Bonjour chez vous, 
Je propose que sur ce topic on partage notre ou nos philosophe(s) favori(s). Pour ma part, il y en a au moins 4 : Spinoza, Nietzsche, Hegel et Wittgenstein. Et je placerai plus haut les deux premières par rapport aux seconds (ce qui fait que sur ce topic je développerai davantage mon appétence et ma fascination pour Spinoza et Nietzsche davantage que pour Hegel et Wittgenstein).
Et puisque la philosophie est aussi une question de sensibilité, d'épiderme, de connivences intellectuelles, d’intérêts, de partage d'intuitions philosophiques fondamentales etc. ce serait bien si on partageait les noms des philosophes qu'on préfère, et les raisons qui font qu'on les adore. Et je pense qu’in fini ça pourrait donner lieu par ce partage des expériences croisées à une discussion intéressante.
Je sais que c'est toujours un peu superficiel et que ça relève du forçage théorique (puisqu’on table sur quelque chose qui est peut-être irréductible à la justification et à l'argument, quelque chose qui est de l'ordre du sentiment, de sensibilité, de l'accord avec l'intuitions fondamentales, principielles et originelles de tel ou tel philosophe, de l'adhésion peut être plus extra-rationnel et passionnel qu'autre chose etc. et peut-être que se joue là une alchimie qui est irréductible au discours), qu’il est un peu naïf de vouloir expliquer pourquoi on aime tel ou tel philosophe, mais je vais quand même m'adonner à ce fastidieux exercice, qui consiste à essayer de circonscrire ou d'énumérer les raisons ou les facteurs qui font qu'on aime tel ou tel philosophe.
Alors pourquoi Spinoza et Nietzsche (parce que je veux exaspérer davantage Tenta, Toutestfaux et Veyli ; d’aillleurs Tenta, Toutestfaux davantage que Veyli!) ?
Alors déjà remarquons une chose : il existe une très grande proximité entre ces deux là – en dépit de tout ce qui peut les séparer, Nietzsche n'aime pas le panthéisme de Spinoza, la causa sui, la philosophie de système ou la fameuse "more geometrico", l’identification de la nature à une "substance", le rationalisme absolu, ce qu’il appelle le "charlatanisme" de Spinoza etc. . Nietzsche le dit lui-même dans une lettre adressée à Franz Overbeck, datant du 30 juillet 1881).
En fait, Nietzsche est un peu un Spinoza 2.0 mais en étant moins conceptuel et rigoureux.
On peut en citer : la proximité entre les notions de laetitia (la joie) et de conatus et celle de volonté de puissance ; entre amor dei et amor fati. Les points d’accords sur le déterminisme, l’immanentisme, le nominalisme, la critique de la notion de volonté(chimérique et n'ayant d'unité que dans le langage pour Nietzsche, sans consistance pour Spinoza, seul l'entendement pour lui est effectif), le rejet du finalisme et de l’essentialisme, l'antiréalisme morale, la conception de l'homme comme essentiellement un être de désirs et de passions (voire de pulsions pour ce qui est de Nietzsche), le naturalisme etc.
Ensuite, Spinoza et Nietzsche sont mes philosophes préférés parce que je partage avec eux un certain nombre d’intuitions philosophiques.
S’agissant de Nietzsche, voici les intuitions philosophiques en question : le monisme, l'immanentisme, l'antiréalisme moral, le déterminisme, le nominalisme, son refus des arrière-monde et de toute forme de téléologie (finalisme), sa critique du libre-arbitre, de l'idéal-ascétique, du cogito ou du sujet à la Descartes voire à la Kant, du mirage de l’ »être » (prétendument substantiel (unité, identité et permanence ontologique sont ces caractéristiques essentiels), la centralité du corps, le naturalisme, le primat accordé aux affects, passions et pulsions sur la raison, une conception tragique de l'existence, l'athéisme, la découverte de la nature de la réalité, son caractère ambiguë, transitoire, éphémère, changeant, multiple, floue, sans bord, constitué de mélanges , le "chaos sive nature" etc.
