Le 9 septembre 2009 était un jour à marquer d'une pierre blanche pour tous les fans de Sega qui se respectent. En effet, cette date coïncide avec l'anniversaire des dix ans de la sortie sur le territoire américain de la belle, de l'unique et de l'inimitable Dreamcast. Partie trop vite, délaissée pour d'autres et tombée au combat d'une guerre vidéoludique sans merci, cette console est cependant bien déterminée à enterrer toutes ses rivales en étant la dernière à proposer des jeux commerciaux. C'est dans cette optique que la Senile Team a décidé d'annoncer, en ce jour béni du 9 septembre 2009, la sortie prochaine d'un tout nouveau jeu de courses intitulé Rush Rush Rally Racing (alias RRRR ou encore R4). Nul doute que l'appât du gain n'a aucune emprise sur ce studio de développement qui a pour seul but d'offrir un soft de qualité sans essayer d'exploiter le sentiment de nostalgie qui entoure cette machine. A moins que…

C'est finalement le 6 janvier 2010 que R4 a débarqué dans les chaumières du monde entier, un peu en retard pour les fêtes de fin d'année mais qu'importe, la sortie d'un nouveau jeu Dreamcast est un évènement en soi. Originellement conçu sous forme de petite démo à l'occasion d'un concours de programmation organisé en 2006, quatre années supplémentaires seront nécessaires à la Senile Team pour peaufiner leur bébé et enfin le sortir sous sa forme définitive. Il faut dire que cette petite équipe de développeurs, composée presque exclusivement de deux frangins dingues d'informatique, n'y travaillait que pendant son temps libre sans aucune deadline ou pression extérieure. Si on devait résumer R4 en quelques mots, il suffirait de jeter un œil sur son slogan publicitaire, lequel a le mérite d'être explicite et pourrait se traduire en français de la façon suivante : « Oubliez les voitures de marque, oubliez les environnements réalistes, R4 c'est du fun à l'état brut ». C'est cette information en tête que le joueur place fébrilement le CD dans sa console et lance une partie.




Dans l'incapacité technique de prendre mes propres captures d'écran, l'éditeur a généreusement accepté de nous laisser utiliser celles présentes sur le site officiel du jeu.
- Graphismes13/20
Les animations minimalistes, les graphismes dépassés et les décors vides de détails reflètent la volonté des développeurs de créer un soft old-school qui nous replonge au cœur des années quatre-vingt-dix. C'est un parti pris qu'il faudra accepter, mais du coup, impossible d'attribuer une note faramineuse à l'aspect visuel du titre, surtout quand on sait ce que la Dreamcast a sous le capot en matière de 2D. Par ailleurs, on excusera difficilement que les circuits se déroulent seulement dans trois malheureux environnements différents : le désert, la ville et la classique piste d'asphalte.
- Jouabilité14/20
Misant tout sur la simplicité et l'absence de prise de tête, le gameplay se révèlera finalement assez précis pour demander au joueur une période d'apprentissage afin de contrôler à la perfection les véhicules proposés. Les courses sont rapides, nerveuses et demanderont un fin mélange entre réflexes et mémorisation des tracés pour espérer s'imposer. Voilà qui est un peu en contradiction avec l'annonce des développeurs de concocter un jeu qui favorise le plaisir immédiat. Un néophyte qui déciderait de défier un joueur aguerri n'aurait en effet strictement aucune chance de l'emporter… pas très fun tout ça.
- Durée de vie8/20
Il y aurait presque de quoi crier au vol en voyant le contenu rachitique de R4. Le solo ne propose qu'un seul et unique mode de jeu, à savoir le grand prix à travers dix circuits différents (il y en a 10 autres disponibles dans le mode multi). Un classement en ligne est également présent sur le site officiel et permet de comparer ses chronos avec les meilleurs pilotes du monde. C'est une bonne idée, certes, mais peut-être aurait-il été judicieux de rajouter un mode Contre-la-montre… juste histoire de pouvoir s'entraîner dans un circuit en particulier sans être forcé de lancer un Grand Prix depuis le début ! Les tracés sont classiques et ne possèdent pas suffisamment de particularités pour pouvoir les différencier les uns des autres. Dans ce genre de cas, un constructeur ou générateur aléatoire de niveaux aurait pu sauver la mise, mais inutile de chercher, il n'y en a pas.
- Bande son15/20
C'est incontestablement et étrangement le point fort de R4. Mais pourquoi peaufiner à ce point la bande son alors que le reste du jeu manque cruellement de travail ? De plus, on ne peut pas dire que ce soit le point qui importe le plus dans un jeu de courses automobiles. Enfin, au lieu de nous plaindre, profitons allègrement de ces mélodies inspirées et entraînantes. Pour les mélomanes, sachez que le jeu est aussi disponible en version Deluxe, incluant entre autres un CD audio qui reprend toutes les musiques du titre. Sans transition aucune, soulignons que le hurlement des piétons qui se font écrabouiller par vos soins sont absolument délicieux.
- Scénario/
Pas une ligne de scénario à l'horizon mais on ne peut que remarquer que la Senile Team semble particulièrement obsédée par les aliens, les vaches, et plus particulièrement par les aliens qui kidnappent les vaches. Il doit y avoir des psys pour ça…
Quand un titre post mortem débarque sur la bonne vieille Dreamcast, l'envie est forte de le conseiller à tout le monde et de continuer à faire vivre le rêve, encore et toujours. Mais parfois, il faut savoir mettre ses sentiments de côté et laisser prédominer la raison et l'objectivité. Rush Rush Rally Racing aurait pu être un bon jeu. Oui il aurait pu, du moins si on n'avait pas l'impression de jouer à une démo au contenu famélique qui mérite à peine les 15 euros démocratiques auxquels il est vendu. Pas d'affolement, d'autres jeux commerciaux pour Dreamcast sont en développement et certains d'entre eux semblent vraiment prometteurs. R4 devrait également sortir sur WiiWare dans le courant de l'année 2011, gageons que ce portage permette aux développeurs de rajouter quelques options de jeu et de revoir son prix à la baisse.