Véritable OVNI du 10eme art, Alan Wake 2 est une expérience à la fois poétique et terrifiante, presque sensorielle, qui nous plonge dans un univers onirique empli de mystères.
Nous avions quitté Alan en 2010, abandonné à l'emprise de l'Antre Noir, seul et sans espoir d'en sortir. Mais voilà qu'arrive une suite, inespérée, à ce jeu qui en avait déjà surpris plus d'un à l'époque. Mais cette fois, l'aventure est tout à fait différente et envoie valser les barrières et les codes du jeu vidéo pour en faire quelque chose de plus grand, de plus ambitieux.
Inutile de s'attarder trop longtemps sur le gameplay de ce nouvel opus, là n'est clairement pas sa force. Armé d'une lampe torche pour éclater les protections ennemis et de quelques armes à feu pour finir de les anéantir, la formule est connue, s'inspire un peu des derniers Resident Evil et n'a rien de particulièrement exceptionnelle. Retenons que les mécaniques du survivol/horror sont respectées et c'est bien suffisant tant le reste est à tomber par terre.
Car Alan Wake 2, c'est un voyage houleux aux confins de l'enfer qui réserve son lot de grosses surprises.
D'abord, l'histoire, imaginez un mélange entre un récit de Stephen King mixé avec un feeling à la Twin Peaks, le tout sur un fond pop/rock/metal. Vous voyez le tableau ? Un duo d'enquêteurs débarquent à Bright Falls pour mener des investigations sur une série de meurtres. On dirige d'abord Saga, recrue du FBI, dans des décors de villages paumés du nord ouest des states, entourés de forêts où rôdent des possédés. Et au fil de l'histoire, nous retrouvons Alan dans un New York halluciné rempli de fantômes qui murmurent, disparaissent soudainement ou attaquent sans prévenir. Le jeu nous met en permanence en insécurité, entre les bruitages inquiétants, les jump scares, l'obscurité quasi constante, il nous maintient en permanence sur le qui-vive, attentif au moindre détail. Malgré tout, il existe quelques temps morts bienvenus qui permettent de relâcher la pression, notamment grâce à des musiques qui viennent apporter un vent de fraîcheur et de renouveau qui fait du bien. Et il faut au moins ça pour réussir à aller au bout de la quête visant à sauver Alan de l'Antre Noir, tout en évitant de se frotter à son double démoniaque dont les visions cauchemardesques vont en perturber plus d'un.
Le lore est superbement amené, par des petits détails à découvrir dans le décor, des pages de récit à dénicher, des documents secrets à consulter. Et il faut reconnaître que chaque collectible a son importance, ils sont très bien rédigés et apportent un vrai plus à l'immersion.
Graphiquement, le petit dernier de Remedy est un vrai jeu next-gen proposant une excellente direction artistique fortement inspirée de Twin Peaks et des graphismes fourmillant de détails et de jeux de lumière.
Mais là où Remedy réussit son coup de maître, c'est en parvenant à mélanger abilement le 7eme art dans l'univers du jeu vidéo. On a une impression tenace d'évoluer dans un film, et à juste titre puisque les cinématiques sont tournées avec de vrais acteurs (les personnages du jeu étant leur avatar). Et cela se fait tout à fait naturellement, et apporte un réalisme incroyable à l'histoire. On retiendra notamment une scène complètement psychédélique où le joueur va carrément évoluer au milieu d'une scène filmée (et je n'en dis pas plus, mais il s'agit là d'un grand moment du jeu vidéo). Cet aspect pourra en décourager certains qui cherchent de l'action, mais pour les non réfractaires aux films interactifs, l'expérience est tout à fait dingue et vaut franchement le détour.
Pour conclure, Alan Wake 2 est un jeu hors du commun, qu bénéficie d'une écriture solide et d'une immersion totale. Même s'il ne brille pas par son gameplay dont les mécanismes sont maintenant éculés, il a tout de même en réserve une sacrée dose d'audace en termes de mise en scène et d'immersion. Beau moment du jeu vidéo !