Ce à quoi on peut ajouter quelques thèses, thèmes de prédilection ou méthode : certaines de ces critiques du langage, sa pensée généalogique, sa pensée lucide, critique, acerbe qui désillusionne, désabuse, déniaise, démystifie et aide à voir plus clair, sa conception d'un monde absurde, son exaltation de l'art, de l'esthétique et de la vie, sa critique de l’ » idéalisme » etc.
Après ce qu'écrit Nietzsche semble la plupart du temps loin des concepts, des analyses rigoureuses, des efforts d'abstraction, de l'usage des argumentations et de la logique démonstrative. Mais peut-être que le plus grand des philosophes ne peut être qu'un anti-philosophe ou un sophiste ? La question mérite d'être posée.
Le truc c’est que j’ai autant d’appétence pour la manière de philosopher à la Spinoza, une philosophie logico-mathématique, rigoureuse, axiomatique, déductif, formalisée, démonstratif etc. comme l'est aussi celle de Wittgenstein (en tout cas dans le Tractatus) et une philosophie qui édifie des constructions ultra rationnelles qui prétendent embrasser la totalité de la réalité dans sa globalité et dans ses détails que les autres types de philosophie. Sinon je n'aurai pas mis le nom de Nietzche dont l’œuvre rassemble davantage à un échafaudage qu’à une construction – c’est autre type de philosophie, une philosophie pourrait-on dire plus "littéraire", voire même aphoristiques, fragmentaires, éclaté, mettant constamment la pensée en tension et qui se défie de l’esprit de système et la prétention à l’absolu, au savoir absolu ou à l’ambition démesurée de vouloir endosser le point de vue de Dieu.
Y a pas forcément à choisir entre deux types de philosophies différentes, on peut aimer en même le jardin à la français et le jardin à l'anglaise, Audrey Hepburn et Maryline Monroe, ce n'est pas forcément antinomique.
Autre point, il y a le style d’écriture de Nietzsche (et dans une moindre mesure celui de Spinoza), un style lumineux qui dénote avec la tradition allemande en philosophie (en tout cas, en général le style d’écriture n’est pas le point fort des philosophes allemands).
J’ajouterai qu’aussi bien Spinoza que Nietzsche accomplissent avec merveilles les principaux fonctions de la philosophies (dont on peut citer au moins 3).
Premièrement, la philosophie est questionnement radical, doute, mise en examen, remise en cause de tous nos idées et réflexion (retour sur soi-même). Deuxièmement, c’est une quête de vérité (si possible ultime et dernière), création de concepts et rigueur argumentative avec tout ce qui va avec : pensée abstraite, définition rigoureuse, claire, précise des termes employés et des problématiques à traiter, exigence en termes de démonstration et élaboration d’un "système" de pensée, d’une construction théorique d’ensemble. Et troisièmement, la philosophie permet aussi de démystifier, de déniaiser, de désillusionner, de critiquer les dogmatismes, les illusions, les préjugés et de ce fait rendre plus lucide et libre.
La deuxième fonction est davantage menée à bien par Spinoza puisqu’il nous donne à voir une construction théorique d’ensemble qui se distingue tout particulièrement par son extrême densité, sa clarté, sa rigueur et sa puissance conceptuelle là où Nietzsche se défiant de l’esprit de système nous révèle une philosophie qui semble la plupart du temps assez loin des concepts, des analyses rigoureuses, des efforts d'abstraction,
de l'usage des argumentations et de la logique démonstrative. Il procède davantage par image que par concept, davantage par formule lapidaire que par démonstration dense et serrée, davantage par des perspectives contradictoires que par discours linaire et cohérant etc.
Mais pour le reste ils sont tout deux pourfendeurs des illusions issues de la philosophie, de la métaphysique, de la morale et de la religion tels que le bien, le mal, la morale, l'ordre, Dieu (en tout cas le Dieu monothéiste), le libre-arbitre, le moi "substance", l'autonomie du sujet, l'âme, l'idéalisme, l’hypostase des idéaux, le dualisme ontologique, ", la transcendance, le finalisme, l'absolu, la fable de l'"être" etc. (ces deux derniers concernant Nietzsche davantage que Spinoza).
