Il ne va pas jusque-là car il a bien saisi la principale critique qu'on adressait aux sceptiques pyrrhoniens, à savoir que cette voie ne peux mener qu'à l'apraxie, c'est-à-dire à la non-action.
La voie du doute total ne mène pas à la non-action. Ou plutôt, il mène à la non-action que si on veut fonder rationnellement son action. Mais si j'ai bien compris, Pyrrhon ne cherchait à fonder rien du tout, et était contamment dans l'indifférence.
Or, en tant que vivants, il nous faut forcément agir, donc etc.
Mais cet "assentiment" n'est pas un assentiment véritable, c'est-à-dire que je n'investis pas mes choix selon un critère de vérité. Par exemple, j'accepte de devoir manger pour survivre, sans toutefois investir le fait de manger d'une qualité absolue (par exemple : "il est bon pour mon corps de manger").
En d'autres termes, il faut seulement se contenter de vivre selon l'apparence sans chercher à établir des jugements absolus.
Ce raisonnement ce mord la queue. Puisque Sextus discrimine préalablement ses perceptions pour en distinguer des objets et ainsi s'appuyer sur ces distinctions pour agir.
D'autre part, on pourrait se demander pourquoi est-ce qu'il faudrait vivre au fond, et donc agir ? De plus, peut-être qu'il n'est pas bon pour son corps de manger, contrairement à ce qu'il pense, et peut-être que si il s'arrêtait de manger pour 1 mois, que Dieu (peut-être qu'il existe) mettera Sextus au Paradis pour sa persévérance !
C'est pour ça que Montaigne est intéressant : il est érudit et tout entouré de livres, tout en restant très critique envers la connaissance.
Effectivement il était très humble.
Pour finir, j'ajouterais peut-être une autre piste, menant à Hume et aux sceptiques-empiristes anglais qu'on pourrait résumer de la sorte : ne donner aucun assentiment à un jugement absolu, mais se fier à l'expérience, étant entendu que ce qui s'est produit "dans le même ordre" X fois, semble devoir (nous ne pouvons faire mieux) se produire à nouveau dans cet ordre à l'avenir.
On sort du rationnel du coup. Parce que rationnellement j'ai aucun moyen de savoir (ni absoluement, ni de façon plus ou moins probable) si dès que je sors de chez moi il ne va pas y avoir de météorite qui va me tuer. Hume fait appel à un "bon sens" niais.
A chaque fois qu'on se confronte au scepticisme on se rend de plus en plus compte qu'on ne sait rien...