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Sujet : Le Roi des Aubes

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Negatum-
Negatum-
MP
02 mai 2016 à 15:59:36

Guess who's back. Back again…

Alors, je vais essayer de faire court. C'est ma première nouvelle depuis… 2012. L'idée originale s'approchait beaucoup plus d'une histoire horrifique, un peu dans le style de Petsuchos pour les derniers survivants qui l'avaient lu à l'époque. En lisant, vous verrez que c'est parti très différemment.

Le texte fut assez dur à écrire, je n'ai plus vraiment la discipline ni l'élan que je pouvais avoir un temps (même si j'ai jamais été très productif). J'ai beaucoup travaillé le style, l'objectif étant de fournir quelque chose qui, bien que pas parfait, ait une qualité et une musicalité du niveau de l'édition. Je pense qu'il y a encore quelques réglages à faire, mais vu que j'y ai travaillé un mois, il serait temps de passer à autre chose. Si vous avez des remarques sur quelques phrases maladroites, je serai ravi, je n'exclue pas une réecriture quand j'aurais un peu de recul.

Bref, le Roi des Aubes. Quinze pages, six mille cinq cent mots. C'est un texte qui a vocation à se lire d'une traite, donc je préfère tout poster d'un coup. Pour les flemmards qui ont pas envie de s'abimer les yeux sur Jv.Com, je mets le lien du pdf ci-dessous :

https://www.docdroid.net/DkTunRq/roi-des-aubes.pdf.html

Bonne lecture ! :-)

Negatum-
Negatum-
MP
02 mai 2016 à 16:00:04

En silence, depuis des siècles, l'arbre croissait. Ses racines avaient creusé la terre et descendu le petit monticule. Ses ramures courbées par le vent se tendaient vers la maison de brique. Au premier étage de la chambre de Sonia, on pouvait le voir se dresser devant la vallée.

Sonia avait toujours aimé cet arbre. Elle se souvenait l'avoir grimpé quand elle était enfant. Son poids léger la portait jusqu'au sommet. De là, elle pouvait voir les montagnes et les collines qui descendaient du ciel. Elle n'en revenait qu'au crépuscule. Parfois, durant les étés interminables, elle y lisait des livres gigantesques. Ils parlaient de magiciens rouges et de dragons aux grands pouvoirs.

Le temps était passé, et le vent soufflait des montages pour frapper les vallons. Sonia grandissait. Durant les longs étés, alors qu'elle travaillait sur ses cours, sa chambre restait lumineuse et ouverte. Elle osait à peine fermer la porte. Sa main jouait distraitement dans ses cheveux, et son regard glissait souvent vers l'arbre. À sa manière, il grandissait aussi. Ses feuilles étaient devenues comme plus fines et agiles. Il s'approchait doucement de la chambre, et de la fenêtre qui donnait sur lui. Sonia savait que si elle attendait assez longtemps, il finirait par l'atteindre et la ravir.

Les semaines succédaient aux semaines. Ses parents la déposaient le matin au lycée, en bas, dans les prairies. Parfois, le week-end, elle invitait ses amies à discuter au coin du feu. Quand les adultes étaient endormis, elles se rassemblaient en cercle dans sa chambre, couchées sur le sol. Sonia aimait écrire des histoires d'horreur et d'amour. Avec celles qu'elle croyait les plus dignes, elle les partageait. Le vent poussait les branches de l'arbre vers la fenêtre. En silence, il écoutait.

Elles parlaient de lui parfois. Sonia racontait comment elle y grimpait quand elle était plus jeune. Un jour, elles voulurent en faire un héros. Il devint un être de ronces. Le soir, il faisait tomber ses écorces pour laisser place à un garçon ténébreux. Il descendait au lycée et enlevait une jeune fille qui en était follement amoureuse. L’héroïne hésitait entre lui et un être de boue.

Sophie, une blonde rêveuse et timide, suggéra qu'il avait besoin d'un pouvoir. Il pouvait donc ralentir le temps. Le prince des ronces suspendait le monde pour regarder son amie dans des nuits longues comme des siècles. Un jour, elle chuterait d'une falaise. Alors d'un geste, il arrêterait le flot des vagues et le souffle du vent et, en silence, la regarderait tomber pendant l'éternité.

Un soir où elles avaient volé de l'alcool dans l'armoire, elles descendirent dans le jardin gelé, et, avec un couteau, gravèrent leurs initiales dans le tronc de l'arbre. Sonia, malgré son sourire, sentit son cœur se serrer. L'arbre continuerait de croître. Dans quelques siècles peut-être, leurs marques auraient disparu. Mais elle ne pourrait plus jamais y grimper : elle était devenue trop lourde. Et tout disparaîtrait avant qu'elle puisse à nouveau effleurer ses branches les plus hautes. Tout, y compris elle.

Sonia se sentait fragile alors. Elle relisait les livres de son enfance et ressortait ses poupées. Son corps se transformait ; et elle en pleurait de longues heures sans savoir pourquoi. Elle remarquait les cheveux gris qui émergeaient des pointes de sa mère. Depuis quand étaient-ils là ?

Elle fuma sa première cigarette sur son balcon, seule et honteuse. La nausée au fond de la gorge, elle regarda les lettres entremêlées sur le tronc. Elle dit à l'arbre que bientôt, elle partirait pour les villes, et qu'elle y serait seule. Les branches ondulaient dans le vide infini où brillaient les étoiles.

Vers cette époque, elle finit par connaître son nom : Benjamin. Elle connaissait son visage depuis le début du collège, mais il était resté une ombre pendant bien longtemps. Juste un rêve à raconter aux amies, pas grand-chose de plus. Il avait un an de plus qu'elle, il semblait doux et gentil. Ils échangèrent quelques paroles à une fête locale. Benjamin venait de l'est de la plaine. Il rougit quand ses parents se moquèrent de lui. Il aimait lire aussi. Peut-être pourrait-elle lui donner ses histoires, un jour ?

Sonia n'en parla à personne, pas même à Sophie. Elle guettait Benjamin dans les couloirs du lycée. Elle trouvait des trajectoires plausibles afin de pouvoir le croiser. Le plus souvent cependant, il ne la remarquait pas. Quelquefois, il hochait la tête, il commençait un sourire, il prononçait son prénom, disparaissait.

Les semaines continuaient. Il semblait que les nuits ne cessaient de raccourcir. Elle essayait les chaussures hautes qui lui faisaient mal, et marchait des heures dans sa chambre, sans quitter des yeux le miroir. Quand elle tombait, les yeux embués de douleur, elle s'accrochait à sa fenêtre. Il lui faudrait des mois avant de marcher correctement. Le vent glissait sur les versants, et les secondes se faisaient toujours plus longues. Rattrapée par l'insomnie, le ventre douloureux, elle se remettait à écrire l'histoire de l'être de ronce et de l'être de boue.

Sophie la rejoignait parfois, mais Sonia la fuyait. Elle regardait l'eau tomber dans les feuilles de l'arbre. D'étranges lumières pâles frappaient les vitres les jours de pluie. Durant les semaines, le visage penché vers la fenêtre, elle échappait aux discours des professeurs. Le week-end, sans rien faire, elle regardait le Soleil descendre dans le ciel interminable.

Seul comptait les moments où elle croisait Benjamin. Les secondes, qui tournaient pensivement dans sa montre, s’accéléraient alors. Les éclats de ses yeux distraits enflammaient toute la Terre. Les nuages se teintaient d'éclats arc-en-ciel pour les jours à venir.

Les trimestres se succédant, les notes de Sonia baissèrent. En relisant ses carnets, ses parents, fatigués et inquiets, n'osaient pas la convoquer. Elle observait avec froideur les chiffres descendre petit à petit, frôler la moyenne. Elle n'avait besoin que de ça pour survivre, après tout. La réussite, cela voulait dire partir, descendre les montagnes, oublier Benjamin. On la déposerait doucement sur un perron dans une grande ville inconnue. Son monde était ici, au versant de sa montagne, où elle pouvait observer la vallée et caresser le tronc de l'arbre. Benjamin était ici, et l'univers était à sa suite.

Les bottes frappaient enfin correctement le parquet. Sonia était prête à sortir. Sophie et ses parents venaient la chercher. Dans les cafés solitaires et dans les champs, des bouteilles dans chaque main, l'attendaient les enfants des villages. Les premières fois, elle eut peur. Les cris et la musique résonnaient trop fort. Les verres se brisaient contre les routes. Des couples, silencieux comme des coupables, partaient au fond des ténèbres pendant de longues et anxieuses minutes, avant de revenir à la lumière, rouges et triomphants.

Sonia, dans ces nuits-là, rentrait plus tôt, et fumait devant l'arbre. Il lui semblait que le vent rallongeait ses branches. Elle tombait sur sa fenêtre et regardait les étoiles tourner. Les nuits alors étaient plus longues que jamais. De ses doigts, elle comptait les mois restants avec Benjamin, les minutes qui sonneraient avant la fin de sa vie. Sonia rêvait alors de temps éternels, d'états permanents où les êtres humains dansaient les mêmes danses à l'infini, sans pouvoir changer et sans jamais mourir. Elle pleurait souvent, alors, et les feuilles de l'arbre frémissaient.

L'été arriva. Benjamin, de ce qu'elle entendit, redoublait. Il partait pour des vacances lointaines. La journée, Sonia marchait dans les montagnes. Alors, le Soleil se figeait au sommet du ciel. Le soir, on la forçait à noircir de longs cahiers blancs. De larges livres se succédaient sur son bureau. Elle les annotait, les fichait, et apprenait douloureusement chacun des mots de ces listes infernales.

Elle sortait le week-end. Elle domptait peu à peu ses peurs. Il lui fallut trois semaines pour parler à quelqu'un d'autre que Sophie, et trois fois trois semaines pour une inconnue. De nombreux prétendants se succédaient autour d'elle. Elle apprit peu à peu à dire non. Pour les meilleurs, elle en faisait des amis.