Bon et à ces 3 fonctions j’ajouterai une autre : la philosophie comme l’ont les bien montré les analyses de Pierre Hadot ne consiste pas seulement dans un discours théorique abstrait mais est également un art de vivre, une pratique existentielle, une philosophie pratique.
Or il se trouve qu’autant Spinoza que Nietzsche nous propose une philosophie pratique que je trouve très intéressante. Spinoza nous promet une éternité de Joie et Nietzsche une philosophie qui nous exhorte à accepter le monde tel qu’il est hic et nunc, ici et maintenant (c’est la doctrine de l’amor fati). Bon je ne fais qu’esquisser les développements philosophiques de ces deux-là à ce propos, mais je développerais davantage ce point si quelqu’un le souhaite.
Notez que j’ai parlé sur ce topic de préférence et non pas d’adhésion ou de grandeur (ça me permet aussi d’anticiper certaines remarques du style "Nietzsche est un nain sur le plan philosophique comparé à un Kant ou un Hegel"). Pour moi c’est pas du tout la même chose. Pour me faire comprendre, je vais procéder à une distinction conceptuelle que je trouve très éclairante entre : le philosophe préféré, le philosophe dont on se sent le plus proche et le plus grand philosophe.
Le philosophe préféré est celui qu’on préfère. Elémentaire mon cher Watson. Le philosophe dont on se sent le plus proche, est celui dont on partage les thèses. Le plus grand philosophe est celui qui a le plus de "grandeur" sur le plan philosophique (grandeur que j’estime personnellement à partir de quelques critères : le nombre de thèmes ou de problèmes abordés, parcourus ou mis en relation, l’apport théorie, la radicalité, la profondeur, l’originalité et la postérité).
Ainsi pour la philosophie grecque ou plus généralement antique.
Le plus grand philosophe c’est : Aristote.
Mon philosophe préféré c’est : Héraclite.
Celui dont je me rapproche le plus c’est : Démocrite.
Pour la philosophie médiévale.
Le plus grand philosophe c’est : Saint-Thomas D’Aquin.
Mon philosophe préféré c’est : Maître Eckhart.
Celui dont je me rapproche le plus : aucun.
Pour ce qui est de l’époque moderne.
Le plus grand philosophe c’est : Kant ou Hegel. Mais je placerai Hegel un cran au-dessus.
Mon philosophe préféré c’est Spinoza suivi de près par Nietzsche.
Celui dont je me rapproche le plus : Spinoza.
Au 20e siècle.
Le plus grand philosophe c’est : Heidegger.
Mon philosophe préféré c’est : Wittgenstein.
Celui dont je me rapproche le plus : Wittgenstein
Le plus grand philosophe de tous les temps : Aristote (même si Hegel n’est pas très loin).
Mon philosophe préféré : J’ai du mal à départager entre Spinoza et Nietzsche. Mais je dirai Spinoza.
Celui dont je me rapproche le plus : Spinoza.
A la lumière de la distinction que je viens d’opérer des affirmations du style "Nietzsche n’a pas la rigueur conceptuelle ou argumentative, ni la cohérence ou la systématicité d’un Hegel ou d’un Kant" sont complétement HS.
Je finirai en disant que je ne suis pas seulement intrigué, épaté par les œuvres de Nietzsche, je suis aussi séduit (même s’il y a en même temps quantité de choses exaspérantes chez lui, mais je ne traiterai pas ce sujet ici).
Bon et si vous n'aimez pas Spinoza, si vous n'aimez pas Hegel, si vous n'aimez pas Nietzsche, si vous n'aimez pas Wittgenstein… allez vous faire foutre ! 
J'aime bien Socrate, Kant et Nietzsche.
Je crois qu'il ne faut pas avoir peur d'assumer une certaine schizophrénie dans ses goûts, et aimer sincèrement des philosophes apparemment tout à fait antithétiques. Si la philosophie est bien une recherche, alors il faut porter le mouvement, et dans toutes les directions, pour nourrir sa propre dialectique.
Donc Hegel et Deleuze.
