Je découvre actuellement l'auteur en compagnie de son journal, dans lequel il étale son quotidien allant de 1892 à 1917.
Je trouve ça d'un niveau stylistique rarement atteint ; et je m'intéresse à savoir si certains ont en tête d'autres artistes à la plume si prestigieuse ?
Attention, là n'est pas lieu de répandre son auteur préféré, et je crois nécessaire d'avoir suffisamment de recul en littérature pour apporter une réponse pertinente.
Pour aide, je dirais que Gide et Chateaubriand sont les rares ayant pu également m'émerveiller à leur lecture.
Félix Fénéon, Jean-René Huguenin, Louis Calaferte...
Gracq
Tu ne trouveras rien de semblable à Bloy mais parmi les plus belles proses de la littérature française il y a pour moi et comme tu le dis, Chateaubriand et Gide, mais aussi Huysmans, Aurevilly, Simon, Proust, Bernanos, Mirbeau, Gracq, Flaubert, Balzac, Cendrars...
Lautreamont.
Autant je reconnais ses qualités d'écriture, autant j'ai détesté le Désespéré (disons plutôt que j'ai détesté le narrateur)... Il est aussi virulent dans son journal ?
Je rejoins mon VDD concernant Lautréamont
Ca dépend des jours.
Bernanos (aussi corrosif et mêmes idées), Céline (Céline est un disciple de Bloy, c'est peu dit mais c'est le cas), Lautréamont mais ça a déjà été dit.
Le 31 juillet 2020 à 21:50:33 teji a écrit :
Autant je reconnais ses qualités d'écriture, autant j'ai détesté le Désespéré (disons plutôt que j'ai détesté le narrateur)... Il est aussi virulent dans son journal ?Je rejoins mon VDD concernant Lautréamont
La femme pauvre > Le désespéré je trouve. Après, si tu n'es pas catho et si tu n'es pas du genre polémiste, c'est dur d'accrocher à ce qu'écrit Bloy et à sa mentalité.
Le 01 août 2020 à 09:42:04 SueurBayley a écrit :
Le 31 juillet 2020 à 21:50:33 teji a écrit :
Autant je reconnais ses qualités d'écriture, autant j'ai détesté le Désespéré (disons plutôt que j'ai détesté le narrateur)... Il est aussi virulent dans son journal ?Je rejoins mon VDD concernant Lautréamont
La femme pauvre > Le désespéré je trouve. Après, si tu n'es pas catho et si tu n'es pas du genre polémiste, c'est dur d'accrocher à ce qu'écrit Bloy et à sa mentalité.
Je suis pas catho et j'aime beaucoup ses pamphlets. Après je suis pas athée non plus donc bon, ça doit peut-être jouer.
Le 01 août 2020 à 09:46:14 CharlesMarlow a écrit :
Le 01 août 2020 à 09:42:04 SueurBayley a écrit :
Le 31 juillet 2020 à 21:50:33 teji a écrit :
Autant je reconnais ses qualités d'écriture, autant j'ai détesté le Désespéré (disons plutôt que j'ai détesté le narrateur)... Il est aussi virulent dans son journal ?Je rejoins mon VDD concernant Lautréamont
La femme pauvre > Le désespéré je trouve. Après, si tu n'es pas catho et si tu n'es pas du genre polémiste, c'est dur d'accrocher à ce qu'écrit Bloy et à sa mentalité.
Je suis pas catho et j'aime beaucoup ses pamphlets. Après je suis pas athée non plus donc bon, ça doit peut-être jouer.
Tu es peut-être un idéologue ou un ancien idéologue ? Perso je suis passé du gauchisme au christianisme donc le côté révolutionnaire + catho me convenait parfaitement et je n'ai jamais senti autant de proximité avec un auteur qu'avec Bloy. Enfin si, avec Pascal
C'est une église qui n'existe peut-être pas
Le 01 août 2020 à 09:59:43 CharlesMarlow a écrit :
Le 01 août 2020 à 09:52:17 SueurBayley a écrit :
Le 01 août 2020 à 09:46:14 CharlesMarlow a écrit :
Le 01 août 2020 à 09:42:04 SueurBayley a écrit :
Le 31 juillet 2020 à 21:50:33 teji a écrit :
Autant je reconnais ses qualités d'écriture, autant j'ai détesté le Désespéré (disons plutôt que j'ai détesté le narrateur)... Il est aussi virulent dans son journal ?Je rejoins mon VDD concernant Lautréamont
La femme pauvre > Le désespéré je trouve. Après, si tu n'es pas catho et si tu n'es pas du genre polémiste, c'est dur d'accrocher à ce qu'écrit Bloy et à sa mentalité.
