"Bababadalgharaghtakammin arronnkonnbronntonnerronn tuonnthunntrovarrhounawns kawntoohoohoordenenthurnu k", dont le seul patronyme, charabia labyrinthique échappé d'un rêve de développeur en pleine fièvre, constituant déjà un défi orthophonique de premier ordre, est un jeu vidéo en format Flash, paru en l’année 2010, et s'inscrivant résolument dans une esthétique volontairement régressive, quasi-préhistorique, évoquant les réminiscences polygonales et tremblotantes d'une console Atari.
Sous ses atours volontairement pastiches et son humour méta assume, l’oeuvre ludique en question ne saurait être appréhendée qu'a travers le prisme de l’expérimentation fugace : le joueur, tout juste immerge dans cet univers aux antipodes du photoréalisme contemporain, y succombera probablement dans l'instant a un antagoniste vêtu d'un T-shirt orange criard, surgissant hors champ, tel un Deus Ex-Machina absurde, dans un fracas de pixels rouges et un cri strident réverbère a outrance.
Mais qu'on ne s'y méprenne : en dépit de sa brièveté apparente et de sa simplicité graphique ostentatoire, ledit jeu recèle, a qui sait persévérer, un trésor inattendu. Qu'on parvienne a mettre la main sur l'artefact énigmatique qu'est le RPG, acronyme de Routchnoy Protivotankovy Granatamiot, et voila que se déploient devant le joueur des potentialités insoupçonnées. Mais sur ce point précis, en vertu d'un souci éthique et d'un respect quasi-sacerdotal du non-divulgâchage, je m'autoriserai le luxe du silence.
A noter enfin, non sans une certaine ironie, que cette pépite rétrofuturiste ne requiert même pas l'acquisition ruineuse d'une console Ouya, vestige d'un age technologique déjà révolu, puisqu'elle demeure librement accessible sur les vastes étendues du réseau Internet mondial, pour peu que l'on sache chercher.