Intéressant. J’ai quelques interrogations pour toi.
1) Alors on peut commencer:
Or il se trouve qu’autant Spinoza que Nietzsche nous propose une philosophie pratique que je trouve très intéressante.
Spinoza n’est-il pas censé être déterministe ? Je précise n’avoir lu que la Lettre à Schuller et me contenter de commentaires le concernant.
Or proposer quelque chose — comme tu dis —fait invoquer une forme de libre arbitre.
Comment encourager à atteindre la connaissance du 3e niveau, si nous sommes déterminés ?
Attardons-nous maintenant sur le criquet nommé Nietzsche. En adhérant à son discours, comment te places-tu face à certaines contradictions:
- comment refuser de se placer comme chercheur de vérité, tout en proposant une doctrine qui se veut vraie ? Ou pour le dire autrement, estimer que la vérité ne vaut pas le peine, et poser une sorte de relativisme (la caverne des cavernes, un sous-sol plus profond encore), équivaut à poser une forme de vérité. Contradiction, il y a, me semble t’il.
- Comment peut il poser une sorte de relativisme en faisant fi, de doctrine piétinant cela comme par exemple l’idéalisme transcendantale ?
- Comment peux-tu concilier Nietzsche et un autre philosophe que tu aimes beaucoup, à savoir Hegel ? Je doute que ce soit possible, tant les thèses de la philosophie du second, tendent à écraser le contenue de celles de la philosophie du premier…
2) Ensuite tu dis:
Y a pas forcément à choisir entre deux types de philosophies différentes, on peut aimer en même le jardin à la français et le jardin à l'anglaise, Audrey Hepburn et Maryline Monroe, ce n'est pas forcément antinomique.
Aimer pourquoi pas mais pratiquer — ce qui est l’un de tes objectifs —, c’est impossible, à moins que les dites philosophies opposées se complètent ou que l’une apporte une petite touche intéressante à l’autre. Tu peux aimer Hume et Kant, mais tu ne peux pas pratiquer Hume et Kant. Tu peux aimer le scepticisme radicale et l’hégélianisme, mais tu ne peux pas pratiquer le scepticisme radical et l’hégélianisme… Ou du moins, en même temps et sous le même rapport comme dirait l’autre…
Ou pour sortir de la philosophie, tu peux aimer Fernando Santos et Jupp Heynckes, mais tu ne peux pas pratiquer Santos et Heynckes.
J'ai pas lu ta dissert mais mon philosophe préféré c'est Alain Finkielkraut parce que son nom est golri.
Spinoza n’est-il pas censé être déterministe ? Je précise n’avoir lu que la Lettre à Schuller et me contenter de commentaires le concernant.
Or proposer quelque chose — comme tu dis —fait invoquer une forme de libre arbitre.
Spinoza est un déterministe (même le déterministe par excellence) mais est l'un des plus grands défenseurs de la liberté. Sa liberté n'est pas celle du libre-arbitre comme forme d'autodétermination absolue du sujet dans une substance censée elle-même être causa-sui (L'homme n'est pas un empire dans un empire), ni comme capacité d'une entité de couper la causalité en deux par un choix qui échappe au déterminisme, ce qui l'extirperait d'une causalité universelle (choix métaphysique) ; mais comme libre-nécessité.
J'explique ce concept dans ce post : https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1137150164
(Tu n'as pas besoin de lire les posts annexes et tu peux t'arrêter au "Je répondrai peut être plus tard au sujet initial, en essayant de montrer en quoi ce qu'on entend intuitivement et confusément par une "bonne" personne..." après les définitions du livre I de l'Ethique si tu veux te limiter à l'explication de la libre-nécessité puisque ça part sur un autre sujet)
J'ajoute ce très bon post de l'OP qui est déjà dans les posts annexes : https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1157723840
Merci Arajiny, je vais lire ça et te ferai un retour sous peu ![]()
il y a un forumeur que je deteste absolument ici, il va se reconnaitre
ah, mon favori c'est Socrates évidemment
aisatsana[102]
Sage
En retrait
Tapi dans son silence
Kant, il a révolutionné la philosophie en délimitant les champs de la connaissance.