Sa vie se retrouvait là désormais. Insouciante, elle tissait sa toile. Benjamin était une ombre qui ne cessait de s'éloigner. Et ce n'était plus lui qui la faisait pleurer durant les heures où elle attendait l'aube, la cigarette à la main.

Negatum-
Negatum-
MP
02 mai 2016 à 16:00:42

Peu à peu, pourtant, dans l'ombre des forêts, elle sentait les jours raccourcir, une seconde à la fois, une minute à chaque mois. Des tempêtes roulaient parfois des crêtes jusqu'à son versant, et les ruisseaux glissaient de sa maison jusqu'en bas des vallées. Le ciel se couvrait de teintes orangées et mystérieuses. L'automne, et la dernière année approchait.

Afin d'en rallonger toujours les journées, elle s'enfonçait plus loin dans les montagnes. Elle y découvrait des vallons boisés et des arches millénaires. Les sapins montaient jusqu'aux cimes. Au détour des forêts, elle découvrit des falaises mystérieuses qu'aucune carte ne pouvait mentionner. Dans les sentiers, les campeurs anonymes murmuraient des salutations dans toutes les langues. Elle apprit chaque pas et chaque pierre désormais avait son lot de souvenirs et de rêves. Sonia rentrait pourtant toujours avant le coucher du Soleil. Une peur étrange, doucement excitante, montait en elle au fur et à mesure des semaines, celle d'une nuit qui, loin des pendules et des hommes, durerait toute l'éternité.

Vint finalement la dernière des grandes années, la Terminale. Sonia arrivait plus tôt et parcourait les longs couloirs déserts. Elle attendait les foules devant les portes ouvertes. Elle se familiarisait peu à peu avec sa nouvelle salle, et comptait sans cesse les mêmes tables et les mêmes tableaux. La voix des professeurs résonnait en échos contre les murs fissurés. L'arbre croissait en silence.

Benjamin était revenu. Le cœur de Sonia s'allumait parfois à sa rencontre. Elle savait désormais qu'il ne viendrait pas aux nuits dans les champs : ses parents étaient bien trop difficiles. Elle ne s'en inquiétait plus outre mesure. Son temps viendrait, comme celui des autres. Elle commençait à comprendre ce qui se passait. Elle regardait l'arbre grandir dans un silencieux triomphe. Il ne fallait que du temps. Après toutes ces années, il finirait par lui appartenir.

En attendant, il lui restait le jeu éternel des amitiés et des amours. Elle se courbait devant les livres pour en recopier les symboles. Les carnets qu'elle recevait avec une régularité arithmétique rassuraient sa mère. Du haut de sa montagne elle retombait dans les champs et dansait près du feu. La foule de ses connaissances éloignées changeait chaque mois. De petits nouveaux, timides comme elle le fut il y a ce qui lui semblait des siècles, balbutiaient en tremblant loin du centre du cercle. Sophie, la première, la rêveuse, attendait dans l'ombre, et Sonia menait la danse. Elle surprenait des baisers. Elle connaissait tout, des événements, des groupes, des amitiés, des amours, des ruptures, des suicides. Et elle sentait, sur ses formes désormais éclatantes, le regard rouge des garçons qui l'épiaient.

Le froid et la pluie de l'automne balayèrent leurs fêtes. Il n'était plus question de traîner dans les pâturages. Il ne restait que l'ombre des cafés et des maisons. Sonia en profitait alors pour inviter ses plus proches amies, chaque soir de la semaine. Les voix de ses parents se faisaient plus faibles et plus répétitives. Elles ne parlaient plus des rêves d'autrefois, mais des réalités et des rumeurs qui couraient sur les collines. Quand une des filles déplaisait à Sonia, elle ne la réinvitait plus. Les révoltes et les cris alors retentissaient des mois entiers. Parfois, au bout de luttes et de larmes, Sonia se ravisait. Parfois, elle les quittait tous, reprenait la longue route des verres et des invitations, recréait à partir des isolés un nouveau groupe pur et soudé. Le plus souvent, sa victime disparaissait dans l'oubli.

Sonia sortait aussi, et discutait dans les caves et les chambres. Elle se faisait remarquer par un jeune homme brun du nom de Marc. Ils dansaient et se cherchaient du regard. Marc passait par des étapes étonnantes. Il allait voir les autres filles et Sonia, tremblante d'une fureur inconnue, changeait ses groupes et comptait les jours. Quand Marc se sentait seul, tous les deux ils partaient danser. Ce n'était qu'au bout de quelques mois, traversant des sentiments contradictoires qui le mettaient en enfer, qu'il pouvait enfin parler de ses sentiments vis-à-vis d'elle. Il l'emmenait à travers les montagnes jusqu'à leurs faîtes, où le vent terrible les courbait. Alors elle devenait songeuse et muette. Et puis la danse recommençait.

Elle ne se souvint jamais de la première fois. Leurs apprentissages, progressifs et hésitants, volèrent des nuits au sommeil. La Lune et ses croissants tour à tour les découvraient sous les vitres des chalets. Les premières tombées de neige étouffèrent leurs souffles. Sonia, ivre et forte, sortait pour guetter la lumière de l'aube. Sa cigarette éclairait son visage d'une lueur rouge et calme ; elle n'avait jamais été aussi belle. L'arbre vibrait comme une étoile sous le vent des collines.

Chaque jour de la semaine, à l'heure de la sonnerie, les professeurs rassemblaient les élèves sous le porche. Leurs craies traçaient des alphabets étranges revenus d'un monde lointain. À la fin des cours, ils repartaient sans dire un mot. Parfois, leurs regards s'aventuraient au-dehors, où les saules dénudés creusaient sous le béton. Ils soupiraient alors, et Sonia sentait son cœur se serrer.

L'hiver emmurait les villages et les routes de couches épaisses de neige grise. Le gel fissurait les vitres au fond de la vallée. Sonia s'était retirée alors, loin de Marc et du monde. À sa fenêtre, les branches de l'arbre fracturaient le ciel blanc comme une gigantesque toile. La nuit, il devenait invisible.

Elle profitait de ces moments pour retourner à l'écriture. Elle relisait les cahiers sur lesquels elle écrivait ses histoires avec ses amies. Les nouvelles les plus étranges la faisaient sourire. Sonia choisit une cinquantaine d'histoires à réécrire, à défaut d'en lancer de nouvelles. Après s'y être exercée, elle s'attaqua au récit sur l'être de ronce et celui de boue.

Les chapitres s'accumulaient dans les nuits de l'hiver. Sonia, mue par la solitude, multipliait les versions. Après des réécritures complètes, souvent maladroites, elle s'arrêtait au bord de la falaise où tout avait commencé. L'être de ronce levait les mains ; les vagues, le soleil et la course des étoiles se figeaient ensemble. Il regardait le corps de son amante dans le silence universel. Ses longs cheveux dissimulaient son visage. L'aube qui pointait au bout de la mer enflammait les yeux du héros. Il ne pouvait rien faire, et elle savait que toute intervention aurait sonné faux.

Furieuse, elle regardait l'arbre qui grandissait. Ses branches dénudées se tendaient vers elle comme une main désespérée. Épuisée, elle tombait dans son lit. Dans ses rêves, les vagues s'ouvraient sur des rochers noirs et coupants qui la donnaient aux abîmes. L'eau perçait ses poumons et noyait son sang. Sonia sombrait lentement seule et terrifiée au milieu de la mer.

Elle se réveillait avant l'aube, hors d'haleine, frigorifiée. Elle écrivait des poèmes absurdes et sombres où elle jurait de ne jamais mourir. Le cœur plein de haine, elle ouvrait un nouveau fichier, lançait un nouveau titre, de nouvelles situations, et avec acharnement recommençait son livre.

Elle n'en parlait pas à Marc. Ses parents, pâles comme des fantômes, la regardaient sans rien dire. Les professeurs étaient comme des machines. Les foules tumultueuses du lycée apparaissaient et disparaissaient au rythme des années. Les journées comptaient des dizaines d'heures, et le Soleil parfois s'éclipsait pendant des mois sous les nuages. Les neiges accumulées faisaient grandir les collines, les racines défiguraient les routes. Sonia, penchée du haut de sa montagne, rêvait en parcourant du regard les maisons pétrifiées. Quand elle posait la main sur le tronc de l'arbre immense, elle ne pouvait plus sentir les mots qu'elles avaient gravés. L'hiver avait touché son solstice.

Le temps passait. Le fond de l'air réchauffait les collines. Vague par vague, degré par degré, année après année, le printemps arriva. Les bourgeons envahirent les plus basses branches de l'arbre. Ils remontèrent lentement jusqu'au sommet de ses ramures. Le vent soufflait plus fort. Les neiges fondirent en ruisseaux et en rivières qui abreuvaient les fleurs des champs.

Les professeurs multiplièrent les examens. Bientôt venaient le baccalauréat, et la vie qui restait à vivre. Sonia, bouillante de rage et de terreur, regardait le Soleil reprendre peu à peu le ciel. Collée à sa table, elle lisait encore et encore les livres qui devaient la renvoyer de ce monde. Elle entendait, dans les murmures de Marc et dans les discussions pendant les pauses, les projets d'avenir, les stratégies de carrières. Certains parlaient d'études et d'emplois, de mariages et d'enfants. Elle imaginait les voitures quitter la région, passer au-delà des montagnes. Pour elle, après l'horizon, loin de son arbre et de ses amis, il n'y avait que le vide, le gris des villes, le noir des rochers. La perspective des adieux la faisait vomir.

Elle se réfugiait dans les fêtes qui reprenaient dans les champs. Sonia était la reine, désormais. Assise au milieu des flammes, une cigarette au coin des lèvres, elle attendait que les autres viennent lui parler. Marc et elle avaient repris leur danse éternelle. Ils se retrouvaient à la périphérie des flammes, leurs ombres géantes découpant les blés jusqu'aux derniers cercles de l'horizon.

