Test Shelter- PC

PC

La scène du jeu indépendant a cette incroyable capacité à engendrer concepts et expériences étranges, parfois heureuses, parfois géniales ou contemplatives et parfois... déroutantes, pour dire le moins. Que penser d'un jeu qui vous propose d'incarner une maman blaireau cherchant un nouveau terrier pour ses petits ?

Shelter

Les jeux tentant de créer un attachement entre le joueur et des personnages numériques sont plus nombreux qu'on pourrait le penser, et ils ne sont pas rares à y parvenir, usant d'habiles artifices qui d'une façon ou d'une autre font vibrer la corde sensible. C'est cette même corde que Shelter veut titiller en vous mettant dans la fourrure d'une maman blaireau guidant ses 5 petits à travers une nature hostile. Entre instinct maternel et prise de conscience de la cruauté de la vie dans la nature sauvage. Rassurez-vous, on vous épargnera les milliers de blagues relatives à la nature de l'animal, ne me remerciez pas, ça me fait plaisir. En tant que blaireau, vos possibilités d'action sont relativement limitées, l'animal n'ayant pas encore découvert l'art du feu ni même la maîtrise des portails dimensionnels, le noob. En somme, vous pouvez arracher des plantes du sol pour les donner à votre progéniture, courir, mettre des coups de tête dans un arbre pour faire tomber ses fruits et vous allonger pour vous planquer dans les buissons. Pour nourrir ses petits, maman peut également chasser, il suffit d'approcher doucement d'un renard ou d'une grenouille pour lui mettre un coup de dents et assister à la curée quand la marmaille blaireau se jette sur le cadavre. Nourrir vos petiots sera votre occupation principale du début à la fin du jeu, ces derniers changeant progressivement d'aspect, indiquant de façon naturelle aux joueurs qu'il est préférable de répartir les vivres.

Badger's Little Helper

Test Shelter PC - Screenshot 5Les petits gloutons ne feront qu'une bouchée du renard.

Au-delà de cette mission nourricière, votre objectif est de traverser les différents niveaux de Shelter en évitant les pertes. Contrairement à ce qu'on serait aisément tenté de penser, le jeu n'est pas un large environnement ouvert, ni même une suite de zones générées de façon procédurale mais bien une enfilade de niveaux thématiques, linéaires et scriptés, chacun vous confrontant à une situation et un danger spécifiques. Une astuce qui a le mérite appréciable de proposer une certaine variété. Le niveau de nuit par exemple, exige que vous restiez au plus près de vos petits qui auront tendance à fuir en courant au moindre bruit. Et gare à vous si vous en nourrissez un sans attendre qu'il ait fini avant de reprendre votre progression, une fois sorti de votre aura protectrice, il se fera enlever par les ténèbres. Le chapitre se déroulant sous la pluie vous confronte à un autre danger : une rivière en crue que vous allez devoir remonter en évitant les vagues emportant les plus faibles de vos blaireautins. Durant un feu de forêt, on se méfiera des buissons en flammes et tout au long du jeu, on prendra soin de vite se planquer dans les fourrés quand on voit passer l'ombre d'un aigle, sous peine de le voir s'envoler avec un des membres de notre portée. Un point pour la diversité des situations mais... on en fait le tour en une heure, arrivant à la fin de cette "aventure" sans avoir compris ce qui venait de nous arriver. Au passage, le jeu coûte tout de même la bagatelle de 8 euros.

