Pourquoi pense-t-on que les pyramides ont été construites par des égyptiens lambda, qui ne faisaient pas carrière dans la construction ?
En effet, on a tellement l'habitude de le considérer et que les preuves en faveur d'un tel système sont rarement nommées. Et ces preuves, bien que significatives, sont tenues, donc on peut très facilement les éviter.
Tout d'abord, j'appelle le système par lequel une masse d'ouvrier lambda est mobilisée une levée de corvée, comme ce qui se pratiquait encore dans la Royaume de France au XVIIIe siècle. C'est la corvée qui donnera au Royaume de France ces belles routes qui étonneront les voyageurs européens.
Un tel système, bien que très nébuleux, nous a laissé des traces, notamment par des décrets d'exemptions. Par exemple, un de Pepy II a été trouvé à Coptos, il exemptait les prêtres d'un temple des "travaux du Roi" et interdisait formellement aux fonctionnaires de les mobiliser. Or, le décret donne une liste de titres de fonctionnaire qui subissent l'interdiction. Ainsi en est-il pour le "directeur des phylet de Haute-Égypte", sachant que phylet signifie "équipe d'ouvriers". On observera que plusieurs vizirs et princes, comme Hemiounou, Ankhaf et Nefermâat, portent le titre de "directeur des travaux du Roi". Or, ces trois-là sont enterrés proches de la pyramide de leur souverain et, très probable père ou frère. Cependant, il ne faut pas pour autant en conclure que les "travaux du Roi" ne concerne que le travail sur la pyramide royale et de tout ce qu'il y a autour, car il existe des attestations de "travaux du Roi", notamment en province, pour un canal.
Par l'existence du décret de Pepy II qui certifie que des égyptiens pouvaient être mobiliser, notamment par un "directeur des phylet de Haute-Égypte", et que ce titre existe depuis, au moins, la IVe dynastue, on conclut à l'existence d'un système durable de levée de corvée pour différents travaux du Roi.