Ils murmuraient d'innombrables paroles. Ils marcheraient dans les sentiers sans fin sous les arbres. Ils n'auraient jamais à traverser les villes et les routes, les emplois et les souffrances, la maladie et la mort. Sous le regard du crépuscule, ils se déclaraient amants jusqu'à la fin du Soleil et des Étoiles.

Pour que rien ne les sépare, ils devaient grandir ensemble. Sous l'arbre immense ils parlaient sans s'écouter. Marc et Sonia d'abord racontaient leurs propres présents et les arborescences complexes des relations et des haines. Leurs mains se joignaient sous les racines. Ensuite ils parlaient d'eux, de leur récit commun, et de l'histoire qui commençait à s'écrire. La nuit alors venait, et Marc devait repartir. Parfois, quand le Soleil et l'arbre étaient cléments, quand les étoiles tardaient à venir après des années de silence, alors ils se racontaient leurs passés. Certains de leurs drames, au départ, étaient vrais et connus. Mais ils devinrent la toile de fond d'histoires encore plus extraordinaires. Les chagrins et les défaites soulevaient d'autres couches de jours, de mondes, de néants, venus d'ères géantes plus anciennes que leurs propres naissances.

Negatum-
Negatum-
MP
02 mai 2016 à 16:01:40

Le vent soufflait sur les collines, et le regard de Sonia s'éloignait dans le ciel. La main de Marc la cherchait de moins en moins. Quand ils n'étaient plus ensemble, séparés par les nuits noires et les temps de révisions, ils réalisaient combien ils étaient différents. Et toute la vie, vraiment ? Sonia réfléchissait, cherchant les étoiles entre les branches de l'arbre. Elle se voyait attendre un enfant, et marcher jusqu'aux autels. Elle n'aurait plus qu'à attendre la mort, alors. Rien ne pouvait être aussi éternel que cela.

Elle avait besoin de temps, et Marc acceptait de lui en donner. Ils se quittaient quand le Soleil était au plus haut. Sonia reprenait ses marches solitaires. Elle écrivait à nouveau ses récits sur l'être de ronce. Elle se rendait à Marc après des mois, harassée par la solitude. Et il était allé voir d'autres filles. Dans leurs grandes discussions, leurs marches près des flammes, il lui racontait ce qu'il avait fait. Marc jurait que plus jamais il ne partirait, si elle lui faisait confiance. Et cette confiance renaissait, pour un temps. Ils sentaient dans leur chair la douleur des trahisons. Lentement, pas à pas, ils réapprenaient à se connaître, comme deux bêtes inconnues. Ils se joignaient les mains, répétaient des promesses mille fois dites, mille fois trahies. Ils rebâtissaient leurs mondes, leurs langues, leurs rêves, et ils étaient à nouveau inséparables. Leur cœur battait à l'unisson, et ils pouvaient enfin dire, encore une fois, qu'ils n'étaient qu'un et qu'ils s'aimaient.

Et puis tout recommençait.

Sonia reprenait ses récits. La falaise ne cessait de s'approcher, et l'être de ronce était beaucoup trop loin pour sauver l’héroïne. Il était possible, se disait-elle en effaçant à nouveau, il était possible que l'histoire s'arrête. Il n'y avait plus rien après la chute. L'être de ronce arrêtait simplement le temps pour l'éternité.

Il prenait place près de la falaise. Ses bras fatigués s'accrochaient aux herbes folles. Il la regardait suspendue au milieu du ciel. La planète s'était arrêtée de tourner, et l'espace tout entier, retenu dans sa course, attendait de lui un geste de sa part. Il n'en faisait rien. Il pleura pendant les mille premiers siècles. Il traversa le monde, parcourut les déserts, à la recherche de quelque chose qu'il ignorait. Il tenta de retourner la falaise, de créer un sol de feuille et de pierre. Mais rien ne bougeait à part lui dans l'univers figé. Alors il attendait. Ses bras tombaient en poussière. Des graines germaient de ses poignets.

L'arbre sur son monticule avançait doucement vers la chambre. Ses branches avaient recouvert d'ombre le petit perron, et ses racines couraient vers la route au loin. Monstrueux, disproportionné, il s'étendait jusqu'au ciel et restait, du sommet des autres montagnes, grand comme un flambeau.

Le soir, Sophie soufflait sa fumée sur les bourgeons et refermait les volets en silence. Elle se sentait de plus en plus fatiguée. Le baccalauréat s'approchait, tout doucement, et elle savait que bientôt, elle devrait s'enfermer à nouveau. Ce qui se passerait après l'examen, elle ne voulait pas y penser. Mais ses parents ne lui laisseraient jamais le choix. C'était la dernière étape.

Il restait des fêtes, pourtant. Et des soirs de solitudes. Marc avait disparu quelque part, comme une blessure à peine refermée. Elle regardait son ombre danser avec d'autres dans les coins des flammes. Les gens semblaient ne plus s'intéresser à elle. On ne discutait plus que du futur, désormais : les choix d'études, les grandes villes, les appartements. Il y avait de la tristesse, bien sûr, mais personne ne semblait avoir peur. Pendant des années, Sonia avait lutté pour ramener les gens dans le présent. Elle s'était résignée. Pourtant, elle gardait espoir.

Car Benjamin était de retour.

Ses parents, épuisés comme tous les autres, avaient fini par le laisser sortir, malgré ses maigres résultats. Il allait probablement redoubler à nouveau, de toute façon. Et Sonia le regardait comme une apparition, assis sous les saules qui peuplaient les vallées, à enchaîner les bières avec ses amis. Il était beau, et ses yeux étaient ceux d'un enfant. Son sourire rappelait à Sonia ses premiers émois, il y avait des éternités.

Elle ne s'approchait pas, de peur de rompre le charme. Mais, penchée vers l'arbre, alors que les étoiles envahissaient le ciel, elle priait pour qu'il revienne. C'était son premier amour, elle ne pouvait pas le manquer. Elle pouvait encore attendre des millénaires.

Et alors que les livres s'empilaient sur les étagères de Sonia et que la Lune tournait autour de l'horizon, le temps passa. Les prairies se recouvraient de blé et d'orge. Les symboles mathématiques se répétaient à l'infini sur des cahiers aux milliers de pages. Les fiches se réduisaient au rythme des siècles. La chaleur montait sur les flancs des monts. Les rivières, emplies des fontes des neiges, descendaient en cascades sur les bords des à pic. L'histoire du monde que Sonia apprenait approchait de son terme. Les groupes d'enfants se rassemblaient et se dispersaient. Les brises arrachaient leurs sommets aux montagnes. Les océans se vidaient dans les nuages. Les cartes remplissaient le salon de Sonia, et elle savait les écrire les yeux fermés. Les vignes se gorgeaient des vins de l'automne d'après. Marc n'était plus près d'elle. Le Soleil irradiait la Terre. L'arbre s'approchait de sa chambre. Sonia était seule.

Les examens arrivèrent. Les voitures s'approchaient à l'aube des lycées et des écoles. Les professeurs regardaient sans espoir leurs montres bloquées. Les exercices tombaient par centaines de milliers sur les tables enflammées par le Soleil. Par moments, Sonia oubliait les symboles et regardait, devant elle, la nuque de Benjamin. Les paquets de cigarettes remplissaient les poubelles jetées à l'extérieur. La chaleur était insoutenable et omniprésente. Sonia arpentait les couloirs vides en l'attente de la prochaine épreuve. De loin, elle voyait Sophie, les yeux brillants, qui parlait à des silhouettes inconnues.

Elle finit par rentrer un soir, et tout était fini. Certains partaient déjà, et elle ne les reverrait plus. Mais il y avait une fête, une dernière fête, qui arrivait bientôt. Elle aurait souhaité écrire, durant ces temps sans fin, mais elle n'en avait plus la force. Alors, elle revoyait les autres, regardait les projets, les idées, les universités et les futurs. Elle suppliait l'arbre de ne jamais la laisser partir, et ses branches, si proches désormais, l'écoutait pleurer.

Ce furent les résultats. Elle était passée. Bientôt, elle devrait partir. Sonia embrassa ses amis. La joue de sa mère crissait comme de la cendre. Elle rentrait chez elle en regardant autour d'elle comme un ultime adieu. Elle prépara toutes ses jupes, et en choisit une avec le plus grand soin. Elle brossa chacun de ses cheveux, et renoua trois cents fois sa natte. Elle guettait dans les miroirs la chute du Soleil. Ses doigts traçaient dans l'air les signes du tronc de l'arbre, disparus à tout jamais.

Elle attendit mille ans, l’œil fixé sur les astres.

Puis elle rejoignit la fête.

Pour l'atteindre, il fallait descendre au tréfonds des plus basses vallées, à la fin de toutes les routes. Dans un champ de blé si immense qu'il rejetait les montagnes au bout de l'horizon, on trouvait une grille anonyme, un numéro de téléphone et quelques mots d'encouragement pour le futur. La grange louée avait les proportions d'une cathédrale. Les lampions lumineux, disposés tout autour, illuminaient la terre et les blés.

Sonia se souvint plus tard de la porte, et des fumées de cigarette qui s'élevaient au-dessus des entrées. Elle se souvint de l'angoisse qui serra sa poitrine, et de quelques ombres qui la saluaient. Le reste, elle l'oublia.

Au centre des cercles s'organisaient des jeux. On lançait des balles à l'intérieur des verres. Des bouteilles tournaient sur des tables de bois. Près du centre, on échangeait des mots et des danses, entrecoupés de grands éclats de rire. Sonia faisait souvent partie des vainqueurs. Les plus courageux descendaient dans les groupes éloignés : là, sous le regard brûlant de la foule, ils ôtaient couche après couche et partie après partie leurs vêtements. La peau timide, le plus souvent cachée sous les couvertures, brillait de sueur une fois découverte à la lumière des lampions.

