Ça me rappelle les sombres années de Porquerolles ça. Je vous parle d’un temps que les taons de vingt ans ne peuvent pas connaître. Porqu’rolles en ce temps là, n’était point envahi, de ces touristeries.
Du coup comme il y avait bien moins de monde, il y avait bien moins de règles et les chiens se baladaient naturellement sur la place du village sans la laisse de leurs maîtres. La belle affaire, une année déjà le drame s’était produit, un clébard avait mordu et pour ainsi dire arraché la joue d’un gamin qui s’était vu évacué de l’île en hélicoptère. Le père du gosse était à deux doigts de buter les propriétaires du chien, ça déconne zéro chez les Corses comme chacun le sait. Mais il s’était ravivé et le chien coupable fut piqué, ce qui mis en émoi tous les habitants de l’île. La moitié pour, l’autre contre, argumentant dans l’irrésistible brouhaha des verres de pastis valdinguants au gré des émotions.
Puis l’année suivante, non content de leur défaite sur le genre humain, les chiens déclenchèrent une guerre des gangs. Entre eux cette fois. Ça s’aboyait dessus toute la journée, sans fin, ça faisait peur à l’enfant que j’étais. Et paf, une nouvelle victime : Cassie. Un petit caniche. En même temps tu mérites un peu quand t’es un caniche, faut pas se voiler la face. Elle fut mordue par un colosse qui faisait dix fois sa taille, je revois encore son corps quasiment découpé comme un poulet du marché le dimanche matin, vivante mais douloureusement scalpée sur l’entièreté du dos. Ignoble spectacle ensanglanté qui aurait eu toute sa place sur Rotten.
Rebelote, les maîtres respectifs se sont menacés les uns les autres, je crois même qu’ils sont allés devant les tribunaux, j’admets ne plus me souvenir. L’année suivante sonna le glas. Chiens tenus en laisse, obligatoirement.
Ce qui me fume avant que la vie ne le fasse, c’est qu’un gamin défiguré bouarf, c’est un accident tékaté maggle. Relax. Mais un chien qui en défonce un autre alors là non, vraiment, non. Là faut prendre des mesures.
La beauté du genre humain.