Tandis que Castlevania s’émancipait sur PlayStation et Saturn avec un Symphony of the Night mémorable pour avoir fait évoluer la saga en 2D avec une exploration à la Metroid et des mécaniques de RPG, Konami tente le risque du passage à la 3D sur Nintendo 64 deux ans plus tard. Le scénario se déroule au beau milieu du XIXème siècle tandis que la dynastie Belmont a laissé place à ses descendants pour contrer Dracula. À l’instar de Castlevania The New Generation, le joueur a dès le début le choix entre deux personnages : Reinhardt Schneider, chasseur de vampire armé d’un fouet, et Carrie Fernandez, jeune magicienne dont la mère a été tuée par des démons dans son village.
Malgré ses environnements en 3D déroutants pour un habitué de la saga, Castlevania 64 se veut en réalité très proche des épisodes classiques dans sa conception. Composé de dix niveaux, il part de la Forêt du Silence au Donjon final en passant par la villa, les égouts, le centre du château et la tour de l’horloge. La rejouabilité est intéressante car chaque personnage possède trois niveaux exclusifs (une variante des égouts et des tours) ainsi qu’un boss différent dans la salle des horloges. Assez inspiré, le level design varie entre exploration, énigmes et plates-formes, ces dernières phases étant encore très présentes et assez punitive avec mort instantanée si on tombe dans un trou. Heureusement, plusieurs cristaux de sauvegarde sont disséminés dans les niveaux.
Le jeu reste assez orienté action, les ennemis étant nombreux entre squelettes, vampires, hommes-lézards, têtes de dragon squelette, fantômes et loups-garous. Si Reinhardt combat classiquement au fois, Carrie rappelle fortement Maria Renard par sa souplesse et sa boule d’énergie à tête chercheuse. Des rubis laissés par les ennemis ou les éléments destructibles permettent également d’utiliser les armes secondaires classiques que sont le couteau, la hache, la croix et l’eau bénite. Certains combats peuvent cependant s’avérer pénibles à cause d’une hitbox imprécise malgré le ciblage des ennemis quand on frappe, sans parler de leur résistance absurde quand on n’a pas la chance de tomber sur des upgrades. Souvent bien placée durant les phases de plates-formes, la caméra reste laborieuse durant les combats, notamment avec les trois types de placement à gérer, défaut récurrent de la deuxième moitié des année 90.
Si le level design peut s’avérer simpliste avec des clés à aller chercher moyennant de simples allers-retours sans ingéniosité, la recherche est intéressante et le centre du château comporte même une énigme de taille à base de transport de mandragore et de nitroglycérine pour faire exploser des fissures. Pour autant, le jeu est loin d’être raté et comporte nombre de qualités appréciables. Graphiquement, il affiche des décors très corrects et un character design appréciable malgré des contours assez anguleux. Le scénario est valorisé par des rencontres avec plusieurs personnages lors de cinématiques, notamment la vampire Rosa, l’énigmatique Malus, le chasseur de vampire Charlie Vincent, Gilles de Rais ou La Mort elle-même. Un étrange marchand, Renon, apparaît même à certains moments pour nous vendre de la viande restauratrice, de l’anti-poison, du purifiant et des cartes permettant d’avancer le temps jusqu’à l’aube ou au crépuscule.
Car oui, l’alternance entre le jour et la nuit est légion dans Castlevania 64 et certains événements ne se passent qu’à des heures précises. De plus, si trop de jours passent, il faut même affronter un vieil ami alors devenu vampire sur la fin, tout comme le marchand dévoile sa véritable nature si on lui octroie un minimum de trente mille pièces d’or. La mise en scène sait se montrer inventive en insistant sur l’apparition surprise voire assez glauque de nouveaux ennemis, comme les araignées centaures et les silhouettes sortant des larmes de sang d’une statue.
L’ambiance pesante est parfois similaire à celle d’un survival horror grâce à l’environnement horrifique et surtout à l’intensité des musiques d’ambiance, notamment « Dungeon Main Theme », « Watchtower », « Annex Silent Madness » et même la musique de boss « First Struggle ». Gros point fort du jeu, l’OST comporte même des musiques de boss bien connues comme celle de Rondo of Blood et l’inoubliable « Dance of Illusions » face à Dracula. Le thème d’introduction ainsi que la musique de boss « Shudder » seront même repris deux ans plus tard dans Castlevania Circle of the Moon.
Riche de deux fins par personnage et d’un boss final pouvant arborer trois formes, le jeu se permet une réflexion intéressante sur la réapparition sempiternelle de Dracula selon l’avidité des hommes, à l’instar des paroles du vampire dans Castlevania Rondo of Blood. Un épisode singulier par son ambiance particulière, encore bien perfectible mais qui a au moins le mérite d’avoir réussi un passage à la 3D plus qu’honorable.