C'était une goule mâle d'assez grande taille. Elle tenait un fusil de sniper gris, et était vêtue d'une armure de cuir sombre et discrète. Son visage affichait une expression froide et sérieuse. La goule s'arrêta et observa James.
Le jeune homme ne savait pas quoi faire. Pourquoi cette goule avait-elle abattu des membres de son espèce ? Pourquoi ne l'avait-elle pas abattu ?
James et la goule se regardèrent pendant quelques minutes.
Enfin, la goule prit la parole :
-Je m'appelle Bane, peau-lisse. C'est quoi ton nom ?
James fut surpris par l'absence d'agressivité dans la voix de la goule. Il répondit, s'efforçant de paraître confiant et calme :
-Je m'appelle James. Merci de... de les avoir tuées.
Bane l'observa de haut en bas, et répondit :
-Ces goules déshonorent notre espèce. Nous ne sommes pas aussi cruelles. Celles-là ne sont que d'impitoyables mercenaires qui exploitent de pauvres humains... Elles ne méritent pas leur place dans la société des goules. Non. Elles étaient contre les humains même avant la guerre. Je les ai tuées parce que je ne les aime pas, c'est tout.
-Et... pourquoi ne m'avez-vous pas tué ? Demanda prudemment James.
-Pourquoi ? Eh bien, je n'en voyais pas l'intérêt... Ou alors c'est pour une raison que je ne te dirai pas.
James ne répondit pas.
Bane semblait vouloir dire quelque chose. Puis il demanda :
-Tu faisais quoi ici ?
-Je me promenais... ou alors c'est pour une raison que je ne vous dirai pas, dit le jeune homme en imitant la goule.
-Très bien, tu veux jouer à ça, affirma la goule d'un air sérieux. Je vais donc t'expliquer ce que moi je fais ici.
Bane toussota, et déclara :
-Je m'étais engagé dans la guerre contre les humains. Sans me vanter, j'avais des talents pour ce qui était de tirer avec un fusil à lunette. J'étais précis et calme, je savais garder mon sang-froid en toutes circonstances...
J'étais un membre indispensable dans mon armée. Mais un jour, dans une bataille contre des humains, à laquelle je participais, les miennes s'attaquèrent à un pauvre jeune homme sans défense, un jeune humain, seul survivant de la bataille. J'ai alors fait une erreur fatale : tandis qu'une goule s'avançait pour abattre l'humain qui tremblait, paralysé, j'ai tiré sur cette goule.
Bane marqua une pause. Il paraissait honteux. James trouva étrange la façon directe avec laquelle la goule s'adressait à lui. Ils ne se connaissaient même pas, et Bane lui racontait presque sa vie. Mais le jeune homme écouta quand même le récit avec une grande attention.
-Les autres goules ont d'abord tué l'humain, reprit Bane, puis m'ont attrapé violemment pour m'emmener dans un campement. Elles m'ont battu, puis m'ont dit de ne jamais revenir vers elles, sinon elles m'abattraient. J'ai quitté l'armée et me suis installé dans ce village abandonné. Je me nourris avec ce que je trouve et me défends à chaque fois qu'un intrus pénètre sur ce territoire. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai décidé de te sauver des mercenaires. Tu me rappelle tellement le jeune homme à cause duquel j'ai dû partir...
James avait écouté avec émotion les dernières paroles de Bane. Il pensa que c'était alors à lui de donner des explications :
-J'ai été capturé par les mercenaires goules, et ils m'ont emmené à leur campement. Ils voulaient que je les aide à choper des humains pour leurs futurs esclaves. J'ai essayé de m'évader dans ce village, mais elles m'ont poursuivi, et après, vous connaissez la suite.
Bane approuva silencieusement. Il murmura alors :
-Tu n'es pas comme les autres humains, tu sais. Tu n'es pas persuadé que toutes les goules sont mauvaises, et moi je ne suis pas persuadé que tous les humains sont mauvais. Et je trouve ça bien.
James dit alors :
-Vous savez, vous feriez mieux de ne pas vous lier d'amitié avec moi. On aurait des problèmes si on me voyait discuter avec une goule...
Bane éclata de rire :
-J'ai jamais parlé de me lier d'amitié avec toi... Je suis solitaire, d'ailleurs mon surnom est Bane le Solitaire. Je resterai sûrement dans ce foutu village jusqu'à la fin d'mes jours...
Il reprit son sérieux et dit :
-Et maintenant, que vas-tu faire ?
James ne répondit pas tout de suite. Il s'assit sur le sol et mordilla pensivement sa lèvre inférieure. Il se leva et déclara :
-Connaissez-vous la ville de Craterfield ?
Bane fit non de la tête.
James se sentit alors perdu, seul et désemparé. Il expliqua :
-C'est la ville où je vis... enfin, où je vivais. Il y a beaucoup de gens que je connais là-bas... Je pensais que vous connaissiez.... Mais si vous avez jamais entendu parler... C'est qu'on doit être loin de Craterfield.
Bane regarda avec pitié le jeune homme.
-Quelle est la ville la plus proche ? Demanda James.
-Hm... réfléchit Bane. Ce doit être... Je ne sais pas, à vrai dire. Il n'y aucune ville proche d'ici. A moins que tu veuilles revenir au campement des mercenaires goules, mais ça m'étonnerait. C'est un trou paumé ici. Désolé.