Avant d'en arriver là, on se cherchait pendant des jours. Sonia avait arrêté de nombreuses fois, par pudeur et par honte ; mais parfois, seulement parfois, épuisée par les combinaisons sans fin des cartes et des joueurs, acculée par des garçons qui unissaient leurs stratégies, elle enlevait son haut et comptait les regards. Dans les replis de la grange, elle voyait les autres, ceux qui jouaient à des jeux plus terribles. Dans le noir on serrait autour du cou des foulards multicolores, et des ombres égrenaient, hilares et terrifiés, les secondes d'étouffement. Sonia n'y participa jamais ; mais elle vit partir vers eux des silhouettes autrefois aimées, comme aspirées par l'appel de l'oubli.

Quand elle les voyait, elle sortait prendre l'air extérieur. Son vertige s'amplifiait en regardant le ciel tomber sur la matière. Bientôt, se disait-elle, elle irait chercher Benjamin. Elle savait qu'il devait venir : il ne pouvait pas être très loin. Il apparaîtrait à l'ombre du portique, ou au milieu des champs, ou devant les lampions et les foules, et alors elle pourrait tout lui dire.

Le lycée avait un groupe qui devait jouer ce soir-là. On les entendait répéter au loin dans les champs. Plusieurs fois, des rumeurs coururent sur leur départ; brisés par l'attente, ils auraient quitté la fête pour organiser une soirée, sur les cimes des montagnes. En regardant les blés, à l'occasion d'une cigarette, on demandait de leurs nouvelles. Ceux qui partaient marcher au loin rapportaient des légendes. Et puis, parfois, quand chacun avait oublié jusqu'à leur nom, le groupe revenait, et reprenait la scène. Leurs chansons, à chaque fois plus déchirantes, racontaient en variantes infinies la solitude et la peur de la mort. Les silhouettes dansaient sur les accords saturés qui montaient jusqu'à l'absurde. Leur chanteur, un adolescent au visage triste, avait des yeux d'un gris fabuleux. Sonia retrouvait dans leurs cris ses peines et sa douleur.

On vit des couples se former à l'occasion. Ils regardaient leurs mains jointes, confus et heureux. Puis d'autres passaient, ils tombaient dans l'oubli. On les retrouvait plus loin, assis côte à côte, s'évitant du regard. Un jeune, à l'air gauche, tentait de frôler l'épaule de son amant, et l'autre frissonnait. Des groupes d'amis se formaient ; ils jurait de ne jamais se quitter. Mais le vent soufflait sur les collines, mais le temps passait dans les racines, et ils se déchiraient lentement, pièce par pièce, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de la haine. Et tout recommençait.

Une fille, que Sonia connaissait du temps des histoires, était venue belle et souriante. Autrefois, elle parlait gaiement au milieu des lampions. Le vent recouvrait son visage quand elle partait jouer. Un voile recouvrit peu à peu ses yeux ; son sourire se figeait, et elle mettait du temps à rire. Elle avait aimé quelqu'un à un moment ; puis elle avait joué avec d'autres. Elle errait de cercle en cercle, les yeux cernés de noirs. Elle criait parfois des mots qu'on ne pouvait comprendre. La jeune fille s'était approché de Sonia. Par des tournures de phrases, des regards appuyés, elle tentait de devenir son amie. Elle l'invitait dehors, faire une pause alors qu'elle ne fumait pas. Et elles contemplaient le ciel sans jamais rien dire ; et Sonia jamais ne posait de questions.

Car elle s'était décidée. Dans un coin du ciel, là où se trouvait sa maison, une ombre immense et drue recouvrait les étoiles. Elle en était sure désormais : le sortilège avait gagné. L'être de ronce avait englouti le monde. Il était temps de retrouver Benjamin.

Negatum-
Negatum-
MP
02 mai 2016 à 16:03:01

Elle se mit en route et parcourut les étendues de blé, traversa les champs de lumières et d'ombres. Dans les fantômes qui flottaient près des enceintes, elle tenta de retrouver son visage. Elle demandait à ceux qu'elle connaissait ; et personne ne l'avait aperçu. Elle trouva des camarades, assis sur les côtés, désœuvrées et fous. Ils parlaient d'une ombre qu'ils avaient pu voir, il y a bien longtemps. Il était probablement avec Sophie. On les avait vus ensemble, mais personne ne savait quand. Les champs étaient immenses, ils avaient bien pu partir. Peut-être était-il rentré chez lui.

Les jeux reprenaient sous les accords de guitare. On dansait autour des verres brisés. Des feux innombrables s'allumaient dans la plaine. Sonia entendait des rires rebondir sur le ciel. Les Terminales du lycée, avec frénésie et abnégation, fêtaient le dernier jour de leur jeunesse et de leur insouciance. Ils rencontraient comme de vieux amis la joie, la colère, la douleur, le désespoir. Ils riaient aux éclats sous le tourbillon étourdissant des étoiles. On disait que cette nuit ne finirait jamais. Certains avaient réussi à rentrer, paraît-il ; et ils se morfondaient dans leurs lits, attendant que le sommeil les dérobe. Parce que c'était la dernière des dernières. Parce que chaque minute rapprochait des voitures, des villes, des appartements, des emplois, des mariages. Parce qu'après la nuit ils ne pourraient changer. Parce qu'avec le Soleil viendrait l'âge adulte, le Roi des Aubes, et qu'avec lui viendrait la mort.

Il fallait qu'elle le retrouve.

La foule, dans la grange, peu à peu se clairsemait, mais elle savait qu'il n'était pas encore parti. Réuni dans les derniers feux, la cigarette à la bouche, elle obligeait les autres à parler. Elle voyait parfois dans les regards des reflets qui l'inquiétaient. Certains rires devenaient trop nerveux, certains silences trop longs. Elle s'attaquait aux plus ivres, ceux qui ne s'étaient pas encore endormis d'un sommeil lourd et sans rêve. Elle enchaînait les défis pour parvenir à le retrouver. Oui, il était avec Sophie. Quand elle s'arrêtait enfin, après des années de recherche, à regarder le ciel et cette nuit qui n'en finissait plus, elle sentait le doute monter en elle. Elle sentait ses forces glisser vers le sommeil. Ses mains tremblaient en cherchant les cigarettes. Et plus d'une fois, elle se mit à pleurer, seule, repliée un coin sombre, en regardant la Lune immense plonger pour la cent millième fois à l'horizon. Alors la lumière découpait les vastes branches de l'arbre qui continuait de croître. Alors elle pensait à tout ce qu'elle avait vécu. Elle ravalait ses larmes. Et puis elle repartait.

Elle chercha cent mille ans. Après cent mille années, les musiques s'étaient éteintes, les feux avaient brûlé. Le monde s'était endormi. Le vent soufflait dans la campagne abandonnée. Il n'y avait plus rien que des ruines. Et l'arbre qui croissait.

Quand elle les vit enfin, elle ne fut pas surprise. Tout avait eu un sens. Depuis bien longtemps, en réalité, elle savait ; elle ne savait seulement pas comment abandonner. Elle avait retrouvé Marc quelquefois, et, dans leurs étreintes muettes, elle avait senti qu'il savait quelque chose. Que tout le monde, en fait, savait quelque chose. Ils lui avaient tous caché, pour la protéger. L'univers entier avait voulu la protéger. Et l'univers entier savait qu'elle était une idiote qui rêvait éveillée.

Malgré le silence, malgré Sophie, qui la coursait, Sonia finit par se perdre, au fond des forêts, et seulement alors, elle s'effondra. Elle tentait, en vain, de retrouver son souffle, mais, à chaque pensée, à chaque souvenir, un sanglot montait dans sa gorge. Il n'y avait plus d'issue, désormais. Le temps, son allié, son seul ami, son amant, pouvait continuer de tourner, et l'arbre de croître, et le vent de souffler. Personne ne peut arrêter la chute, et les rochers, et l'ombre. Au fond de sa poitrine, elle se sentit mourir.

Après avoir erré sans but autour de la Terre, Sonia finit par rentrer chez elle. Il n'y avait plus personne pour la conduire. Elle déposa ses bottes sur le coin d'une route oubliée. Ses pieds nus s'enfonçaient dans la boue du monde. Les forêts et les prairies s'étendaient à l'infini dans un silence de tombeau. Les branches devenaient grises, et dures comme de la roche. Les montagnes tombaient en cendres dans les rivières. Les étoiles mouraient dans les constellations. L'arbre se détachait dans le ciel vide comme un phare dans l'océan.

La maison dormait paisiblement. Sonia remonta à pas léger les escaliers, comme elle le faisait quand elle était enfant. Elle se nettoya le visage, enleva le maquillage, et le mascara qui lui avait coulé sur les joues. L'eau chaude la réconforta, et elle trouva la force de sourire au miroir.

Elle rentra dans sa chambre. L'arbre avait atteint la fenêtre et avait brisé la vitre. Ses feuilles recouvraient les murs comme un lierre sauvage. Des fleurs aux couleurs douces tombaient sur son bureau. Des branches montaient tendrement sur sa table de nuit.

Sonia s'allongea sur son lit, et se mit à rêver. Elle pensait à son propre univers, et à sa propre histoire. Elle revit Benjamin, et Marc, et Sophie, et tous les autres. Toutes les mains qui s'étaient tendues et qu'elle n'avait pas saisies. Toutes les choses qu'elle aurait pu faire, et qu'elle ne ferait jamais. Les bourgeons lui caressaient le visage. Sonia repensait aux regrets, aux remords, à tout le mal qu'elle avait causé. Elle se perdit pendant un univers, à chercher ses torts et ses erreurs, tout ce qui n'avait pas rendu son adolescence parfaite.

Elle revit ses premières joies, et ses chants autour de l'arbre. Les jeux autour de la cour de récréation. Les soirées perdues à se raconter des histoires. Les premières danses près du feu. Et elle raconta l'histoire, avec la voix de chacun, des siècles écoulés qui ne se refermeraient jamais. Tous allaient oublier, et vieillir, et mourir. Et c'était tout.

