J’attendais Doom: Dark Ages avec beaucoup d’enthousiasme. Après l’excellent Doom (2016) et l’exceptionnel Doom Eternal, j’avais une grande confiance dans la capacité d’id Software à proposer un jeu toujours plus nerveux, brutal et immersif. Malheureusement, si le titre n’est pas foncièrement mauvais, il représente pour moi une nette régression par rapport à ses prédécesseurs, au point que je ne peux pas lui accorder plus qu’un 13/20.
Le premier gros problème vient du système de bouclier, présenté comme une nouveauté majeure. Sur le papier, l’idée semblait bonne : ajouter un élément défensif permettant d’introduire un peu de stratégie dans les combats. Mais dans les faits, cette mécanique casse complètement le rythme si caractéristique de Doom. En effet, la possibilité de parer et de tuer presque instantanément un ennemi transforme les affrontements en enchaînements de réflexes défensifs plutôt qu’en chorégraphies frénétiques de tir, d’esquive et de déplacement. Ce système, bien qu’amusant les premières heures, rend le jeu rapidement trop facile, même en difficulté élevée. Là où Doom Eternal exigeait une maîtrise totale du mouvement, une gestion permanente des ressources et une agressivité constante, Dark Ages permet de rester sur place, d’attendre la bonne parade et d’exécuter un ennemi. Le sentiment d’urgence et de survie est largement amoindri.
Le second problème découle du premier : l’abondance de munitions. Dans les anciens opus, chaque balle comptait, et la gestion des munitions faisait partie intégrante de l’intensité du gameplay. On alternait en permanence entre les armes, on utilisait la tronçonneuse pour refaire le plein, et cela contribuait à maintenir une tension constante. Dans Dark Ages, peu importe la difficulté choisie, les munitions sont trop faciles à obtenir. Résultat : plus besoin de réfléchir à ses choix d’armes ou de planifier ses actions. On tire presque sans se soucier des conséquences, ce qui rend l’expérience bien plus plate et moins gratifiante.
Autre élément qui m’a particulièrement déçu : les phases à dos de dragon. Présentées comme un moment épique et original, elles s’apparentent en réalité à des séquences de shoot ’em up maladroites, qui tranchent brutalement avec le reste du gameplay. Non seulement elles cassent le rythme nerveux de l’action au sol, mais elles manquent aussi de précision et de challenge. Ce qui aurait pu être un souffle épique se transforme en interlude fade, presque forcé, qui donne plus l’impression d’un gimmick que d’un véritable enrichissement du gameplay.
Bien sûr, il faut reconnaître que tout n’est pas à jeter. Graphiquement, Doom: Dark Ages est irréprochable. Les graphismes sont superbes, avec un soin apporté aux détails, des effets visuels impressionnants et une direction artistique inspirée, mêlant ambiance médiévale et esthétique infernale. Les environnements sont riches et dépaysants, et certaines compositions visuelles sont dignes de véritables tableaux. Mais, à mes yeux, cela ne suffit pas à sauver un gameplay qui a perdu son ADN.
Le problème fondamental, c’est que Doom a toujours été synonyme de nervosité, vitesse et agressivité pure. Les combats des précédents opus étaient des danses mortelles où chaque mouvement, chaque décision, chaque tir comptait. Dark Ages, avec ses mécaniques trop permissives et son rythme brisé, s’éloigne de cette essence. On passe d’une expérience viscérale à une aventure certes jolie, mais bien plus molle et prévisible.
C’est d’autant plus regrettable que l’attente autour de ce titre était immense. Après deux chefs-d’œuvre modernes, on pouvait espérer une nouvelle évolution du gameplay dans la continuité de cette intensité maîtrisée. Au lieu de ça, on obtient un épisode qui semble vouloir séduire un public plus large en sacrifiant une partie de ce qui faisait la singularité et la puissance de Doom.
En conclusion, Doom: Dark Ages n’est pas un mauvais jeu en soi. Il est beau, techniquement solide et propose quelques idées intéressantes. Mais comparé à Doom (2016) et Doom Eternal, il représente une marche en arrière évidente. Je le conseille éventuellement à ceux qui voudraient découvrir l’univers sans subir la pression et l’intensité des anciens opus. En revanche, pour les vétérans de la licence, je recommanderais plutôt de (re)jouer aux précédents épisodes, voire aux versions plus anciennes, pour retrouver cette adrénaline pure qui a fait la renommée de la saga. Pour toutes ces raisons, ma note est 13/20, une sanction motivée par une réelle déception face à un jeu qui, malgré ses qualités visuelles, n’a pas su préserver l’âme de Doom.