Je suis pas catho et j'aime beaucoup ses pamphlets. Après je suis pas athée non plus donc bon, ça doit peut-être jouer.
Tu es peut-être un idéologue ou un ancien idéologue ? Perso je suis passé du gauchisme au christianisme donc le côté révolutionnaire + catho me convenait parfaitement et je n'ai jamais senti autant de proximité avec un auteur qu'avec Bloy. Enfin si, avec Pascal
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Non. Jamais été révolutionnaire, ni très démocrate. Mais je vais dans une église agnostique tous les dimanches.
Le 01 août 2020 à 10:00:41 CharlesMarlow a écrit :
C'est une église qui n'existe peut-être pas
La démocratie
https://youtu.be/F2nEFV_pYvw
Sinon, je comprends, j'ai aussi été agnostique. Pour moi, c'est la position la plus raisonnable mais je pense que la Raison est bien faillible et trompeuse et que la Foi la complète. ![]()
Je respecte la foi tant qu'elle ne s'occupe pas de se prétendre au-dessus d'autres croyances pas forcément moins absurdes. Je crois au syncrétisme. La lecture de certains romans africains (Salih, Glissant et Kane notamment) m'ont pas mal mû dans la possibilité de croyance en dehors de ce que proposent les Églises traditionnelles. Même si je serais plutôt du genre catho de par mes origines. La mort et les infinis me fascinent constamment. J'aime Bloy à faible dose comme les écrits religieux de Chesterton.
Je vais me faire engueuler par les Protestants et les Cathos mais j'ai pas eu d'éducation religieuse du tout à la base. J'ai fait tout ça sur le tard. Et c'est pas du tout un truc que j'ai suivi à la lettre à quelconque moment de ma vie donc bon.
Je m'en carre perso, je me suis converti à 18 ans. Le catéchisme c'est un élevage à athées.
Le 01 août 2020 à 10:36:02 Aurevilly a écrit :
Je m'en carre perso, je me suis converti à 18 ans. Le catéchisme c'est un élevage à athées.
Dans mon entourage un bon tiers de ceux qui ont fait leur catéchisme dans les 90s sont des athées ultras ("Rien, bouffés par les vers")
J'ai lu la Bible quand j'étais à la Fac perso, pour l'Histoire médiévale en grande partie. Là faudra que je me penche sur le Talmud et la Kabbale, par curiosité. J'aime assez le folklore Juif.
Et sur la cartomancie, Dieu sait pourquoi. J'aime bien les sciences bidons et les mecs du genre de Pic de la Mirandole. La Renaissance pour ça, ça fourmille.
Je pense pas que l'aspect religieux me pose vraiment problème, même si ça rend parfois la lecture du Désespéré complexe (beaucoup de références catholiques que je n'ai pas) voire barbante. C'est plutôt l'écriture pamphlétaire qui est agaçante: à petite dose, les piques sont savoureuses. Sur l'ensemble du roman et réalisé de manière systématique, le personnage devient imbuvable.
Ce qui me plaisait dans A Rebours, c'était que les attaques esthétiques étaient faites par un type coupé du monde, un personnage excessif mais qui pousse sa logique jusqu'au bout même si le seul remède à sa maladie est de retourner vivre dans le monde, à la fin . Les attaques sont de fait comiques, on peut y adhérer mais en même pas trop les prendre au sérieux (y a la critique et son autodérision).
Si j'ai bien compris, y a une part autobiographique importante dans le Désespéré, et Bloy attaque directement ses collègues, camouflés à travers divers alias (Paul Bourget par exemple). ça suffit à agacer mon naturel bienveillant.
Et non content de cracher à la figure de tout le monde sur 300 pages, il vit avec eux et à aucun moment n'essaie vraiment de s'exiler (=/= des Esseintes). Y a même une dépendance assez forte (financière, morale, esthétique (puisque son écriture repose sur les autres qu'il faut vilipender)). Sûrement, l'histoire se veut plus crédible que celle de Huysmans, et certaines pointes sont amusantes. Je ne peux pas dire que son écriture n'est pas impressionnante. Mais le tout m'a plutôt donné l'impression d'un hypocrite orgueilleux qui veut faire son fonds de commerce sur ce qu'il déteste. Bref, c'est une Célimène qui se rêverait Alceste.
