Jusant est une expérience assurément sympathique mais un peu trop contemplative à mon goût. On sent que les développeurs ont avant tout voulu nous dépeindre une fable dystopique sur fond d’écologie et non proposer un réel challenge au joueur. Car dans Jusant, par exemple, vous ne mourrez pas. Et le jeu s’emploiera d’ailleurs à vous éviter de tomber dans le vide lorsque vous serez au bord d’un précipice (ou simplement à 1m de hauteur), ou à vous signifier qu’il est judicieux de poser un piton le moment opportun. Un comble puisque cela enlève indubitablement de l’adrénaline et de la réflexion que devraient pourtant conférer l’escalade. Il manque ainsi le côté grisant de la discipline.
Sans être exceptionnels, les graphismes et l’animation sont tout à fait honorables, avec un design qui confère à Jusant une atmosphère proche de certains Ghibli comme cela a déjà pu être dit. La PS5 ne crachera pas ses tripes, c’est sur, mais le parti pris graphique coloré et relativement épuré fonctionne bien avec l’ambiance poétique recherchée. Globalement, le rendu visuel est l’un des atouts du jeu. Il est aussi bien servi par ses musiques discrètes mais bien choisies, et des effets sonores de qualité. On pourra éventuellement reprocher certaines textures assez peu travaillées ici et là.
Niveau gameplay, le jeu souffle le chaud et le froid. J’ai ainsi repéré à plusieurs reprises des bugs de collision avec le décor qui obligent le joueur à sauter pour s’en dépêtrer et qui m’ont personnellement assez agacé. Au niveau de l’escalade qui constitue 75% du jeu voir un peu plus, les déplacements sont intéressants à gérer avec les gâchettes : on est plus proche de SOTC ou Zelda BOTW que de Uncharted à ce niveau. Il y a certains passages néanmoins où les contrôles peuvent sembler approximatifs par moment : notre personnage va parfois peiner à prendre une prise qui paraît pourtant tout à fait accessible, ou ne pas s’accrocher à un rocher après un double saut ou un saut horizontal alors qu’on est pile dessus. Quelques mécaniques viennent aussi ajouter un peu de diversité à ces phases à travers les capacités de notre petit animal de compagnie, mais honnêtement rien de bien fou. On n’a ainsi jamais vraiment de doutes sur le chemin à prendre et les capacités à utiliser pour y parvenir.
Le jeu est en couloir, bien qu’il offre à de rares occasions quelques chemins alternatifs qui alimentent faussement une impression de labyrinthe puisqu’ils ne serviront finalement qu’à justifier la collecte d’une lettre ou révéler une fresque. Vous ferez alors machine arrière pour revenir dans le sentier balisé par les développeurs.
Là où Jusant se prend les pieds dans le tapis, c’est au niveau de sa trame narrative, sa manière de conter son histoire. C’est pourtant ce qui devrait contrebalancer avec le manque de challenge du jeu.
Là où un un SOTC, un Journey ou un Endling arrivaient avec brio à suggérer leur histoire au joueur et à l’embarquer sans contrainte, Jusant n’y parvient pas réellement, nous réclamant de ramasser de multiples collectibles à lire pour avoir des insights sur le monde parcouru. Et on peut ainsi facilement passer à côté de toute l’histoire pour résumer Jusant à un jeu où il s’agit d’atteindre le sommet d’une montagne, d’autant que tous ces contenus à ramasser ne contiennent absolument aucune information nécessaire à l’avancée dans le jeu. C’est assez étonnant comme choix en réalité, car l’objectif de Jusant est pourtant bel et bien de nous raconter l’histoire derrière le monde que l’on parcourt.
En définitif, Jusant est un jeu plaisant, voir même attachant, qui aurait pu être davantage mémorable. Il peine à remplir réellement sa mission. Il tente, comme ses aînés, de proposer une expérience de jeu différente (et en même temps tous ces jeux s’appuient plus ou moins sur les mêmes idées d’univers vides et dont on ne sait rien) sans toutefois réellement nous mobiliser à quelconque moment autour de son histoire.