Un blaireau sur le fil du rasoir

En dehors de son aspect expérimental qui vaut toujours le coup d'oeil, Shelter laisse un bel arrière-goût de "mouais", une fois qu'on a fini d'avaler le hype qui tourne autour des concepts indépendants dont on n'est pas trop supposé dire du mal sous peine de se faire ostraciser la plume. Se balader dans l'environnement pour lutter contre une nature vaguement hostile n'est pas le trip contemplato-émotionnel que l'on croit. Arracher des plantes tous les 10 mètres en se cachant dans les fourrés pour éviter un aigle un peu débile n'est pas l'activité la plus passionnante du monde. Plus problématique, si l'idée était de jouer sur l'attachement aux blaireautins, la mission n'est pas un succès ultime. Pour tout dire, personnellement, en voir un se faire becqueter me perturbait plus sur le plan de la performance de joueur que sur celui de l'affect. D'autant qu'il suffit de recharger le niveau pour retenter sa chance et éviter la perte. Pour être juste envers le jeu, d'autres que moi ont malgré tout eu tendance à se soucier du sort des petits mammifères. Les choses seraient peut-être différentes si les petits faisaient parfois montre d'un comportement plus élaboré que celui d'un Lemming. Rien de très sophistiqué, ne serait-ce qu'en voir un jouer quand on arrête d'avancer, ou se chamailler avec un de ses frères pour savoir qui bouffera la patate.

Test Shelter PC - Screenshot 6Et hop, Marcel fait son baptême de l'air avec copain froufrou. Je fais mon deuil comme je veux.

De même, si la nourriture abondait moins, le jeu parviendrait à créer une réelle tension en obligeant le joueur à se montrer particulièrement attentif à la façon dont il distribue les portions, mais on trouve tellement de pitance que la question ne se pose pas, on finira toujours par nourrir tout le monde. Du coup, non seulement on ne s'attache pas aux petits, mais même la leçon de choses façon documentaire sur le Serengeti (la vie des bêtes, c'est pas facile) passe à la trappe. Pour dire les choses tout de go et de façon un peu brutale : en jouant à Shelter, on s'ennuie, on passe son temps à se demander quand on va finir par se sentir vraiment impliqué et une heure plus tard on voit le générique de fin.

Test Shelter PC - Screenshot 7Evitez les flammes ou ça va sentir le poil roussi.

Là où Shelter s'en sort en revanche avec plus de réussite, c'est du côté de son ambiance. Si la direction artistique assez typée et pleine de gros polygones ne fera pas que des heureux, le style ne manque pas de charme et assume jusqu'au bout son aspect atypique, allant jusqu'à rendre la pluie rouge, ce qui, finalement, ne choque absolument pas et contribue à créer un petit monde à part. Une approche que l'équipe de développement ne manquera pas de conserver pour son prochain jeu. Bon point également pour la bande-son qui égrène ses arpèges de guitare soutenus par des lignes de basses qui se font plus agressives en cas de danger. Des éléments qui restent les mieux maîtrisés dans Shelter.

Si rien ne s'affiche après plusieurs secondes d'attente :

Les notes

Il y a de quoi rester perplexe face à Shelter. Malgré son pitch qui semble sortir du compte Twitter parodique PeterMolydeux, l'idée de nous faire incarner un animal et de créer un lien virtuel avec ses petits n'est pas mauvaise, au contraire. Dans la pratique pourtant, le minimalisme du gameplay finit par provoquer un réel ennui et Shelter ne parvient pas particulièrement à créer ce fameux sentiment d’implication dans la survie des blaireautins. Il y a comme un goût d'inachevé dans Shelter, comme l'impression que les choses n'ont pas été poussées jusqu'au bout. Et son heure de jeu facturée 8 euros ne fait rien pour arranger les choses. Reste un aspect expérimental qui séduira les plus curieux.

Les plus

  • La direction artistique forte
  • Une idée pas banale

Les moins

  • Affreusement répétitif
  • 8 euros pour à peine plus d'une heure
  • Un sentiment d'attachement et une implication pas garantis
  • Une expérience... et quoi d'autre ?
  • Problèmes de pathfinding des petits

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Infos jeu

  • Shelter
  • Afficher recto jaquette
  • Editeur : Might & Delight
  • Développeur : Might & Delight
  • Type : Autres
  • Support : Disponible uniquement en ligne
  • Multijoueurs : Non
  • Sortie France : 28 août 2013
  • Version : Anglais
  • Config minimum : Processeur 2.6 GHz, 1Go de RAM, carte 3D DirectX 9.0, Windows XP SP2
  • Config conseillée : Processeur 3.0 GHz dual core, 2Go de RAM, GeForce série 8
  • Web : Site web officiel
  • Existe aussi sur :
    Shelter - Mac
  • Similaire à :
    Proteus

Vidéos

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