Quand toutes les histoires furent dissoutes, quand les milliers de récits se turent, emplie d'une douce et triste sérénité, Sonia se mit à murmurer à l'arbre qui croissait. Elle lui dit que ce n'était pas grave. Qu'il avait fait ce qu'il pouvait. C'était sa faute à elle si elle n'avait jamais réussi à être heureuse. Ce sont des choses qui arrivent. Et malgré tout, il y avait eu des moments, quand elle était seule, à le regarder lui et les étoiles. Cela avait été beau.

Elle raconta des histoires, comme aux temps anciens. Des mots étranges remplaçaient peu à peu ceux qu'elle utilisait autrefois. Ses tons devenaient doux comme le bruit du vent à travers le feuillage. Elle lui dit tout ce qu'elle avait vécu et tout ce qu'elle pourrait vivre, une fois l'aube arrivée. Elle racontait son travail, et ses études. Les échecs de ses rêves d'enfants, et la joie de réussir. La beauté des villes endormies au bord des fleuves. Les fous rires innombrables qui l'attendaient sur les terrasses, et au sommet des tours. Et ses futurs amants, qu'elle aimerait différemment des premiers. Elle raconta son travail, ses passions, et le moment où, un carton sous le bras, elle rentrerait chez elle pour ne jamais revenir. Elle raconta sa mort. Elle dit tout ce qu'il lui arriva plus tard, et aussi tout ce qui ne lui arriva jamais. Et, les doigts caressant les pétales des fleurs, déclamant tendrement les longues listes de possibles de toute sa vie future, d'une voix triste, mais certaine, Sonia murmura à l'arbre qui était devenu l'univers :

« Laisse-moi partir. »

L'aube arriva. La lumière coulait de la vitre et illuminait les affiches qui parsemaient la chambre. Le sifflement des oiseaux couvrait le bruit du vent. Sur la colline, l'arbre resplendissait de ses couleurs d'été.

Sonia mangea son petit déjeuner avec beaucoup d'appétit. Son père lui demanda comment s'était passée la soirée de la veille. Elle haussa les épaules.

« Pas si bien que ça. »

Son père la regarda avec douceur. Sur son visage, il y eut une expression nouvelle, comme venue du tréfonds des temps. Sonia eut l'impression de le voir pour la première fois.

« Ça a été la même chose pour moi, à ton âge. C'est jamais une période facile, tu sais. Je trouve que tu prends ça avec beaucoup de maturité. »

Sonia hocha la tête, et ne dit rien pendant un long moment.

« On part à quelle heure ?

-Dès que tu es prête. Les visites commencent demain, mais on pourrait faire un petit tour de la ville avant. Et puis, la route est longue. »

Sonia se leva brusquement.

« J'ai quelque chose à finir. »

Elle alluma son ordinateur, et chercha la dernière version de son texte. L'être de ronce lâcha prise, et l'héroïne tomba dans l'océan. Elle survécut ; mais lui ne le sut jamais. Les vagues la transportèrent loin du rivage, dans l'immensité à découvrir.

Avant de rentrer dans la voiture, Sonia s'approcha doucement de l'arbre. Il ne touchait pas le ciel, et il n'atteindrait jamais sa chambre. Sur son tronc, on pouvait encore lire des inscriptions écrites par des jeunes filles, il y a bien longtemps. Sonia accrocha sa main à la première branche ; elle était trop fine désormais pour elle. Et pourtant autrefois, la petite fille qu'elle avait été l'avait grimpé. Et un jour, dans un an, dans dix ans, elle repenserait à Sonia, celle qui voulait arrêter le temps, et qui avait presque réussi. Ce qu'elle serait alors, elle l'ignorait. Mais elle avait hâte de le découvrir.

Ils partirent. Sonia ne fut bientôt qu'un point à l'horizon, minuscule et dérisoire. Les rayons du Soleil enflammaient de loin la voiture comme une goutte de rosée. Et l'arbre, seul sous le vent des collines, continuait de croître pour les années à venir.

:-)

LePerenolonch
LePerenolonch
MP
02 mai 2016 à 16:59:57

Salut Negatum, honoré d’être le premier de tes lecteurs pour ce retour dans l’écriture. Tout d’abord, j’aime beaucoup ton titre. Je commente au fur et à mesure que je lis donc mes pensées peuvent ne pas être structurées, voir je peux me contredire. Trèves de bavassages, attaquons la lecture !

Pourquoi as-tu mis une majuscule à soleil en page 3 ?
Le regard rouge ? Je ne connais pas cette expression.

Quand Marc se sentait seul, tous les deux ils partaient danser.

C’est laid comme phrase.

Je trouve que tu gères mal la notion du temps, on dirait que des années se passent, mais au final on est toujours dans celle de terminale. Les années lycée semblent durer sans jamais s’arrêter, c’est déroutant.

Sinon désolé par avance, mais je suis très nul pour découvrir le second degré dans un texte, et j’ai peur d’être passé à 30 000km du message que tu voulais faire passer. Au fond j’en ai une vague idée, mais sur le coup impossible de formuler ça avec des mots.
Dans le fond, ce n’est pas le genre de récits qui m’attirent, je ne suis pas emballé.
Ton style est fluide, agréable à lire, ça coule tout seul. C’est presque parfait. Un beau travail d’écriture en quelque sorte, même si je suis assez mauvais publique pour ce genre de production, et j’en suis désolé.

FatuiteR
FatuiteR
MP
06 mai 2016 à 15:56:40

Lu.
J'aime beaucoup le traitement du temps, dans ce texte, qui est le sujet principal. J'ai bien senti cette succession de cycle de vie. Le ton et le style vont bien dans cette idée du "temps qui passe", on ressent cet écoulement lent très travaillé. A ce titre-là, il est très appréciable de voir que les expériences qui sont chargées de rompre un cycle pour en débuter un autre (le sexe, l'amour, l'été à un moment,..) sont traités avec tant de légèreté, comme si elles n'avaient justement pas l'influence qu'elles ont. ça fait que l'on se focalise plus sur les cycles, qui parfois répètent certains éléments, mais en ayant cette signification propre à la période désignée qui fait qu'on ne ressent pas une répétition, alors que, dans le cas contraire, on aurait focaliser sur l'événement, ce qui n'aurait pas eut la même force et aurait sans doute dénoté par rapport au reste. Lepere cite qu'il avait une impression de temps dilaté sur le milieu, perso, j'ai pas ressenti cela. Néanmoins, il y a eu quelques moments de confusion, notamment quand tu nous parles de la fonte des neiges. Comme, un peu avant tu nous parlais des bourgeons qui reviennent, je m'étais imaginé que les neiges étaient déjà fondues, donc, ça m'a troublé. J'ai encore une note à faire sur le temps, mais j'y reviendrai plus tard.

Un autre traitement qui, au début, m'a plu mais s'est un peu perdu en route, c'est l'espace. L'idée de cette région campagnarde délimité m'allait bien. Il y a une unité de lieu qui est central et va bien dans le thème, puisque l'expérience finale, le départ, prend cette signification d'ultime rupture, que l'on peut comparer, d'une certaine façon à la mort, ce qui est fait à travers le fantasme créateur de Sonia. Le truc, c'est que, autant au début on a ce traitement du lieu limité, autant après, ça se perd et ça ne sait plus où trop se placer. Si je devais vraiment déterminer le moment où ça m'a interpellé, c'est quand Sonia se ballade en montagne. Jusque-là, les montagnes étaient avant tout un paysage, d'une certaine façon, une limite infranchissable. Les utiliser autrement, ça m'a fait cet effet de dépassement de la barrière, où on va plus loin que ce qui était le bout. Même effet lorsque tu nous dis que Sonia apprend les sentiers des montagnes. ça veut donc dire qu'avant, c'était inconnu, et ce qui est inconnu n'est délimité. C'est pas grave en soit, mais j'étais parti sur cette idée d'unité, d'espace unique. De plus, je trouve que ça réduit un peu la fin, où Sonia accepte le départ et la rupture (comme son fantasme créateur l'indique, en faisant survivre l'héroïne, qui quitte ce qui symbolise le lieu, l'être de ronces qui est l'arbre). Le truc, c'est que sans cette unité du lieue, c'est moi intense, on tend plus vers l'idée d'un autre lieue à apprendre.

