Il y a dix ans, alors que Skyward Sword donnait du fil à retordre aux utilisateurs de la Wii, qu’un certain Nathan Drake livrait sa troisième aventure et que le célèbre Skyrim pointait le bout de son nez, les joueurs du monde entier découvraient, souvent avec surprise, un nouvel action-RPG, Dark Souls. Un nom faisant écho à la précédente création du studio FromSoftware, mais dont le succès sera cette fois sans équivoque. C’est simple, le titre fera exploser la popularité de l’équipe pour sa difficulté, réputée comme “légendaire”. Pour cet anniversaire, on vous explique pourquoi Dark Souls est culte.
“Les morts-vivants sont rassemblés comme du bétail et (...) sont enfermés pour attendre la fin du monde. Ceci est votre destin”. Autant dire que les premiers mots de Dark Souls, action-RPG développé par le studio FromSoftware et qui fête aujourd’hui ses dix ans, donnent le ton. Dès le départ, le joueur est au fond du trou, en l'occurrence celui d’un cachot dont il faudra tout d’abord s’échapper. Des cadavres s’animent çà et là, et des messages phosphorescents vous indiquent la marche à suivre. Quand arrive une cour, un feu de camp, puis enfin une porte aux allures d’échappatoire, à l’autre bout d’une grande salle. Seuls quelques pas vous séparent de la sortie. Quand soudain, une immense créature déboule du plafond, soulignée par une longue, très longue barre de vie, ainsi qu’une bande-son quasi-mystique. L’aventure vient de débuter.
Revenu de l’au-delà
Les premières minutes de Dark Souls ont marqué plus d’un joueur, reprenant dans les grandes lignes l’ouverture de Demon’s Souls, précédent jeu de FromSoftware et surtout opus fondateur de ce que l’on appelle dorénavant la série des Souls. “À 90%, Dark Souls est un remake de Demon’s Souls” nous avait ainsi affirmé Damien Mecheri, co-auteur d’une série d'ouvrages consacrés à Dark Souls, à l’occasion d’un précédent article. Deux ans auparavant, le premier titre bénéficiait déjà de tous les ingrédients qui feront de son petit frère un succès : dark fantasy, gameplay exigeant, level design tortueux et difficulté relevée.
Mais Dark Souls profitera de deux choses : l’appétence du public pour les titres avec un certain challenge, réveillée par Demon’s Souls, à une époque où les expériences plus casual sont en plein boom ; ainsi qu’une formule affinée entre temps, avec un système de soin moins permissif et un level design plus impactant. “C’est le jeu de la maturité pour Hidetaka Miyazaki (directeur créatif, ndlr)” nous avait expliqué Sylvain Romieu, co-auteur aux côtés de Damien Mecheri. Dark Souls aurait dépassé les ventes de Demon’s Souls en une semaine. Aux dernières nouvelles, la série toute entière culmine aujourd’hui à 27 millions d’unités.
Dark Souls a marqué un tournant dans le jeu vidéo. Contrairement à Demon’s Souls, ce n’était plus une exclusivité PlayStation, et il a vraiment cristallisé l’intérêt des joueurs autour de cette nouvelle philosophie de jeu vidéo, ou plutôt ce retour à une difficulté plus affirmée. Il a répondu à une demande pas forcément formulée mais tout de même présente - Damien Mecheri, co-auteur de “Dark Souls - Par-delà la mort” volume 1 & 2 (Third Editions)
Dark Souls - Le titre de FromSoftware revient sur Switch
Innombrables âmes
Pour beaucoup, Dark Souls apparaît comme une révélation lors de sa sortie, le 22 septembre 2011. Sur Twitter, les joueurs évoquent ce “plaisir d’accomplissement incroyable” après avoir terrassé l’un des boss de l’aventure. Une autre phrase revient aussi régulièrement : “Dark Souls n’est pas difficile, il est juste exigeant”. Une formule que l’on retrouve aussi bien chez ceux qui veulent encourager les personnes réticentes que chez ceux qui souhaitent manifester leur fierté, une fois le jeu terminé. Au fil du temps et dans le sillage de Demon’s Souls, Dark Souls gagne vite la réputation d’un titre très difficile voire quasi-impossible, où il faut mourir encore et encore. Son marketing mettra d’ailleurs particulièrement l’accent sur cet aspect.
“La difficulté n’a jamais été une finalité dans les Souls” affirme ainsi Damien Mecheri, que nous avons de nouveau eu au téléphone dans le cadre de cet article. “Il y a un vrai apprentissage empirique. Chaque aspect du jeu, qu’il soit formel ou esthétique, fait l’objet d’une familiarisation progressive. On n’est pas dans un bête die & retry”. Une formule où le gameplay, qui oblige à recommencer et à apprendre les mouvements des ennemis, joue de concert avec un univers sombre et mystérieux. Mystérieux au point que de très nombreux joueurs devront combler d’eux-mêmes les blancs laissés délibérément par l’auteur.
D’une main de maître
Car impossible de séparer Dark Souls de son créateur Hidetaka Miyazaki, dont la vision fera des Souls le succès que l’on connaît aujourd’hui. Une série qu'il a d'ailleurs prise en cours de route. Arrivé à FromSoftware au milieu des années 2000 alors que le projet Demon’s Souls battait de l’aile, avec pour lui une passion pour les jeux vidéo et un poste en tant que responsable des comptes dans une entreprise américaine, Miyazaki imposera sa vision et changera tout ou presque au Demon’s Souls d’origine. Et à défaut d’en faire un carton commercial, le titre fera l’objet d’une très belle réussite critique, qui préparera le terrain à Dark Souls.
Le projet (Demon’s Souls, ndlr) avait des problèmes et l'équipe n'avait pas été en mesure de créer un prototype convaincant. Mais quand j'ai entendu que c'était un jeu de rôle fantastique, j'étais très excité. Je me suis dit que si je pouvais trouver un moyen de prendre le contrôle du jeu, je pourrais alors le transformer en ce que je voulais. Mieux, si mes idées échouaient, personne ne s'en soucierait. C'était déjà un échec - Hidetaka Miyzakai (The Guardian)
“Grâce au succès d’estime de Demon’s Souls, Miyazaki a été reconnu à sa juste valeur” nous éclaire ainsi Damien Mecheri. Après ce coup d’éclat, l’homme aura carte blanche pour Dark Souls, et deviendra même le président de FromSoftware en 2014. “Hidetaka Miyazaki a su démontrer, à une industrie qui a peur du changement, qu'il est possible de proposer quelque chose de différent” poursuit l'auteur. Et par-delà la quantité impressionnante de Souls-like qui reprennent, de près comme de loin, la formule imaginée par ce japonais de bientôt cinquante ans, l'audace qui s'en dégage a sans doute résonné chez d’autres créateurs. Tout comme Ico avait su réveiller l’intérêt de Miyazaki pour le jeu vidéo, avant de rejoindre FromSoftware.
Happy 10th year anniversary of Dark Souls ❤️❤️#DarkSouls10thAnniversary https://t.co/fbaP4OvTn4 pic.twitter.com/dRYtFaEuLP
— Saul (@DataLoren) September 22, 2021
Dark Souls : Par-delà la mort - Volume 2 fera l'objet d'une nouvelle édition luxe en novembre 2021.