Le jeu commence avec des bidasses et des chèvres à l'arrière d'un camion insalubre. Mais pas le temps de faire des mamours, le convoi est stoppé net dans une embuscade et les choses sérieuses commencent. Enfin, "sérieuses", c'est vite dit. Car dès le départ, l'incohérence chromatique frappe de plein fouet la rétine, et même celle des moins exigeants en termes de graphismes.
Nous sommes alors en Irak, et il semblerait que les couleurs aient tout simplement déserté ce pays en proie à la guerre. Tout baigne ici dans un jaune pipi des plus épais, sans même une pointe de rouge, de bleu ou encore de vert, pourtant couleur de prédilection des militaires. Ce n'est pas moche à proprement parler, mais ça fait un tout petit peu dégueu quand même...
Il en va ainsi jusqu'à la traversée du Nevada en jeep, après quoi - ô miracle - les couleurs apparaissent enfin ! La différence est tellement flagrante qu'on a réellement l'impression d'évoluer dans un autre jeu (plutôt beau par ailleurs). Malheureusement, quelques niveaux plus loin on se retrouvera dans une nouvelle monochromie des plus déconcertantes, sauf que là ce sera le verdâtre qui dominera, un peu comme le rendu des écrans cathodiques arrivés en fin de vie, pour ceux qui ont connu ça. Puis des tons plus naturels reviennent dans les derniers niveaux... Ouf !
Pardon de m'être étalé si longuement sur le sujet, mais même moi qui suis peu regardant sur les graphismes, j'ai été super choqué là. Et puis si ça peut éviter à certains de régler leur TV pendant deux heures, maintenant qu'ils savent que c'est "normal"...
Enfin bref, que vaut le jeu à part ça ? Eh bien il accumule quand même pas mal de lacunes, et pas des moindres. En premier lieu, des coéquipiers totalement useless et cons comme des manches à pelle, qui n'auront de cesse de vous gêner continuellement dans vos joutes armées ou lors de vos déplacements. Des gros boulets quoi. Et puis il y a un système de "moral de l'escouade", dont je n'ai toujours pas compris l'utilité si ce n'est nous pourrir l'écran d'informations envahissantes.
Notre perso quant à lui est assez lourd, se contentant de trottiner alors qu'on voudrait pouvoir courir quand ça défouraille de partout. L'arsenal est plutôt pauvre et les quelques armes qui le constituent sont pour beaucoup peu efficaces. Ainsi, le classique fusil d'assaut M4 sera notre meilleur ami tout au long de la partie, le seul capable d'assurer en toute circonstance.
Le jeu est également rythmé par un nombre incalculable de saccades, mais aussi des tours de magie qui font passer David Copperfield pour un clampin. Ordonnez à un coéquipier de monter dans un véhicule, et abracadabra, il apparaît instantanément sur le siège passager alors qu'il était encore à 20 mètres de là une demi-seconde auparavant. D'ailleurs, à propos des véhicules, conduire ces derniers relèvent de la performance tant les commandes sont foireuses. Cela dit, on finit par s'y habituer au bout d'un moment...
On finit d'ailleurs par s'habituer à tout dans ce jeu, si bien qu'on enquille les niveaux sans même se rendre compte du temps qui passe. Parce que le truc le plus fou dans tout ça, c'est qu'on prend quand même du plaisir à shooter de gros aliens baveux au fil d'un scénario qui demeure intéressant même s'il est traité de façon un peu simpliste. Les gunfights sont quand même assez nerveux et dynamiques pour vous tenir éveillé, la visée est précise et la difficulté bien dosée, et on se surprend à ne plus vouloir lâcher le pad. Sans compter que les derniers niveaux réussissent à relancer l'intérêt grâce à un renouvellement bienvenu des situations.
Ainsi, malgré tout ce que j'ai pu en dire de négatif, j'ai finalement aimé faire ce jeu, car il a ce petit je-ne-sais-quoi qui vous tient scotché à la manette jusqu'au bout... Comme l'ingrédient caché dans une recette, qui fait que, même si on ne le sent pas, il lui donne toute sa saveur.
En gros, BlackSite c'est nul, mais c'est bien.