Cryostasis : Sleep of Reason |
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Sorti des steppes glacées de la Russie, Cryostasis nous apporte un froid hivernal porteur d'une bien étrange histoire. En bouffant à tous les râteliers, les développeurs d'Action Forms risquaient de se perdre en chemin à l'image du héros de leur titre coincé dans un gigantesque brise-glaces atomique au beau milieu du pôle nord. Pourtant, contre toute attente, Cryostasis réussit haut la main son pari et parvient même à provoquer quelques frayeurs pas seulement dues aux températures avoisinant les -20°.
En pénétrant dans l'antre de Cryostasis, il convient de savoir où l'on met les pieds. En effet, après six heures de jeu environ, nous ne savons pas encore comment se nomme le personnage (à moins d'avoir jeté un oeil dans la notice), météorologue assermenté, qu'on incarne ni ce qu'il fait véritablement dans cette galère, enfin dans ce brise-glace pour être exact. De fait, les développeurs ont choisi sciemment une histoire nébuleuse, très nébuleuse puisque deux récits se mêlent, même si à priori, ils ne semblent avoir rien en commun. Bien malin, donc, celui qui saurait expliquer précisément de quoi il en retourne, le scénario oscillant constamment entre légende métaphysique et flash-backs se déroulant dans le bateau échoué. Pour autant, l'histoire, se déroulant en 1968, s'avère prenante et mélange habilement des influences héritées du Titanic, The Thing, Bioshock (à qui il emprunte quelques musiques surannées) ou bien encore Condemned. En somme, plus on avance et plus le jeu gagne en intensité, en complexité, ceci rajoutant encore à l'ambiance du titre.

Très Hellraiser dans l'âme, n'est-il point ?
Une des choses les plus importantes dans Cryostasis reste également cette idée nous permettant de revivre les éléments du passé afin de changer le cours des événements. Toute originale qu'elle est, cette idée n'est pas totalement nouvelle dans le monde du survival-horror puisque From Software avait suivi une piste légèrement similaire il y a quelques années avec son Echo Night Beyond sans toutefois pousser plus loin le concept. Dans Cryostatis, on ne communique pas avec les morts, on les incarne véritablement lors d'un trip temporel durant lequel, on revivra ce que les macchabées qu'on a sous nos yeux ont vécu. Mieux, vous pourrez, devrez, modifier les situations pour que la personne que vous "possédez" survive ou effectue une action particulière afin qu'une fois revenu dans le présent, vous puissiez poursuivre votre route. Excellent élément de gameplay qui donne alors lieu à des séquences de réflexes, de vitesse ou de très légères réflexions. Certes, on aura tôt fait de recommencer certaines séquences sachant qu'il est parfois difficile de savoir ce qu'on attend de nous mais entre un Quicksave ou des sauvegardes automatiques, vous n'aurez pas longtemps à attendre pour progresser à nouveau.

Ahhh, douce chaleur d'un réacteur nucléaire... Sacré régis va.
Ceci est d'ailleurs une véritable bénédiction puisque le jeu s'avère assez facile malgré diverses maladresses liées à l'autre point essentiel du gameplay : le froid. Eh oui, je vous rappelle qu'on se trouve au pôle nord et qu'il y fait presque aussi froid qu'à Aurillac. Vous devrez alors constamment trouver des sources de chaleur afin de vous réchauffer et accessoirement remonter votre jauge de vie. Pour ce faire plusieurs moyens : les lampes, les torches mais aussi des machineries que vous pourrez activer. Un point à ne pas négliger donc d'autant que ces moyens détournés permettront également de remonter votre jauge d'endurance. Là-dessus par contre, les développeurs ont à mon sens commis une bourde. En effet, dès que vous vous mettrez à marcher, votre jauge baissera, ceci étant encore plus rapide si vous voulez courir. Il eut été plus intelligent de concevoir une jauge d'endurance et une jauge de course à la manière d'un Tomb Raider. D'autant plus vrai que lorsque vous lisez des documents (cette action vous empêchant alors de bouger), votre jauge continue à descendre. Dans ces cas-là, vous trouverez généralement une source de chaleur à proximité mais le plus embêtant vient par contre des déplacements extrêmement lents du héros, malgré les espaces confinés peu propices aux pointes de vitesse.

Les visions sont des moyens d'épaissir encore un peu plus le mystère de ce brise-glace fantôme.
Il se peut également que les premiers combats vous semblent brouillons, ce qui, je l'avoue, sera tout à fait compréhensible dans le sens où la caméra suit le mouvement du personnage lorsqu'il assène un coup de hache par exemple. Si vous rajoutez les coups portés par vos ennemis, il est vrai que vous aurez parfois l'impression d'être dans un grand huit. Toutefois, après avoir compris qu'il suffit de porter un coup, reculer, avancer pour attaquer à nouveau (tout en se protégeant), vous n'aurez plus aucun souci. A ce titre, la jouabilité du titre s'avère bonne puisque basée essentiellement sur les deux boutons de la souris pour les quelques actions qu'on vous demande. Aucun problème donc même si une fois obtenu des armes (lanceur de fusées de détresse, fusil de snipe...), on se rend compte que la gestion des collisions et la précision des tirs auraient mérité quelques réajustements. De même, on eut aimé des adversaires un peu plus variés, les quelques "revenants" tournant rapidement en rond. A contrario, on sera surpris de se retrouver après quelques heures devant certaines monstruosités que n'aurait pas renié un John Carpenter.

