Pinot est parmi nous 😱
Thibaut Pinot : « Peut-être la victoire la plus importante de ma carrière »
Mille sept jours après le Tourmalet, Thibaut Pinot a à nouveau levé les bras et mis derrière lui trois ans de frustrations.
Alexandre Roos
22 avril 2022 à 21h51
Jeudi, sa deuxième place lui avait arraché des larmes à l'arrivée, mais de son propre aveu, elle a également constitué un déclic et l'a poussé à repartir de l'avant, vendredi, lors de la dernière étape du Tour des Alpes. Sous la pluie et dans le froid, Thibaut Pinot a fait un bon bonhomme de chemin en tête de course avec David De La Cruz, qu'il a finalement battu dans un sprint en bosse. Le Franc-Comtois n'avait plus gagné depuis le Tourmalet, sur le Tour de France 2019. Le voilà, à 31 ans, de retour sur le droit chemin.
« Ç'a été du classique Thibaut Pinot, la déception jeudi et un grand bonheur le lendemain...
(il rit) C'est sûr que ma deuxième place m'a fait comprendre que je peux gagner des courses maintenant. Jeudi, ça a été un déclic. Même si j'avais d'abord beaucoup de déception, j'ai cogité toute la soirée, mais heureusement qu'on avait une 5e étape, que j'ai pu recourir tout de suite. J'avais beaucoup d'envie, je ne me suis posé aucune question, si j'avais bien récupéré, si j'avais mal aux jambes, c'était juste « full gas ». Je voulais tout donner et puis c'est tout.
Dans quel état étiez-vous ?
J'étais transcendé. Je n'étais pas rassuré qu'il pleuve, j'avais l'appréhension de ma chute au Circuit de la Sarthe, ça laisse des traces, mais j'essayais de faire abstraction. Beaucoup avaient froid, mais moi pas du tout. J'étais dans ma bulle, dans mon élément.
Pourquoi aviez-vous craqué après l'arrivée jeudi ?
Parce que je me disais que c'était proche et loin à la fois. Qu'il y a toujours quelqu'un pour me battre ou une circonstance de course pour m'empêcher de gagner. ça faisait tellement longtemps que je n'étais pas passé si près d'une victoire, j'avais la rage.
Comment expliquez-vous ce ressort, de pouvoir vous nourrir de vos échecs, de rebondir rapidement ?
Tout simplement parce que j'ai du mental.
Quoi ?
(il se marre) Certains ''''''"cyclix'' ''''''ont souvent dit que je n'en avais pas, mais dans le milieu, tout le monde sait que j'en ai un peu plus que la moyenne.
Vendredi, vous avez aussi connu quelques pépins mécaniques, De La Cruz vous a lâché à un moment, vous avez raccroché, vous l'avez largué, puis il est revenu à son tour... Vous n'avez pas douté ?
Ce n'était pas facile, c'est sûr, j'ai fait toute la course avec une roue voilée parce que j'avais cassé un rayon au bout d'une heure. J'ai réussi à prendre l'échappée, mais ça ne partait pas très bien, il n'y avait aucun temps mort, je n'avais pas le temps de changer de vélo. J'ai déraillé aussi au pied de la dernière bosse, c'était un peu la panique, fallait souffler un grand coup et heureusement il n'y a pas eu de dommages. Dans le final, on était tous les deux cramés complet mais tu as toujours la peur d'encore faire deuxième.
Vous pensez à quoi quand vous passez la ligne ?
Au soulagement de tout ça. On me parlait beaucoup de ma dernière victoire qui remontait à très loin. On ne m'en parlera plus maintenant, ça va me faire du bien, m'enlever un poids.
Vous voyiez sur les réseaux sociaux les listes du nombre de jours depuis les dernières victoires?
Oui, de plus en plus, quand tu vois ça, ça fait mal, surtout pour un coureur comme moi qui aime gagner. Quand tu passes la barre des 1000, ça pique.
Après vos deux chutes sur le Circuit de la Sarthe, vous étiez mal ?
Au début, ça allait, parce que déjà je pense que je m'en sors bien vu les deux gamelles que j'ai prises. Mais ça a laissé plus de traces que ce que je pensais, la semaine après, je n'étais pas bien. C'est pour ça qu'à Besançon (14e), j'étais hors sujet et sur les deux premières des Alpes aussi. J'ai retrouvé mon niveau de Tirreno sur les trois derniers jours.
Vous aviez peur de repartir sur une mauvaise spirale ?
Oui, sur quelque chose de négatif. J'étais confiant après Tirreno, j'arrivais sur des courses qui me tenaient à coeur, où j'avais envie briller, donc quand j'ai perdu dix minutes le 2e jour (mardi), je ne comprenais pas ce qui se passait et j'ai tout remis en cause.
Quand vous repensez aux trois dernières années, vous pensez à quoi ?
Je pense surtout à mon frère que j'ai bien dû faire chier pendant cette période. C'est la personne la plus proche de moi, donc forcément quand ça n'allait pas, c'est le premier à qui je me confiais. Ce n'était pas simple pour moi, mais pour lui non plus.
Y a-t-il un jour où vous avez vraiment touché le fond pendant cette période ?
A la mi-juin 2021, ça n'avançait plus, j'avais toujours mal au dos, j'étais à deux doigts de tout arrêter.
Ce n'est pas votre victoire la plus prestigieuse, une étape sur le Tour des Alpes, mais elle doit représenter beaucoup...
Oui, ça ne changera rien à mon palmarès, mais c'est peut-être la victoire la plus importante de ma carrière.
« J'ai beaucoup entendu dire que j'étais en pré-retraite, moi je n'ai jamais été dans cette optique. Jusqu'au dernier jour de ma carrière, je donnerai tout pour gagner. »
Ah oui ?
Oui, parce qu'il ne me reste pas non plus dix ans de carrière, elle va me donner de la force et de l'énergie pour continuer à travailler, à performer sur les grands Tours. Elle récompense le fait que je n'ai jamais lâché, le soutien de mon frère, de ma famille, du staff de l'équipe, à qui j'ai pu montrer qu'ils ne travaillaient pas dans le vide. Elle représente énormément pour moi, mais aussi pour beaucoup autour de moi, qui savent ce que j'ai traversé. C'est une victoire fondatrice pour la suite. ça prouve que je suis toujours là, il y a tellement de personnes qui pensaient que j'étais fini, c'est la meilleure réponse.
C'est un moteur pour vous ?
Oui, forcément. J'ai beaucoup entendu dire que j'étais en pré-retraite, moi je n'ai jamais été dans cette optique. Jusqu'au dernier jour de ma carrière, je donnerai tout pour gagner. Donc si ça peut faire taire ces rageux, c'est très bien.
Cela va vous mettre dans une bonne dynamique pour la suite de la saison...
Oui, le Romandie arrive tout de suite (mardi), c'est parfait. Surtout, ça me permettra de préparer le Tour de France en étant, pas relâché, mais sans ce poids. Je serai beaucoup plus serein. C'est vrai que plus les jours passaient, plus ça me tendait.
Avec le retour de la victoire, un autre type de pression pourrait remonter...
Du Tour de France ? Être attendu, ça ne me paralyse pas.
Vous allez fêter ça en famille ?
Oui, un petit repas demain (samedi). En plus aujourd'hui (vendredi), c'était l'anniversaire de mon père, c'est le plus beau cadeau qu'on (avec son frère) pouvait lui faire. »