvre en moins.
Pour Jean Monnet, la reconstruction se fera essentiellement avec l'aide des américains. C'est pour cela que, avant même qu'il ai le projet du plan, il rejoint de Gaulle et devient en novembre 1943 "Ministre des Affaires Franco-américaines". Il négocie des prêts-bail qui seront signé le 28 février 1945 (crédits à taux très avantageux comme 2.5% dans ce cas; dans certains cas, il s'agit même de don). Ces prêts serviront à l'importation, comme leur rôle est prévue dans le plan civil d'importation qu'il présente en juillet 1944 sous le nom de "Plan de remise en marche rapide de l'économie.". Mais celui ci est en partie un échec : seul 28% du matériel qui aurait du être livré l'est. C'est pour cela qu'il revoit à la baisse de 43% son plan de juillet en novembre. Nous pouvons voir que pour l'instant, il n'est pas encore question de Plan, mais d'un programme d'importation. Cependant, le Plan Monnet naitra de cela.
Le Plan en lui même est proposé au général de Gaulle en août 1945. Vient alors la préparation du Plan, et malgré les nombreuses difficultés qu'on posé les rencontres franco-américaines de l'hiver 1945 et du printemps 1946 (dites aussi de Blum-Byrnes), Monnet avait déjà préparé dès octobre toute la chronologie de son projet. Ainsi nait le "Commissariat Général du Plan", une sorte de ministère dédié au Plan, et Jean Monnet est nommé "Commissaire au Plan". Ce Commissariat était placé sous la directive du Ministère de l'Economie. On peut remarquer qu'il était vu comme un intrus.
Durant l'année 1946, le Plan rencontra plusieurs difficultés.
D'une part les divisions qui naissent. En effet, certains, après le semi-échec de l'entrevue Blum-Byrnes ne croient plus au Plan. D'autres parts, des retards s'accumulent, et on se rend compte que dans certains secteurs, dont notamment la métallurgie (la transformation des métaux obtenue après un premier "traitement" en objet ou en matière secondaire), tout reste à faire. La confiance et le soutien politique au plan diminue.
Celui ci se voit donc obligé de repoussé ses dates butoirs, et de se fixer des priorités; chose qui n'avait pas été faite avant.
Malgré ces déboires, non seulement le Plan n'est pas supprimé au bout de 6 mois (et donc en mars 1946) comme il était prévue, mais il est revue, corrigé, et finalement lancé par l'adoption définitive du Plan par le Conseil des Ministres qui est faite en janvier 1947.
Les avis sont partagées entre les syndicats et les partis politiques, qui participent tous malgré tout, et avec plus ou moins de conviction et de bonne volonté. Au niveau des gens, le Plan était mal-connu pour deux raisons : le silence de celui-ci par rapport à ses agissements; et la présentation disparate et confuse qu'en a fait la presse. En 1946, un homme sur deux sait qu'il y a un "Plan Monnet" en préparation. Mais seulement 30% des gens savent en quoi il consiste.
Sympa nan ? 