Tâche ardue que de faire le remake d'un titre aussi mythique. Il est clair que les dévs n'ont pas osé trop s'éloigner de l'original, mis à part une mise à jour technique et un léger dépoussiérage du gameplay. Ainsi ce jeu a un côté très old school qui ne manque pas de charme (avec de nombreux allers-retours!), c'est assez osé de proposer ça en 2024.
L'ost originale (réorchestrée) est toujours aussi marquante, et le sound design très efficace. Les expressions faciales sont étonnamment réussies, la motion capture-mais aussi les acteurs-font des merveilles, on voit que James est dans un état de dépression avancé. Silent Hill est refaite à neuf, le lifting des décors s'avère réussi, l'ambiance est là même si moins oppressante que dans l'original, il manque quelque chose, peut être le fameux grain de l'époque. On retrouve le sacro-saint brouillard, et c'est dans ces moments que le jeu crachote, n'est pas du tout fluide, il va falloir que la Bloober Team apprenne à optimiser ses jeux. Quelques bugs de textures (les ennemis se coincent dedans!). Lorsque James prend un coup, il arrive qu'il refuse de dégainer son arme à feu (il faut relâcher la touche et réappuyer).
La luminosité est mal gérée, le jeu est définitivement trop sombre même en jouant dans le noir total, le joueur se bousille les yeux tellement il doit les écarquiller. Deux fois plus long qu'en 2001, Silent Hill 2 Remake tire trop en longueur. Au début ça ne gène pas, mais passé la moitié du jeu ça se ressent vraiment, ça n'apporte rien et même pire, ça gâte l'expérience voulue à l'origine. D'autant que le bestiaire est aussi pauvre qu'à l'époque, on combat les 4 mêmes monstres pendant 20 heures.
Malgré une légère censure le scénario demeure inchangé et toujours aussi remarquable. Même chose pour la narration, laissant habilement une grosse part d'interprétation au joueur. La carte est bien fichue, utile (ne met pas le jeu en pause!). Le level design est travaillé et les lieux emblématiques sont réussis (l'hôpital, l'hôtel). Les énigmes fonctionnent malgré des énoncés tarabiscotés, tout comme les boss qui sont repensés et là encore réussis (le boss d'Angela!), heureusement car l'original était une vraie hérésie en la matière.
James Sunderland n'est pas Leon S Kennedy, du coup le système de combat demeure très basique (attaque, esquive) mais pas spécialement désagréable, le perso répond bien. Néanmoins le gameplay parait très daté. Quand on se bat en intérieur au corps à corps, le jeu est si sombre et le lock si foireux qu'il n'est pas rare de perdre de vue son adversaire...alors qu'il est juste à côté de nous.
Les armes à feu n'ont aucun feedback et manquent souvent d'impact. En attaquant, les ennemis glissent vers le joueur sur plusieurs mètres en un instant, c'est vraiment mal branlé. Les dévs devaient le savoir, vu qu'on trouve un nombre invraisemblable de balles et d'items de soin. Bref, le gameplay n'est pas en adéquation avec le nombre élevé d'ennemis rencontrés, on aurait aimé que James ait un peu plus d'instinct de survie, se la joue un peu furtif par exemple (cette idée est très légèrement effleurée vers la fin du jeu d'ailleurs), pas besoin d'entrainement pour s'accroupir quand même.
Difficile de faire un mauvais jeu tant l'original est emblématique, mais cette copie s'avère trop sage, trop timorée. On sent dans ce remake tout le dilemme des dévs entre apporter de la nouveauté et respecter le matériau d'époque. Sans sublimer l'expérience d'origine, SH2R a le mérite de la rendre plus agréable à vivre. Pour ceux qui ne connaissent pas, ça reste un immanquable.