Marx, il a compris la lutte des classes, le fetichisme de la marchandise et les intérêts financiers.
Wittgenstein, il a compris que les énoncés métaphysiques étaient dépourvues de sens.
Foucault, il a inventé une manière de philosopher qui peut explorer des champs très riches.
Le 09 juin 2022 à 20:55:57 :
Je crois qu'il ne faut pas avoir peur d'assumer une certaine schizophrénie dans ses goûts, et aimer sincèrement des philosophes apparemment tout à fait antithétiques. Si la philosophie est bien une recherche, alors il faut porter le mouvement, et dans toutes les directions, pour nourrir sa propre dialectique.Donc Hegel et Deleuze.
Merci pour ton commentaire. Je vois que toi aussi tu cites des auteurs qui ne sont pas forcément très compatibles (quand on sait ce que disait Deleuze de la dialectique!).
Après vu que tu apprécies Deleuze y a de grandes chances que tu apprécies aussi la philosophie de Spinoza et de Nietzsche. Deleuze est vraiment dans le prolongement de ces deux-là (surtout Spinoza). Je ne sais pas si tu les as déjà lu ou pas.
Le 09 juin 2022 à 20:58:29 :
Intéressant. J’ai quelques interrogations pour toi.1) Alors on peut commencer:
Or il se trouve qu’autant Spinoza que Nietzsche nous propose une philosophie pratique que je trouve très intéressante.
Spinoza n’est-il pas censé être déterministe ? Je précise n’avoir lu que la Lettre à Schuller et me contenter de commentaires le concernant.
Or proposer quelque chose — comme tu dis —fait invoquer une forme de libre arbitre.
Comment encourager à atteindre la connaissance du 3e niveau, si nous sommes déterminés ?Attardons-nous maintenant sur le criquet nommé Nietzsche. En adhérant à son discours, comment te places-tu face à certaines contradictions:
- comment refuser de se placer comme chercheur de vérité, tout en proposant une doctrine qui se veut vraie ? Ou pour le dire autrement, estimer que la vérité ne vaut pas le peine, et poser une sorte de relativisme (la caverne des cavernes, un sous-sol plus profond encore), équivaut à poser une forme de vérité. Contradiction, il y a, me semble t’il.- Comment peut il poser une sorte de relativisme en faisant fi, de doctrine piétinant cela comme par exemple l’idéalisme transcendantale ?
- Comment peux-tu concilier Nietzsche et un autre philosophe que tu aimes beaucoup, à savoir Hegel ? Je doute que ce soit possible, tant les thèses de la philosophie du second, tendent à écraser le contenue de celles de la philosophie du premier…
Entre les exhortations d'un Spinoza et sa conception déterministe y a pas vraiment de contradiction. Pour une raison assez simple : proposer quelque chose sur le plan éthique ne présuppose pas nécessairement un libre-arbitre sous-jacent. Et je pense que le problème vient de là : quand Spinoza nous propose d'attendre la joie, la béatitude, l'amor dei etc. premièrement peu importe que je suive ou non ces recommandations je suis in fine déterminé à le faire et peu importe si j'arrive à atteindre ce qu'il promet (le troisième genre de connaissance, la joie éternelle, la sagesse) dans les deux cas je suis tout autant déterminer. Peut-être que ce n'est qu'un problème de langage et que l'expression "proposer" est trompeuse dans le sens où elle charrie des présupposés faux ou qui serait susceptible de mettre le système spinoziste dans une énorme contradiction performative.
