On va faire simple pour les kikoolols qui hurlent aux "incohérences" (le mot attitré qu'ils se relayent tous depuis que certains malappris l'ont utilisé sur Code Geass en 2006-2007 grosso modo - ce mot est devenu le symbole de cette f(r)ange d'otaques, d'ailleurs).
Le premier anime est construit comme un Darker than Black, rien n'est servi tout cuit dans le bec, avec une avalanche d'explications sur tout (absolument tout) - c'est un anime conceptuel, un anime d'émotion, d'atmosphère. Quand tout a un sens dans ces animes, quand il y a de longs moments didactiques qui gudient le spectateur à travers CHAQUE élément de l'histoire, de l'univers et des personnages, ça plombe l'ambiance.
De la même façon que dans un anime de guerre, un soldat a le droit de se sortir d'une situation parce qu'il a eu de la chance.
De la même façon qu'on personnage a le droit de faire une connerie OOC sous le coup de l'impulsion.
Les animes les plus savoureux sont justement ceux qui ne se soucient guère d'être limpides, et qui préfèrent explorer des idées et des thèmes, via symbolisme, réflexions, onirisme, surréalisme. Ces animes ont une identité propre et ne se laissent pas approcher par n'importe qui, la curiosité et l'acceptation du fait que le voyage ne sera pas des plus conventionnels sont récompensés en bout de ligne. Fullmetal Alchemist est l'un de ces animes : ce n'est pas tant un thriller comme la version d'Arakawa qu'une fresque épique ou parfois, il faut simplement suivre le cours de l'histoire et "ressentir".
"This shit don't make no sense."
Il est accessible à quiconque d'accepter que tout ne sera pas expliqué dans les moindres détails. On sait à peine que la vision de la Vérité de Mizushima se rapproche plus d'un concept bouddhique "d'universalité" que celle judéo-chrétienne d'Arakawa. Plusieurs choses prennent ainsi son sens (le bras et la jambe d'Ed qui "voyagent" à travers le Bra'man pour se coller à Wrath) de manière ultra-vague, et ça fait intégralement partie de "l'atmosphère" de l'anime - une atmosphère éthérée, soutenue par une réalisation de qualité par un VRAI réalisateur. L'anime a quelque chose à dire, il l'explore pendant 50 épisodes, son monde est intriguant et engageant, ses personnages sont vrais, des éléments comme le destin, la souffrance humaine, l'avidité et le sacrifice sont explorés à travers tous les personnages - et ça fonctionne.
Le problème avec les histoires dites "limpides" en anime, c'est qu'elles touchent toutes des lieux communs inévitables au médium. L'explication des noms des Homonculus dans le manga, c'était d'une banalité et d'un kikoololisme à vomir, avec les éternels speechs avant de mourir, les discours bien-pensants larmoyants, ça détruit les personnages et ce qu'ils étaient censés incarner.
Quant à l'histoire, c'est kikoo je veux devenir Dieu. C'est traité avec plus de finesse qu'ailleurs dans le manga, mais Brothashit retourne à un stade pire que les Angel Bite et compagnie. L'anime de Mizushima refuse de s'étaler là-dessus, garde une certaine retenue - abordant les concepts de l'univers (la pierre philosophale, l'échange équivalent) à la pure manière des plus grands poètes japonais là où Arakawa verse dans le shonen gras du bide à coups de power ups, upgrades, pwn et compagnie.
Il y en a tellement à dire, et le pavé se fait déjà très long, mais grosso modo, tout a été dit : la version de Mizushima, c'est du caviar que n'importe quel gamin trouvera ça dégueulasse, la version bâtarde d'Irie, c'est du McDo extra mayo.