Quelques petites notes sur des points à améliorer, selon moi.
De un, les "alors", qu'on retrouve ici et là dans certaine phrases. Certains sont justes inutiles et devraient être enlevés. D'autres sont utiles, mais me font l'effet d'accentuer l'instant présent, ce qui me dérange, vu l'idée très forte de temps qui passe, ça brise l'écoulement en donnant une intensité qui jure avec le reste.
De deux, dans la même idée de "temps qui passe", il y a plusieurs passages qui font appel au souvenir. Certains passent vite, et tant mieux, comme quand on parle d'une ancienne amie avec des inconnus. D'autres par contre sont plus focaliser sur le souvenir et le passé (Le fait qu'on ait cacher les relations de Sophie et Benjamin, par exemple, m'a fait cet effet) et ça rompt le traitement assez uni qu'il y avait jusque-là.
Dernier point, qui concerne le texte à partir du moment de la fête jusqu'à la discussion avec le père : ça m'a fait bizarre. La fête en elle-même est relativement bien géré, comparé au défi que ça représente. La scène est très difficile, vu que tout le truc, c'est d'arriver à narrer une succession d'événements, afin de rester raccord avec le reste du texte, mais avec des événements qui sont intenses et significatifs. Parfois, j'avoue que l'événement prime sur la succession, et avec la narration et le style qui reste les mêmes, ça fait un effet un chouia bâtard, de forts évènements qui se succèdent sans lien entre eux (alors que, avant, le lien était optionnel, puisque les événements forts étaient séparés en cycle déterminé).
Puis, y'a cette scène... nawak, où l'arbre a poussé jusqu'à la chambre et où il se passe... des trucs. Là, je reviens sur l'idée du temps, particulièrement sur ses variations. Alors, le temps du désir, du fantasme, du projet, ou du rêve est un temps différent. Déjà, dans la création de Sonia, quand elle parle de ses histoires, on ne ressent pas vraiment ce temps différent, c'est très intégré au récit en général pour se focaliser plutôt sur le niveau de la représentation (qui ne prend sens qu'à la fin). Mais le truc, c'est surtout que le passage après la soirée tente de partir dans une autre temporalité, celui du projet, notamment, et que j'ai pas trouvé ça très adroit. Premièrement, parce que c'était pas ce que le texte essayait de faire. L'intention était sans doute d'infliger une perte de repère pour le lecteur, et là-dessus, c'est réussi. Néanmoins, la manière dont le truc est arrivé m'a pas fait sentir que ça avait sa place ici. Le côté surnaturel qui s'en dégage pose une rupture très forte avec une dose de confusion qui ne sert pas le propos, selon moi (quelques phrases avant peuvent faire penser à du surnaturel, mais je ne l'ai pas reçu comme ça, plutôt comme de l'emphase, ou l'apposition de significations humaines qui confèrent à l'objet un sens surhumain). Par contre, j'ai beaucoup aimé la transition avec la discussion du père, puisque cette rupture-là fait qu'on peut se libérer de ce qui avait été établi en terme de codes dans le texte, pour vraiment faire une conclusion. A ce titre-là, je pense qu'il est préférable de virer la ligne de dialogue qui apparait avant, pour les cantonner à la conclusion.

voila. Y'a beaucoup de trucs qui m'ont plu, en plus ce que j'ai déjà dit, mais là je dois patater un gars qui fait aller sa mobilette sous ma fenêtre. Pour résumer : très bon texte, j'ai beaucoup apprécié, malgré quelques petites insatisfactions / choix qui ne m'impressionnent guère, jeune homme. :-)

Ostramus
Ostramus
MP
07 mai 2016 à 23:52:39

Du haut de son trône forgé en électrum et orné de sculptures chryséléphantines qui serpentaient en fractales, Ostramus contemplait, las, son oeuvre, et celles des mortels.
Son oeil sévère — mais juste — glissa sur l’horizon de la réalité. Soudain, un nom apparut. Soudain, un souvenir confus devint substance. Lentement, le désir se lova parmi les ambitions célestes de l’être céleste.
Puis, il lit.


Salutations Monsieur Tiret, ou plutôt devrais-je dire, welcome Bach, puisqu’en bon aguicheur, tu as entamé ton topic par une phrase globishienne pour implémenter dans l’esprit du lecteur un sentiment de coolitude onzième dan.

[[sticker:p/1lmh]]

Adoncques, j’aimerais louer le style en préambulogue. En bon être maléfique, j’agis dans l’ombre, lisant entre deux hécatombes en mon honneur des opusculions... pardon, des ones-shots, :cool: et autres nouvelles sur notre noble forum.
May the Fourth est de constater qu’il est plaisant de découvrir un texte correctement écrit. J’entends par là que l’usage des virgules est pertinent et nuancé, les propositions équilibrées, les syntaxes soignées et le vocabulaire divers. Un initié du bon goût sait reconnaître un autre esthète quand les verbes ternes sont réduits à l’état d’hypothèse, et que la grammaire est magnifiée par la pluralité. J’émettrais quelques réserves quant au rythme, aussi terne que Schulz admettant avec lucidité que la construction européenne est un échec, et un manque de connecteur logique, conférant au texte un sentiment d’équanimité.

[[sticker:p/1kku]]

Les dialogues m’ont surpris par leur absence. Ma mémoire eidétique conserve limpide les interminables, incommensurables, inénarrables, indisséquables atermoiments de feu la Contraction — une histoire d'amour, de chats noirs et de pluies — entre Lise et Antoine. Je confesse concevoir une forme particulière de stupéfaction quand j’ai réalisé que tu avais opéré le même prodige, à savoir commettre un texte d’une longueur certaine, et paradoxalement d’une insondable vacuité.

Il ne se passe rien.

[[sticker:p/1kks]]

Ton texte figure désormais dans mon panscribéon personnel, rivalisant avec le fameux Idaho de feu Saternathe ( https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-62042-1-0-1-0-0.htm ), autre prodige asémentique. Et pour répondre à la question que tu ne poseras pas : oui, je possède des fiches recensant par catégories, intérêt et qualité les textes du forum ; oui, j’ai une fiche vous concernant consubstantiellement, Monsieur Tiret, vieille relique de feu le wiki du forum.
Ma déception est quantifiable au regard de la cocassité lecturale qu’offre ton texte. Il est en effet possible de lire en bissectrice, soit un paragraphe sur deux, ou sur trois, sans nuire à la compréhension du texte, et sans se perdre dans ce filigrane ectoplasmique que j’aurais du mal à qualifier d’intrigue.

Où est le génie du Monde des Etoiles ?

Les ravages de la pensée cosmopolitiquement néoconcervatrice correcte de Science Po sur l’Art ne cesserons jamais de me plonger dans des abîmes d’indignation.

[[sticker:p/1jnf]]
Negatum-
Negatum-
MP
09 mai 2016 à 11:52:09

Salut à vous trois, et merci de votre lecture :-)

Le commentaire des commentaires risque peut-être d'être assez long. En vous lisant, il y a certains nombre de trucs que je voulais faire passer dans le texte qui ne sont pas passés. C'est lié probablement à beaucoup de choses dans la construction même du texte, et un effet que je voulais mettre en place. Donc je vais déjà essayer d'expliquer ce que je voulais faire, pour ensuite vous répondre à chacun:

A partir des premières scènes, Sonia ayant une peur panique de grandir et partir, le temps se referme peu à peu sur lui-même. C'est censé être très léger dès l'été (trois semaines + trois fois trois semaines, ça fait trois mois, donc toute la durée des vacances, et c'est présenté comme le début) et ça s'accélère de la même façon que, disons, un paradoxe de Zénon si le temps pour chaque étape demeurait constant: l'automne, et sa vie sociale dure probablement un ou deux ans, l'hiver dure une dizaine d'année, le printemps plusieurs siècles. Vers la fin, pour la soirée, on tombe dans des durées volontairement un peu absurde, mille an pour la préparation à la soirée, probablement des milliers d'années pour la soirée elle-même, et à la toute fin, millions/ milliards d'années pour le retour, et durées "combinatoires" (elle récite un truc qui ressemble à la bibliothèque de Babel) à la toute toute fin.
Le souci était double: premièrement, le temps qui ralentit devait remplir les objectifs de Sonia, c'est à dire continuer le lycée et jamais partir, sans que tout le monde meurt, donc d'une façon qui la concerne elle, sans nécéssairement concerner les milieux naturels ou le monde extérieur. Deuxièmement, je voulais pas inventer un monde avec 460 lois complexes pour expliquer un phénomène poétique, parce qu'effectivement ça existe, effectivement ça s'appelle la Contraction et effectivement Ostra a assez souffert :hap: .
Donc j'ai joué sur trois/quatre choses pour faire sentir cette évolution tout en la gardant extrêmement fluide: longueur du texte, événements extérieurs, durée, et épuisement à l'infini. Je voulais particulièrement travailler cette partie, parce que j'adore ce fantastique à la Borges où l'on se rend compte que c'est fantastique à cause de durée ou d'échelles qui ne sont pas immédiatement impossible pour la conscience immédiate, mais qui le devienne dès qu'on y pense trente seconde (genre quelqu'un qui connait tout les auteurs d'une bibliothèque et a lu tous leurs livres, ou un écrivain qui a écrit une oeuvre de plusieurs millions de pages). Le jeu était de les coupler précisément à des impressions de l'adolescence: LIre des fiches de milliers de pages et faire des fiches de fiches de fiches de fiches, connaître par coeur des chemins qui semblent s'étendre au delà des montagnes, raconter et reraconter à l'infini des trucs dans un relation dans un on/off un peu maso dont on ne peut pas sortir, c'est techniquement impossible, mais c'est comme ça normalement qu'on peut le ressentir. Et en plus, ça guide vers la fin, parce que ça montre l'absurdité de vouloir à tout prix s'accrocher à une période de la vie: comme la dit Fatuite, finalement, les événements qui devraient compter se répétent jusqu'à l'absurde. Je voulais qu'à un moment vers le milieu du texte, les lecteurs se disent "y a un gros truc qui cloche", qu'ils commencent à chercher et que ça devienne évident qu'un truc se passe, qu'ils crient tous "aaah" béats d'admiration et qu'ils lâchent des comz par millier[[sticker:p/1jnc]] .
Le souci, que j'avais pas anticipé, c'est que tous ces éléments sont souvent utilisés comme hyperbole, y compris très souvent par moi-même. Du coup, si le fait que tout soit finalement une sorte d'impression de Sonia est une interprétation assez valide du texte (même si je comprends que Fat' ait été choqué par la fin, du coup), je suis un peu emmerdé par ce qu'à compris LePere, parce que comme je le disais sur le blabla, that's the joke. Donc il faudra je pense marquer le coté fantastique dès le départ dans la réecriture, ça orientera d'avantage les lecteurs. (vu que il y a déjà une sortie assez brutale, mettre un paragraphe assez obvious au début détruira pas le délire, je pense)
C'est dommage, je pensais en avoir fini avec les textes à narrateur non-fiable et à huit cents interprétations, justement pour qu'on me comprenne #artistemaudit :-(

Après ce pavé explicatif beaucoup trop long sur un texte qui se voulait simple, réponse aux différents commentaires dans leurs particularités :-)

LePere :d)

Merci de ta lecture, même si elle m'a désorientée au début :noel:
Pour le titre, c'est le truc qui a été le plus dur du texte. Finalement, j'ai fait une référence à un titre encore plus génial, le Roi des Aulnes, poême de Goethe et roman de Michel Tournier. Vu que le roi des Aubes fait ici référence à l'âge adulte, y a quelques petits parrallèles voulus.