Pour ce qui est de Nietzsche :
- Effectivement, quand on pense que le vrai et le faux n'existe pas, on tombe nécessairement dans une contradiction performative (contradiction entre l'énoncé et celui qui l'énonce). Alors le truc c'est que j'ai précisé qu'il y avait dans Nietzsche quantité de choses qui m'exaspéraient au plus haut point. Comme je l'ai dit plus haut je ne préféré ne pas m'attarder longtemps là-dessus (ça fera sans doute un jour l'objet d'un autre topic) mais on peut citer : son exhortation à penser par-delà le vrai et le faux (ce qui conduit nécessairement à la sophistique ou à une forme d'"esthétisme" et in fine la négation de la philosophie, en tout la conception traditionnelle de la philosophie), son aristocratisme (même si je n'ai pas spécialement de problème avec certaines formes d'aristocratisme), sa célébration de la violence : "vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, subjuguer l’étranger et le faible, l’opprimer, lui imposer durement nos propres formes, l’incorporer et l’exploiter", c’est vouloir "occuper de plus en plus d’espace, accaparer, devenir prépondérant" (Par-delà le bien et le mal, § 259), puis de faire l'éloge "la superbe brute blonde, en quête de proie et de victoire"(Généalogie, I, 11), sa haine farouche du progrès social, de la démocratie, du féminisme, de toute forme d'égalitarisme etc.
En fait mis à part les points d'accords que j'ai cité plus haut, j'ai beaucoup de divergences avec Nietzsche. Et ils sont essentiellement d'ordre épistémologique, logique, morale et politique.
Mais tout ceci ne mettent pas en difficulté tout ce que j'ai dis précédemment sur Nietzsche, puisque je n'ai invoqué que des points particuliers de sa philosophie.
Comment je me place face à tout ça ? Bah je récuse tout simplement tout ce qui me déplaît. Je me contente juste de faire mon miel de ce qui me convient.
- L'idéalisme transcendantal piétine le relativisme, qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- En fait sur certains points on peut très bien concilier Nietzsche et Hegel. Il y a un livre très exigent qui s'est évertué à montrer les points d'accords et de divergence (et pas que) entre la dialectique hégélienne et celle nietzschéenne : L'Envers de la dialectique. Hegel à la lumière de Nietzsche de Gérard Lebrun.
Personnellement de Hegel je prends d'abord et avant tout sa dialectique et c'est en partie très conciliable avec la philosophie de Nietzsche qui conçoit que la contradiction comme moteur du réel (cf. entre autres "Comment quelque chose pourrait-il bien naître de son contraire ? Par exemple la vérité, de l’erreur ? Ou la volonté de vérité, de la volonté de tromperie ? Ou l’action désintéressée, de l’utilité personnelle ? Ou la pure contemplation solaire du sage, de la convoitise ? Une telle naissance est impossible ; qui y songe, un fou, voire pire ; il faut nécessairement que les choses de plus haute valeur aient une autre origine, une origine propre, – on ne peut les faire dériver de ce monde périssable, séducteur, trompeur, mesquin, de ce chaos d’illusion et de désir ! C’est plutôt dans le sein de l’être, dans l’impérissable, dans le dieu caché, dans la “chose en soi” – c’est là que doit nécessairement se trouver leur fondement, et nulle part ailleurs ! » Cette manière de juger constitue le préjugé typique auquel on reconnaît les métaphysiciens de tous les temps ; ce genre d’évaluation figure à l’arrière-plan de toutes leurs procédures logiques ; c’est à partir de cette « croyance » qui est la leur, qu’ils se démènent pour obtenir leur « savoir quelque chose qui finira par être baptisé solennellement « la vérité ». La croyance fondamentale des métaphysiciens, c’est la croyance aux oppositions de valeurs. Même les plus prudents d’entre eux n’ont pas eu l’idée de douter ici, dès le seuil, là où c’était pourtant le plus nécessaire : même lorsqu’ils s’étaient juré « de omnibus dubitandum ». On est en effet en droit d’avoir des doutes sur la question de savoir, en premier lieu s’il y a des oppositions en général, et en second lieu, si ces évaluations et oppositions de valeurs populaires sur lesquelles les métaphysiciens ont apposé leur sceau ne seraient pas de simples appréciations de surface, de simples perspectives provisoires, peut-être, de surcroît, obtenues à partir d’un angle particulier, peut-être de bas en haut, des perspectives de grenouille, en quelque sorte, pour emprunter une expression courante chez les peintres ? En dépit de toute la valeur qui peut revenir au vérace, au désintéressé : il se pourrait qu’il faille assigner à l’apparence, à la volonté de tromperie, à l’intérêt personnel et au désir une valeur plus élevée et plus fondamentale pour toute vie. Il se pourrait même encore que ce qui constitue la valeur de ces choses bonnes et vénérées tienne précisément à ce qu’elles sont apparentées, liées, entrelacées de manière insidieuse à ces choses mauvaises qui leur sont en apparence opposées, à ce qu’elles sont peut-être même d’essence identique. Peut-être ! – Mais qui est disposé à se soucier de tels dangereux peut-être ! On doit encore attendre pour cela l’arrivée d’une nouvelle espèce de philosophes, qui soient dotés d’un goût et d’un penchant autres, inverses de ceux qui ont existé jusqu’à aujourd’hui – des philosophes du dangereux peut-être à tous les sens du terme. – Et je le dis de la manière la plus sérieuse : je vois se lever de tels philosophes nouveaux." Nietzsche, Par-delà bien et mal, des préjugés des philosophes : paragraphe 2. ).
