Un monde immense… mais creux par endroits
Offrir deux régions à explorer fut un geste de rare générosité. Mais que vaut un buffet si la moitié des plats est fade ?
Johto, malgré son élégance et son folklore discret, souffre d’un level design sans nerfs : des routes sans crescendo, des villes décoratives, des dresseurs anecdotiques.
Quant à Kanto, elle revient en spectre vidé de substance. La Sylphe est fermée, la Grotte Azurée envolée, les lieux cultes réduits à des décors figés. Une carte postale, joliment timbrée, mais bien creuse.
Courbe d’expérience : ou l’art de patauger
La progression ? Une mascarade. Le joueur tourne en rond, ses Pokémon coincés entre les niveaux 25 et 35, pendant que les arènes, elles, font mine de suivre. Puis soudain, le jeu vous balance un champion niveau 44, alors que les herbes avoisinantes offrent du niveau 15 au mieux.
Il ne s’agit plus de jouer, mais de gratter de l’XP sur des Roucool rachitiques. Une illusion de durée de vie masquant une vérité peu reluisante : le post-ligue est un Boss Rush mou, en terrain vide.
Disponibilité des Pokémon : mirage ou punition ?
251 Pokémon... mais combien sont accessibles sans guide, sans échange, sans farfouiller le post-game ? Beaucoup sont planqués derrière des méthodes d’évolution tordues ou des taux d’apparition grotesques.
Les pierres évolutives, elles, sont presque des légendes urbaines. Vous voulez une Pierre Foudre ? Allez mendier auprès d’un PNJ qui n’appelle que le mardi.
Ironie du sort, c’est cette pénurie même qui pousse parfois à découvrir Noctali ou Mentali : évolution par affection, sans objet, si, du moins, on n’a pas parqué Évoli au PC comme un vulgaire Magicarpe en l'absence de ces pierres évolutives.
La Team Rocket ? Ou un groupe d’intérimaires ?
La Team Rocket revient… pour prendre une tour radio. Leur plan ? Diffuser un message. Voilà l’équivalent stratégique d’un pigeon voyageur avec un mégaphone.
Les sbires ne savent pas ce qu’ils font, le joueur non plus. Et tout cela s’efface sans conséquence. L’inertie scénaristique de Johto est affligeante.
Un bestiaire sous-utilisé
Johto introduit 100 nouveaux Pokémon... pour mieux vous resservir des Rattata et Nosferapti dès la deuxième route. Le regional flavor ? Attendez la génération suivante.
Quant aux nouvelles espèces, chose que l'on attend d'un jeu Pokémon, elles sont trop rares, trop cachées, ou trop tardives. Démolosse ? Après la Ligue. Scarhino ? Par miracle. Tyranocif ? Post-game. Le bestiaire est superbe, mais bridé, comme la région elle-même.
Johto, tronquée dans l’œuf
Johto est une victime de sa cohabitation avec Kanto. Non par paresse, mais par contrainte technique : deux régions dans une cartouche, c’était trop.
Résultat : une expérience amputée, simplifiée, sacrifiée sur l’autel du clin d’œil nostalgique. Un monde qui voulait grandir, mais qu’on a enfermé dans un désir de relier le jeu précédent.
Conclusion : Johto, la belle égarée
Johto, c’est un bijou d’esthétique, une musique envoûtante, une atmosphère unique... mais sans structure. Pas une mauvaise région, non. Juste une promesse non tenue.
Elle brille, certes. Mais comme une pièce ancienne qu’on admire de loin, sans jamais oser l’utiliser.
Verdict : 13/20
Un titre aussi essentiel qu’imparfait. Un socle vénérable, mais fêlé. Johto est belle, mais elle aurait mérité un écrin à sa mesure.