Militant pour un jeu vidéo différent, Lucidity suit la voie toute tracée par le surprenant Braid. Apaisant et mystérieux, le nouveau titre de LucasArts l'est indubitablement. Néanmoins, en parallèle de son esthétique renversante et de la simplicité de son gameplay, le rêve n'a-t-il pas parfois tendance à côtoyer le cauchemar ? Compte rendu d'une rencontre pas comme les autres.

S'émancipant des attentes d'un public de plus en plus enclin à faire les yeux doux à ce qu'il connaît, Lucidity pique au vif, surprend et touche dès les premières minutes de jeu. L'histoire, ouvertement inspirée de contes pour enfants, n'est pas étrangère à cet état de fait de même que l'étonnant visuel, digne représentant de toute une série de courts métrages venus de l'Europe de l'est. Simple dans son approche narrative, le soft de LucasArts nous ouvre la porte des songes de Sofi qui va dès lors devoir affronter certaines de ses peurs pour aller au bout de son voyage. Et à nous de guider l'insouciante gamine à travers des mondes mystérieux, peuplés de créatures de la nuit et de pièges de toutes sortes. Onirique dans son propos, Lucidity l'est tout autant dans son gameplay, le joueur tenant le rôle de marionnettiste devant baliser un chemin pour la jeune demoiselle grâce à des pièces générées aléatoirement. Au jeu de la comparaison osée, on pourrait même dire que le titre ici présent est une sorte de mixe entre Tetris et le Sleepwalker d'Ocean sorti en 1992.


- Graphismes16/20
Si on dépasse la frontière épurée des graphismes de Lucidity, l'émerveillement est total. Dignes d'un film d'animation, les décors enchanteurs passent mais l'émotion, elle, reste. De même, la démarche de la fillette évoque dans ses imperfections des courts métrages réalisés en stop motion, ceci participant un peu plus à l'ambiance surannée d'un vieux conte pour enfants.
- Jouabilité13/20
On eut aimé dire que Lucidity fut synonyme de "simplicity" mais malheureusement, la jouabilité simpliste de cette version Xbox 360 n'est pas exempte de défauts. Ainsi, le déplacement des pièces, dont le nombre est finalement assez restreint, manque parfois de fluidité et de rapidité, ceci nous valant souvent de reprendre un niveau dans son entier à chaque game over. De même, il est regrettable que les développeurs n'aient pas opté pour une caméra un peu plus lointaine afin de mieux appréhender ce qui nous attend.
- Durée de vie14/20
A l'image de Braid, Lucidity fait montre d'une certaine difficulté, qui plus est exponentielle. Encore plus vrai si vous désirez récolter la plupart des lucioles et ainsi débloquer la quinzaine de stages venant s'ajouter aux 27 de départ.
- Bande son15/20
Bien que les musiques sachent se montrer très discrètes durant les phases de jeu, elles s'avèrent d'une justesse remarquable en oscillant constamment entre discrétion et oppression. De la magnifique berceuse suédoise, Byssan Lull, aux notes de piano évoquant parfois celles du pianiste George Winston, la bande-son de Lucidity subjugue et nous entraîne au plus profond d'un univers de rêverie et de cauchemar.
- Scénario14/20
Sans atteindre l'époustouflante métaphore de Braid, l'histoire de Lucidity évoque nombre de contes pour enfants. Simple, vibrant et finalement très beau, le synopsis offre au jeu une atmosphère évoquant parfois celle de James et la pêche géante ou du superbe Coraline d'Henry Selick et Neil Gaiman.
Lucidity emboîte le pas au remarquable Braid et prouve à qui de droit que le jeu vidéo est une forme d'art à part entière. S'inspirant de contes enfantins, évoquant le cinéma de Tim Burton et d'Henry Selick, le titre de LucasArts nous invite dans un monde de cauchemar dont on se prêtera à rêver une fois la console éteinte. Un beau paradoxe qui a malheureusement du mal à s'affranchir de quelques gros soucis de gameplay et autres oublis parfois préjudiciables. Néanmoins, si le fait de découvrir autre chose que de sempiternelles franchises ne vous fait pas peur, prenez votre courage à deux mains, fermez les yeux et vivez intensément cette aventure éthérée nous renvoyant plusieurs années en arrière... Du temps où on pensait encore que le jeu vidéo était avant toute chose une histoire d'émotion.