Je peux espérer y voir une forme d'auto-dérision aussi, mais dans l'ensemble c'était épuisant.
il vit avec eux et à aucun moment n'essaie vraiment de s'exiler
Si tu coupes arbitrairement tout le passage capital de la Chartreuse forcément à la fin le livre veut dire un peu ce que tu veux...
Sinon on peut reprocher beaucoup de choses à Bloy mais certainement pas l'hypocrisie. Il a vécu comme il a écrit, je connais très peu d'écrivains de l'époque de son ampleur qui ont perdu deux enfants à cause de la misère, et la publication du Désespéré lui a valu un écartement global du milieu bourgeois des lettres qui ne s'est absolument jamais démenti ensuite dans tout le reste de sa vie, même s'il a pu collaborer au Gil Blas un temps - qui l'a ramassé pour capitaliser sur sa réputation sulfureuse précisément.
Faire du milieu des lettres avili son fond de commerce ? La moitié de son oeuvre est constituée de livres d'histoire symbolique que personne prend la peine de lire avant de se mettre à le juger, et je parle pas du Journal et des essais de théologie un peu plus renommés. Le problème en fait c'est que le Désespéré est à peine un point de départ dans la carrière de Bloy, mais comme c'est celui qui a un peu de notoriété, qu'il est dispo en poche, et que les gens ont la flemme de se sortir les doigts, ils ne lisent que celui-là et se sentent ensuite légitimes pour parler d'un écrivain dont l'orientation a énormément changé à la suite de ce livre.
On dit tout le temps, pour simplifier, que Bloy est un pamphlétaire, mais en réalité c'est une étiquette aussi fausse que nuisible, contre laquelle il s'est beaucoup insurgé durant sa vie d'ailleurs. Alors oui, quelque part, il l'a cherché, et il a de temps en temps replongé dans une forme plus offensive à l'occasion (Le Pal, que personne ne lit, certaines des Histoires Désobligeantes), mais en faire un espèce de bouffon de la République des lettres qui a vécu confortablement en son sein tout en lui faisant des grimaces c'est du révisionnisme pur.
La dépendance morale va falloir m'expliquer où tu la vois, parce qu'il n'y a aucun plan sur lequel il s'est maintenu le plus rigoureusement et le plus extrêmement en rupture avec son temps, même les champions du catholicisme de la bonne société et le clergé de son époque ne pouvaient pas le blairer. Faire du rythme ternaire c'est sympa mais les mots ont un sens un moment. La dépendance esthétique, outre le fait que c'est déjà faux parce que tu occultes 90% de son oeuvre, c'est un sophisme ici. Tu n'attribues pas la paternité d'une ré-action au phénomène contre lequel elle s'oppose, c'est un abus de conséquentialisme digne du "c'est la faute de la victime d'être sortie de chez elle".
La seule dépendance qu'il faut concéder c'est l'économique, mais non seulement il ne s'en cache pas, mais il la revendique et la théorise, et tu ne peux pas en parler correctement sans avoir idée de comment et de pourquoi il a élaboré cet ethos du "mendiant ingrat". J'ai pas envie de repartir sur un résumé abusif du début de son Journal et du Sang du pauvre, mais très sommairement il a une manière vitaliste, fluide, de considérer l'argent - que symboliquement dans l'Histoire il lie avec le sacrifice du Seigneur -, et il considère un peu comme un cynique christianisé que c'est la pénitence des mauvais que de payer sa morgue à lui. Et d'ailleurs, s'il était aussi pauvre (il différencie pauvre et miséreux, le premier état est un devoir choisi), c'est parce qu'il considérait que l'argent n'était pas diabolique en soi, seulement sa concentration sans dissipation, et dès qu'il avait trois ronds devant lui il n'hésitait pas non plus à les faire circuler à plus en dèche que lui, des mecs il en a tracté des tas dans sa vie du style le peintre De Groux.
Bref, Le Désespéré, ça joue contre Bloy globalement. Je conseille à chacun de ne jamais trop tenter de borner la figure de l'écrivain à ce livre. Sa carrière littéraire a une économie très particulière, il a écrit tardivement et il a eu des ruptures brutales au sein de son exercice des lettres.