James se sentit alors complètement désespéré. Il ne savait pas où se rendre, et la goule non plus. Le jeune homme aurait tellement aimé revoir le shérif et Canine... Il devait trouver une stratégie pour survivre. Réfléchir à chaque action qu’il ferait, prévoir chaque incident qui pourrait arriver selon ces mêmes actions.
Il se demanda alors que devait-il faire maintenant. Deux choix s’offraient à lui : demander à Bane si il pouvait rester avec lui, ou errer dans les Terres Désolées.
Il préférait choisir la première option, sauf que celle-ci comportait plusieurs difficultés : peut-être que Bane n’accepterait pas et si on voyait James en compagnie d’une goule, les humains le considéreraient comme un traître.
Il voulut quand même tenter.
-Euh… Bane ?
La goule lui jeta un coup d’œil interrogateur.
-Je me demandais, continua James, si vous accepteriez de me… comment dire ça ? Si vous accepteriez que je reste ici pendant quelque temps et que vous me montriez comment me nourrir, etc. ?
Bane ne répondit pas. Tous les deux s’étaient assis sur le sol depuis le début de leur discussion.
Puis la goule prit la parole :
-Je… Je ne devrais pas faire ça… Je suis Bane le Solitaire… Mais… Rhô, c’est compliqué… Je… Bon, j’accepte de te loger dans ce village seulement pour quelque temps, comme tu dis. Je te montrerai comment te nourrir et tout ça, mais à condition que tu ne m’emmerdes pas… Oui, Ok, c’est bon, tu peux rester ici quelques jours.
-Merci, Bane, murmura simplement James.
La goule dit alors à James de la suivre. Le jeune homme obéit, et marcha derrière Bane, tandis que ce dernier l’emmenait dans une maison dans un état plutôt correct.
-T’as qu’à te foutre ici, dit Bane en désignant l’intérieur de la maison. T’as un lit, des étagères, et pour tout ce qui est bouffe et armes tu viendras me voir quand tu veux. Je suis toujours dans le bâtiment en ruines. Tu peux te laver aussi, mais pas très longtemps, l’eau est quelque peu… irradiée.
James remercia Bane d’un signe de tête. La goule s’en alla, et le jeune homme fouilla la maison à la recherche du lit, qu’il trouva sans mal.
Epuisé par tous ces événements, il s’allongea sur le dos en poussant un soupir. Il fit une courte sieste d’une demi-heure, puis il se rendit compte qu’il portait encore son armure métallique.
Il l’enleva, et enleva ses habits qu’il portait sous l’armure. Il trouva, par pur hasard, des habits dans la chambre. Il y avait un tee-shirt blanc, qu’il enfila, et un jean, qu’il mit aussi. Il posa son armure sur le côté et se remit sur le lit pour se reposer quelques minutes de plus.
Puis, vu qu’il avait horriblement faim, James décida d’aller voir Bane. Il se rendit au bâtiment en ruines. Malgré tout, une pièce, qui devait être le rez-de-chaussée, n’était pas détruite. Il y avait encore une porte. James y frappa. Peu après, Bane ouvrit en soupirant :
-C’est pourquoi ?
Le jeune homme regarda le rez-de-chaussée avant de répondre. Il était assez spacieux, sombre, avec une lampe qui éclairait faiblement, des fauteuils, une table, un réfrigérateur et des étagères. James aperçut aussi une ouverture dans le mur d’où Bane avait dû abattre les mercenaires.
Enfin, le jeune homme répondit :
-Vous auriez un peu de nourriture pour moi ? Je crève de faim.
Bane partit dans le rez-de-chaussée, et revint avec une boîte de chips et une bouteille de Nuka Cola en disant :
-Tu peux me tutoyer, hein.
James approuva d’un hochement de tête, remercia la goule et revint dans sa maison provisoire pour manger les chips. Il les apprécia, et but une partie de la bouteille de Nuka-Cola.
Enfin, le jeune homme se coucha pour réfléchir à ce qu’il ferait après son séjour dans le village abandonné. Il ne cessait de repenser au campement des mercenaires, où étaient exploités de nombreux esclaves. Il voudrait tellement les libérer… Mais il savait que c’était impossible, les mercenaires goules étant puissants, armés et entraînés, ainsi que nombreux.
Il souhaitait aussi rentrer à Craterfield. Mais Bane ne savait pas où c’était, et il n’y avait aucune ville proche pour aller demander. Peut-être que des prisonniers du campement connaissaient Craterfield ?
Les pensées de James revenaient tout le temps à ce foutu camp de mercenaires. Il savait que des gens pourraient l’aider là-bas. L’aider à trouver Craterfield.
Mais il pensa qu’il devrait abandonner Bane si il retournait à sa ville. Car la goule ne serait pas acceptée dans un village d’humains, et Bane voudrait certainement rester dans son village abandonné.
Sur ces pensées, James finit par s’endormir.
Le lendemain, le jeune homme se réveilla tôt. Il sortit de son lit et ouvrit la porte en ferraille de la maison. Il faisait beau, l'air était frais. James referma le porte et se lava rapidement, s'habilla et sortit de la cabane.