Mais c'est vrai que sur certaines questions, il est parfaitement impossible de les réconcilier ou de faire une synthèse entre les eux, tant ils sont antagonistes.
Le 09 juin 2022 à 21:32:28 :
il y a un forumeur que je deteste absolument ici, il va se reconnaitre
Mystère et boule de gomme. C'est qui ? 
Le 09 juin 2022 à 21:32:28 :
il y a un forumeur que je deteste absolument ici, il va se reconnaitre
C'est Alfigathe tout le monde le sait
Oui je les ai lus, évidemment. Comme tout le monde, j'ai beaucoup aimé Nietzsche pendant un moment, mais j'en suis un peu revenu. Comme tout le monde aussi, j'aime toujours beaucoup Spinoza.
En fait, la question serait plutôt de savoir quels sont les philosophes que l'on n'aime pas. Pour ma part, j'en ai très peu, et pour des raisons assez subjectives.
Aimer pourquoi pas mais pratiquer — ce qui est l’un de tes objectifs —, c’est impossible, à moins que les dites philosophies opposées se complètent ou que l’une apporte une petite touche intéressante à l’autre. Tu peux aimer Hume et Kant, mais tu ne peux pas pratiquer Hume et Kant. Tu peux aimer le scepticisme radicale et l’hégélianisme, mais tu ne peux pas pratiquer le scepticisme radical et l’hégélianisme… Ou du moins, en même temps et sous le même rapport comme dirait l’autre…
Ils ne pratiquent pas... ils consomment. Cela fait fait partie intégrante du dressage anthropologique et idéologique qu'ils ont subit par le grand capital. Consommer la philosophie comme ils consommeraient les produits qu'ils trouvent au supermarché.
« Tiens, aujourd'hui je vais lire untel pour alimenter mes conversations de salon au sein de mon petit réseau mondain (universitaire, bourgeois, ludique, etc.) et continuer à jouir de mes petits bavardages vains et stériles, tout en espérant que mes maitres continueront à me balancer des sucres. »
Et cela peu importe le peu de cohérence intellectuelle qui en découle. Car de toute façon, ça peut toujours aller se réfugier derrière sa pseudo-neutralité axiologique libérale, et que n'importe comment aussi, ça a été dressé en définitive pour ça : ne jamais prendre position et s'illusionner sur le caractère conciliable des antagonismes de classes.
Lorsqu'il somme le prolétariat de réaliser ces systèmes et de faire son entrée dans la nouvelle Jérusalem, il ne fait pas pas autre chose au fond que de l'engager à s'en tenir à la société actuelle, mais à se débarrasser de sa conception haineuse de cette société.'' - Karl Marx - Le manifeste.
Uniquement là se trouve leur véritable pratique. 
Mon philosophe préféré, c'est moi.
Par ailleurs je les aimes tous, car j'aime par-dessus tout la philosophie. Mais de toute manière, je tente au mieux de ne pas me laisser guider par la passion lors de mes lectures.
Mais de toute manière, je tente au mieux de ne pas me laisser guider par la passion lors de mes lectures.
dixit la groupie de nietzsche