Pourquoi as-tu mis une majuscule à soleil en page 3 ?

Alors, du coup j'ai cherché, parce que j'écris toujours "le Soleil", et effectivement, y a une règle québécoise qui dit qu'on ne met une majuscule que quand on se référe à l'astre. Y doit y avoir quelques cas limites dans mon texte, mais normalement ça va être minuscule. Dommage, je trouvais ça joli.

Le regard rouge ? Je ne connais pas cette expression.

Ouais, c'est assez surréaliste comme épithéte. Bon, là faut que ça reste rouge quand même... Le regard de feu ?

Quand Marc se sentait seul, tous les deux ils partaient danser.

Puis, quand Marc se sentait seul, ils partaient danser ? C'est vrai que le tout les deux casse l'élan.

Pour le reste, bah, voir spoil en haut. La bonne nouvelle c'est que si ça a pas été une douleur à finir en passant à coté de la gestion du temps, l'écriture doit pas être mal en effet. :hap:

Fat :d)

Merci du commentaire, très très détaillé, et de ton appréciation. Je pense que je vais globalement aller dans ton sens.

Néanmoins, il y a eu quelques moments de confusion, notamment quand tu nous parles de la fonte des neiges. Comme, un peu avant tu nous parlais des bourgeons qui reviennent, je m'étais imaginé que les neiges étaient déjà fondues, donc, ça m'a troublé.

Ouaip', à deux lignes près. Je vais retravailler ça, y a un truc à faire sur ce paraf' au niveau de la gradation et à mon avis, faudra trouver une autre place pour les neiges qui fondent.

Pour le lieu, je vais y réfléchir. Y avait l'idée ici de prise de contrôle progressif de l'environnement en fait. Au fur et à mesure de l'été, elle devient la reine des fêtes, et par ailleurs elle découvre vraiment son monde. C'était aussi l'occasion de marquer un peu le surnaturel, avec des formulations un peu lovecraftiennes: en fait, elle ne franchit jamais les montagnes, elle les parcours. Mais jouer sur l'effet "princesse du petit village de 12 hectares" peut aussi être intéressant. Après tout, c'est le temps qui compte ici. Je vais essayer de trouver quelque chose là-dessus, ou au moins de réecrire.

De un, les "alors", qu'on retrouve ici et là dans certaine phrases. Certains sont justes inutiles et devraient être enlevés. D'autres sont utiles, mais me font l'effet d'accentuer l'instant présent, ce qui me dérange, vu l'idée très forte de temps qui passe, ça brise l'écoulement en donnant une intensité qui jure avec le reste.

Bonne remarque. J'ai tendance à relire mes textes à voix haute, et je corrige par les mots qui me viennent "naturellement" à l'esprit. Et j'ai des tics de langages, dont alors. Je vais partir à la chasse. (surtout que "puis" et "ensuite" servent globalement la même fonction, et c'est du temporel)

De deux, dans la même idée de "temps qui passe", il y a plusieurs passages qui font appel au souvenir. Certains passent vite, et tant mieux, comme quand on parle d'une ancienne amie avec des inconnus. D'autres par contre sont plus focaliser sur le souvenir et le passé (Le fait qu'on ait cacher les relations de Sophie et Benjamin, par exemple, m'a fait cet effet) et ça rompt le traitement assez uni qu'il y avait jusque-là.

L'amie et les inconnus, j'étais vraiment pas sur, parce qu'elle a l'air d'avoir une vie beaucoup plus pourrie que Sonia (surtout dans les versions antérieures), et j'avais peur que ça réduise l'impact de la vie de Sonia. Pour Sophie et Benjamin, c'est le fait qu'ils réapparaissent comme des souvenirs après une longue absence tu veux dire ? Si c'est ça Sophie réapparaît de temps à autre dans l'histoire (même si elle a un gros blanc au milieu). Quand à Benjamin, c'est le but. C'est un crush fantasmé à qui elle a parlé trois fois, qui disparait quand elle tente une "vraie" relation, avec Marc -comme ça se fait la plupart du temps chez les ados. Sauf que plutôt que d'aller de l'avant après son on/off, elle revient à son premier sentiment, parce que ça lui permet de revenir à une image un peu dorée de l'amour.

. Parfois, j'avoue que l'événement prime sur la succession, et avec la narration et le style qui reste les mêmes, ça fait un effet un chouia bâtard, de forts évènements qui se succèdent sans lien entre eux (alors que, avant, le lien était optionnel, puisque les événements forts étaient séparés en cycle déterminé).

Pour la fête: Ca a été un enfer à écrire. Ca m'a bloqué une semaine et j'ai du m'enfermer sans internet en me disant que je ne dormirai pas avant de l'avoir fini ( ce que j'ai finalement fait à trois heures du mat). Et précisément pour ce que tu dis, parce que c'était le passage le plus long, et une fête, normalement, ça dure pas des heures. J'ai essayé de m'en tirer en le mettant en mode souvenir et en racontant des myriades d'événements qui sont effectivement complétement détachés, comme si on avait que les bribes d'une histoire très très longue. Sauf que tu peux pas faire ça à l'imparfait, comme 90 % du texte.

Pour la scène dans la chambre, bah, voir spoil, justement, l'erreur que j'ai faite est bien antérieure et repose au début du texte. Ce moment-là était censé être précisément le moment où le lecteur, guidé par les petits appels du pieds oniriques, accepte tout, et c'est l'effet inverse qui s'est produit.

Pour la dernière ligne de dialogue, je veux la garder, parce que c'est le moment le plus fort, justement, "l'image originale" qui m'avait guidé dans l'écriture. Je voulais au départ qu'elle le hurle, parce que ça fait une rupture considérable: Au milieu d'une scène qui s'étire à l'infini, il y a une ligne de dialogue qui "s'extirpe" du flux du temps et qui l'arrête nette, et qui est "laisse-moi partir", que je trouve assez beau. Mais la péroraison était trop calme, ça aurait été trop brutal et trop inconsistant. Pareil, je vais réfléchir.

Et je suis très content que tu salues la scène de fin, parce que c'était exactement l'objectif :-)

Ostra :d)

Alors pour être franc, quand j'ai vu ton pseudo, j'ai eu très peur, mais en fait ça va. :hap:

"Du haut de son trône forgé en électrum et orné de sculptures chryséléphantines qui serpentaient en fractales, Ostramus contemplait, las, son oeuvre, et celles des mortels.
Son oeil sévère — mais juste — glissa sur l’horizon de la réalité. Soudain, un nom apparut. Soudain, un souvenir confus devint substance. Lentement, le désir se lova parmi les ambitions célestes de l’être céleste."

Tu nous ponds quand un texte ? Parce que t'as du écrire ça en trente secondes bourré et c'est vraiment pas mal (sauf "le désir se lova" et la répétition de céleste, quoiqu'elle est peut-être voulue).

Et wow, Ostra me complimente sur le style :rouge: Je te trouve gentil sur le voc, parce qu'il doit y a encore 70 verbes être, 17 "ciel", 16 "vent" (!!!) et 14 "branche", qui sont facilement remplaçable. Pour les connecteurs logiques, j'essaye de faire sans, ça me force à travailler un peu la cohérence d'ensemble.

Et ouais, il se passe rien. Mais bon, tu savais, ne nie pas :noel: N'oublie pas que "le monde des étoiles", c'est aussi un autiste qui regarde la fenêtre pendant trois pages.

En revanche, je tiens pour dit le fait qu'on puisse lire le texte en diagonale sans en perdre le sens (quoique, personne a compris de toute façon :-( ). Je suis du genre à trimballer une phrase que j'aime bien d'une page à l'autre en cherchant ou elle pourrait rentrer, donc dans un texte descriptif comme celui-ci, ça doit vraiment se voir.

Voila, trois pages plus tard, merci à vous trois d'avoir lu et commenté. :-)

pyro29
pyro29
MP
17 août 2016 à 19:54:27

Bon je commente sans lire les coms vu que tu me l'as demandé.
Je suis pas très bon dans cet exercice (vivement le guide :hap:) mais je vais tenter de donner mon avis,
déjà le style est magnifique, y a énormément d'image et de figure de style qui donne une ambiance très spéciale à ton texte, et j'insiste sur ce point : ton texte réussit à donner une ambiance, et ça c'est cool.
Sur le fond j'ai un peu plus de mal, on se doute que ton texte parle du temps et de la peur de grandir (du moins je l'ai compris comme ça) mais voilà tout le long j'ai eu l'impression que tout ton texte était une métaphore / rêve et que la chute allait tout nous dévoiler et illuminer en mode ampoule qui s'allume. Et arrivé à la fin j'ai envie de dire... meh ? En fait je sais pas si ça vient de moi (c'est possible) mais je n'ai pas compris ce texte, enfin j'ai pigé pour l'être de ronces qui est l'arbre et le rapport avec Sonia mais en fait vu que tu m'avais vendu le texte pour du fantastique bah j'étais parti dessus, et au final je suis plutôt confus, je suppose que tout doit être expliqué dans les coms mais vu que je les ai pas encore lu je suis un peu paumé. Je pense avoir compris le message général (enfin j'espère) mais au final j'ai l'impression qu'on suit juste une ado qui à peur de partir et qu'on suit juste sa vie, le tout imagée de manière très poétique.

Au final j'ai un peu l'impression que soit ce texte est flou, soit je suis stupide et j'ai pas compris [[sticker:p/1kks]]

voila voila ^^ j'espère avoir été compréhensible, au plaisir de te lire une autre fois :)

EDIT : du coup je viens de lire ton explication, est c'est tout de suite plus claire, mais comme tu l'ai fait remarqué les échelles de temps utilisés sont souvent prises en tant qu'hyperboles du coup j'avais pas pigé quand tu disais des siècles que ctai réellement des siècles pour sonia

Message édité le 17 août 2016 à 19:58:44 par pyro29
LePerenolonch
LePerenolonch
MP
18 août 2016 à 13:06:33

Tkt Pyro j'avais pas saisi non plus :hap:

Mais bon neg après tout ce temps je me rappelle encore de certains détails de ton texte donc il marque les esprits !