Préparez vos munitions, le combat va bientôt débuter...
En conclusion, exception faite d'une histoire impénétrable (nous donnant par contre l'envie irrépressible de découvrir le pourquoi du comment), quelques combats brouillons et une gestion du froid parfois rébarbative, Cryostasis s'avère une excellente surprise. Bien sûr, on pourra aussi lui reprocher des décors extrêmement homogènes mais sur ce point, difficile de faire autrement, le lieu unique de l'action s'y prêtant automatiquement. Pour autant, les artistes d'Action Forms ont réussi à installer des ambiances différentes au sein d'un même décor grâce à plusieurs filtres graphiques et des couleurs saturées évoquant parfois Killzone 2 ou Silent Hill 3. Le résultat est parfaitement maîtrisé mais permet au titre d'imprimer des atmosphères étouffantes malgré la fraîcheur ambiante. Bien sûr, le fait de déambuler dans un bateau fantôme perdu dans la tourmente joue aussi en faveur des sursauts qui seront souvent synonymes de mort instantanée. Pensez donc à sauvegarder très souvent afin de ne pas mourir bêtement après avoir reçu un coup de hache d'un matelot planqué dans un coin à la manière des parias de Condemned. Au-delà de ces soucis qu'on peut aisément contourner ou supporter, Cryostasis se montre un très bon produit qui plus est vendu une poignée d'euros. Honnêtement, vous en attendiez autant des géniteurs de Vivisector vous ?
Logan , le 06 février 2009
Cryostasis propose des environnements léchés embellis par des éclairages maitrisés. Souvent redondant à cause du lieu unique où se déroule l'action, le jeu n'en reste pas moins très agréable à l'oeil grâce à une utilisation habile de filtres graphiques ou de couleurs saturées.
Sur ce point, Cryostatis propose de très bonnes idées qui n'en restent pas moins un peu crispantes par moments. Ainsi, si la gestion de notre température corporelle est un élément intéressant, elle se traduit aussi par une jauge d'endurance se vidant rapidement, ceci étant synonyme de déplacements très lents. Le fait de revivre des événements du passé en possédant les corps des victimes du brise-glace est ingénieux car permettant d'amener quelques phases de réflexion ou de réflexes. Enfin, malgré quelques collisions hasardeuses ou des combats simplistes, les échauffourées à l'arme blanche ou avec un fusil dans les mains apportent un peu de dynamisme à l'aventure.
Le jeu n'est pas spécialement difficile et l'utilisation de quicksaves devrait encore plus vous simplifier la vie. Vous pouvez donc tabler sur 8 ou 9 heures de jeu environ avant d'en venir à bout à moins que vous ne vous retrouviez coincé face à une énigme, ceci relevant quand même de l'exploit.
Un doublage français surprenant de justesse nous met tout de suite dans l'ambiance. Un grand bravo aux doubleurs et à la boîte de localisation dont le travail est amplifié par la bande-son toute en finesse préférant le souffle du vent ou les râles gutturaux aux musiques trop symphoniques. Ce choix est d'autant plus bien vu qu'il ajoute à l'ambiance de solitude véhiculée par l'histoire et le jeu dans son ensemble.
En dehors de l'ambiance très réussie, difficile de vous donner un avis tranché sur l'histoire qui après sept heures de jeu semble toujours aussi obscure. Entre une vieille légende contée par une vieille femme et l'histoire du brise-glace qui ne semble avoir aucun lien de parenté avec le récit mythologique, on peine à savoir ce qui se passe. Tout ce dont on est sûr c'est qu'on veut en savoir plus et que le scénario n'est pas près de s'éclaircir d'un simple coup de baguette de sourcier avant la fin.
Quel plaisir de découvrir des jeux qu'on n'attendait pas vraiment et qui se révèlent au final bourrés de qualités. Cryostasis fait partie de cette catégorie et parvient sans mal à installer une atmosphère frigorifiante en citant des classiques du septième art et du jeu vidéo. Le résultat, drapé dans l'ombre d'un John Carpenter, n'est pas parfait mais se montre très convaincant lorsqu'il s'agit de titiller notre curiosité. Un survival-horror de qualité, assurément.
La note de la rédaction est une appréciation de la qualité générale du jeu, mais n'est pas une moyenne arithmétique des différents critères.
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