Nearby
Nearby
MP
30 octobre 2016 à 14:41:35

J'ai bien aimé la forme que prend la conclusion du texte, parce qu'il est extrêmement monotone sur plusieurs pages, et que d'un coup on a un dialogue avec le père et on se rend compte, d'un coup, que c'est l'un des (si ce n'est le? en tout cas il mériterait de n'être que le) premier dialogue du texte. On sort du personnage principal, de sa léthargie et de la léthargie de la lecture pour la première fois, on respire enfin, et on est libéré en même temps que Sonia. Et la langueur a beau être par moments un défaut du texte pour moi, elle a le mérite d'avoir un vrai intérêt, une vraie identité ici. Pour moi la hantise liée au passage du temps est très réussie, claire, même si le trait est forcé par la longueur du texte. Je pense qu'au bout d'un moment on a compris l'enjeu, on a compris les états d'âme du personnage, on a compris l'intérêt de répéter plusieurs fois la même situation malgré le temps qui passe, et tomber de nouveau sur la même situation ou le même retour à quelque chose de déjà dit commence à lasser. (Retour permanent aux fêtes, à l'écriture, à l'école etc)

Je pense qu'il y a des choses peu claires, surtout au début, vis-à-vis de l'identité des personnages. Quand tu introduis l'être de ronces (l'arbre? personnifié dans l'imagination des filles, une sorte de héros qui viendrait les sauver du temps qui passe?) et l'autre personnage (l'être de boue? ce serait un homme donc? Benjamin?), beaucoup de questions se posent et on met un certain temps à remettre les choses en place.

Une autre chose qui dérange, la façon de gérer le temps. Tout porte à croire que le temps s'écoule normalement mais que tu es amené à parler de millénaire, d'infini et d'échelles absolues pour rentrer dans le ressenti des personnages adolescents, rentrer dans leur lutte contre l'éphémère, mais il y a une certaine insistance qui fait que parfois on se demande "est-ce qu'il se passe littéralement des siècles?" seulement pour apprendre au paragraphe suivant que non, selon toute vraisemblance c'était bien simplement une soirée. Le fait d'étirer le temps comme ça c'est pas gênant, mais d'insister à exagérer les durées au fil du texte, ça finit par donner un effet étrange, à la limite de l'incompréhension. Est-ce que le temps lui paraît si long en rapport avec le pouvoir imaginé de l'être de ronces? Est-ce qu'elle demande à être libérée à la fin en rapport avec ce pouvoir? Au final, est-ce que tout se passe dans sa tête, ou est-ce que cet arrêt du temps a bel et bien existé?

Du coup je lis ton spoil et... je comprends toujours pas :hap: fantastique? Il s'est donc littéralement passé des milliers d'années? Pourquoi est-ce qu'on a le lycée du début à la fin dans ce cas? C'est seulement pour elle ou pour tous les autres? Si ce n'est que pour elle, ça fait aucune différence, dans le fond, avec l'interprétation selon laquelle c'est de l'hyperbole? Ou alors je passe à côté de quelque chose de majeur dans le texte :hap:

Enfin je vois qu'on partage un goût du vague, du subtil et du mystérieux, de la petite référence cachée, et une tendance à perdre le lecteur plus que nécessaire qui font que j'ai sûrement pas mal de choses à apprendre de la direction dans laquelle ton écriture va se diriger :oui:

Negatum-
Negatum-
MP
30 octobre 2016 à 18:51:59

Merci beaucoup pour le commentaire, c'est toujours cool d'avoir un de ses topics remontés. :-)

J'ai bien aimé la forme que prend la conclusion du texte, parce qu'il est extrêmement monotone sur plusieurs pages, et que d'un coup on a un dialogue avec le père et on se rend compte, d'un coup, que c'est l'un des (si ce n'est le? en tout cas il mériterait de n'être que le) premier dialogue du texte. On sort du personnage principal, de sa léthargie et de la léthargie de la lecture pour la première fois, on respire enfin, et on est libéré en même temps que Sonia. Et la langueur a beau être par moments un défaut du texte pour moi, elle a le mérite d'avoir un vrai intérêt, une vraie identité ici. Pour moi la hantise liée au passage du temps est très réussie, claire, même si le trait est forcé par la longueur du texte. Je pense qu'au bout d'un moment on a compris l'enjeu, on a compris les états d'âme du personnage, on a compris l'intérêt de répéter plusieurs fois la même situation malgré le temps qui passe, et tomber de nouveau sur la même situation ou le même retour à quelque chose de déjà dit commence à lasser. (Retour permanent aux fêtes, à l'écriture, à l'école etc)

Très bonne remarque pour la fin, parce qu'il n'est effectivement que le seul dialogue du texte, et que c'était volontaire ^^ C'est aussi l'un des seuls moments où le passé simple est massivement utilisé , et... le seul où il y a une vraie scène, en fait.

Le texte était fait pour être monotone et léthargique, mais j'ai essayé de le rendre pas trop ennuyeux, ce qui est toujours problématique. Je n'ai pas eu de "je ne suis pas arrivé au bout" donc j'imagine que là dessus ça allait, surtout si le seul truc qui donnait du punch pour moi est incompréhensible pour les autres. :noel: Je voulais que vers la fin, les gens se sentent un peu épuisé par le fait que le temps continue de s'écouler et que rien ne semble changer. Sonia est justement dans cet entre-deux permanent: au début, elle veut rester dans son monde toute sa vie, mais à la toute fin elle n'en peut juste plus. C'est pour ça que, surtout sur ce texte, j'avais micromanagé le style, parce que je voulais que ce soit si joli à lire que les gens ne disent pas au milieu"fuck it, j'abandonne" Les rares informations sur l'histoire du texte sont d'ailleurs répétées sur plusieurs paragraphe, ou alors bien souligné sur des lignes indépendantes, pour que les gens perdent pas trop le fil.

Je pense qu'il y a des choses peu claires, surtout au début, vis-à-vis de l'identité des personnages. Quand tu introduis l'être de ronces (l'arbre? personnifié dans l'imagination des filles, une sorte de héros qui viendrait les sauver du temps qui passe?) et l'autre personnage (l'être de boue? ce serait un homme donc? Benjamin?), beaucoup de questions se posent et on met un certain temps à remettre les choses en place.

T'as globalement bon. En fait, l'être de ronce et l'être de boue sont des personnages très Twilight qu'elle remet un peu à sa sauce. C'est ouvert à interprétation, bien sur, mais dans ma tête l'être de ronce représentait clairement l'arbre, le ralentissement du temps, comme une figure protectrice et maternelle qui la protège du temps qui passe. L'être de boue est moins utilisé, mais c'est plus un amour réaliste, quelque chose de plus terre à terre. Benjamin et Marc sont un peu, même si ça se cale pas parfaitement, les équivalents "IRL", Benjamin étant une figure complétement fantasmée et vaporeuse, et Marc, un personnage plus de chair et d'os avec qui elle doit grandir.

Du coup je lis ton spoil et... je comprends toujours pas :hap: fantastique? Il s'est donc littéralement passé des milliers d'années? Pourquoi est-ce qu'on a le lycée du début à la fin dans ce cas? C'est seulement pour elle ou pour tous les autres? Si ce n'est que pour elle, ça fait aucune différence, dans le fond, avec l'interprétation selon laquelle c'est de l'hyperbole? Ou alors je passe à côté de quelque chose de majeur dans le texte :hap:

Disons que c'est de l'onirique. :hap:
Ce que fait l'arbre, c'est (en gros) qu'il ralentit la décomposition du temps: la seconde dure plus longtemps, il y a plus de secondes dans une minute, plus de minutes dans une heure, etc... L'univers entier rentre dans une boucle infernale ou tout se répète. C'est un peu comme un Jour Sans Fin en fait, sauf que le temps ne s'arrête pas, il ralentit. Personne ne s'en rend vraiment compte, parce que tout (les oiseaux, les hommes, Sophie elle-même) sont sous l'influence du sortilège. Ca grandit de façon exponentielle: d'abord c'est un peu plus long, puis on commence à parler de semaines, de mois, d'années, de siècles (on touche le millénaire à la fête, si je me souviens bien), puis millénaires, millions d'années, et à la toute fin on entre dans le "combinatoire", où, si on prend littéralement ce qui est écrit:

Elle dit tout ce qu'il lui arriva plus tard, et aussi tout ce qui ne lui arriva jamais.

Ce qui veut dire tout le potentiel de ses vies futures, ce qui est très, très, très long à raconter. Genre, puissance de dix long.
Vu que le texte est censé jouer sur la ligne réaliste/fantastique jusqu'à la fin, d'une certaine façon, osef, on peut très bien dire aussi que c'est le ressenti de Sophie et son monde fantasmée qui grandit jusqu'à ce qu'il éclate, que l'arbre est juste une métaphore de son imaginaire, etc. Mais bon, c'était pas comme ça que je l'avais écrit, donc pour moi c'est là où j'ai vraiment foiré. :noel:

Merci beaucoup ! Ce qui me permet de dire que j'ai un texte en préparation et qu'il devrait pas trop tarder. J'espère qu'il sera plus clair. :noel:

LePerenolonch
LePerenolonch
MP
30 octobre 2016 à 19:01:17

C'est quand même plus clair avec tes dernières explications !

En tout cas je confirme, on est épuisé à la fin :hap:

Après ça remonte à longtemps quand même, du coup pour des commentaires pertinents, il faudrait que je relise tout https://image.noelshack.com/fichiers/2016/39/1475401891-valls2.gif

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