Je jouais avec le feu, et j’en avais parfaitement conscience.
Lorsque je n’étais pas occupé à apprendre aux tribaux à se servir d’armes à feu, je passais mon temps à les étudier. Leurs habitudes, leurs rituels, leurs croyances, brefs, tout ce qui pourrait me permettre de m’évader un jour. Ainsi, j’appris que leur toute-puissante divinité, Sippi, était en fait une référence au fleuve Mississippi, qui s’écoulait dans la région du Wasteland de La Nouvelle-Orléans. Comment ils en étaient venus à adorer un cours d’eau, je ne l’ai jamais vraiment compris. Mon hypothèse principale me ramenait à une légende, qui disait que Sippi avait épargné les plus forts lors du déchaînement de sa colère contre les hommes. Vraisemblablement, les Sippiens avaient miraculeusement survécu à une crue dévastatrice du Mississippi, et ils se considéraient ainsi comme étant des élus.
Par ailleurs, tous les jours, une part importante de la tribu partait chasser dans les marais. La plupart du temps, ils ramenaient du gibier animal, souvent très étrange à mes yeux comme cette vache mutante à deux têtes et à la chair orangée, mais d’autres fois, ils ramenaient un malheureux humain qui servait de repas. Ces soirs-là, j’évitais soigneusement de me nourrir.
Mais en tout temps, Tatoué s’assurait qu’il y ait au moins deux gardes pour me garder à l’œil. Il était prudent, je dus l’admettre, et maintenant que mes «gardes du corps» étaient équipés de fusils d’assaut, mes tentatives de fuites se retrouvaient plus que réduites. À tout hasard, je négligeais subrepticement d’entretenir convenablement leurs armes en particulier. Dans ces conditions, un mécanisme enraillé arrivait si souvent…
Mes enseignements portèrent véritablement leurs fruits lorsque les chasseurs commencèrent à s’armer pour leurs expéditions, ramenant tous les soirs du gibier important. Les Sippiens étaient fous de joie de pouvoir manger à leur faim aussi régulièrement, et c’était à moi qu’ils le devaient. Génial…
***
Je gardais le compte du temps qui passait, grâce à mon Pip-boy, et je constatai que trois semaines s’étaient déjà écoulées depuis ma fuite de l’abri 8. Je n’avais pas quitté le repaire des Sippiens depuis ma capture, et parfois, j’essayais d’imaginer ce qui se passait là-bas, comment la révolte avait tournée, ce genre de chose. Puis, je me disais qu’il fallait que je fasse une croix là-dessus et forçais mon esprit à penser à autre chose.
Un soir, alors que je m’apprêtais à dormir dans le coin qu’on m’avait assigné, Tatoué vint à ma rencontre avec deux colosses que j’avais identifiés comme Balafre et Eunuque. Le premier avait eu le visage presque entièrement arraché par une bête sauvage, ce qui laissait un ramassis de chair à peine humain, tandis que le second s’exprimait d’une voix si aiguë qu’elle lui avait fait gagner ce patronyme de ma part. Tous deux étaient des brutes épaisses et servaient de garde rapprochée à Tatoué, à qui ils obéissaient toujours sans discuter.
Ce soir-là, je sentis que quelque chose ne tournait pas rond lorsque le chef de tribu ordonna à ses gorilles de se saisir de moi. Sentant ma fin venir, je me débattis avec l’énergie du désespoir, parvenant à gratifier Balafre d’un coup de botte dans l’estomac, mais ils étaient trop fort pour moi et me maîtrisèrent rapidement. Pour me tenir tranquille, ils m’assommèrent.
Je me réveillai dans une sorte de hutte en peau de bête. Tatoué se trouvait là en compagnie de quelques autres, ainsi que de la nouvelle chamane, une femme aussi affreuse que sa prédécesseure.
-Homme-Bleu aider beaucoup Sippiens, annonça Tatoué d’une voix solennelle. Pour cela, Sippi veut adopter Homme-Bleu.
-Vous voulez faire de moi l’un des vôtres? m’exclamai-je, affichant malgré moi un air dégoûté.
-C’est un grand honneur, m’avertit Tatoué. Homme-Bleu pas le droit refuser.
Eunuque, derrière son chef, craqua ses jointures, une lueur mauvaise dans les yeux. Autrement dit, j’acceptais où j’y passais. Un choix très difficile.
-Qu’est-ce que je dois faire?
La chamane s’avança vers moi et brandit un poignard.
-Déshabille-toi! clama-t-elle d’une voix discordante.
Ben voyons. Sans dire un mot, je quittai la tenue d’abri que je portais depuis des semaines, me retrouvant nu comme un ver devant cette assemblée primitive. Puis, la chamane marmonna des paroles incompréhensibles à mon oreille tandis qu’elle peignait des symboles sur mon corps. Je subis cette épreuve, soulagé que cela ne soit pas si terrible, jusqu’à ce que je voie Tatoué sortir une barre métallique du feu. L’extrémité rougeoyait d’une lueur infernale, et soudainement, je ne me sentis plus aussi assuré.
Lorsqu’il pointa la première fois la pointe son outil sur ma peau, je me retins de hurler ma douleur. Ma volonté ne tarda toutefois pas à voler en éclat et je hurlai comme un porc qu’on égorge, obligeant Eunuque et Balafre à me retenir le temps que leur chef termine sa marque, à l’emplacement de mon omoplate gauche. Toutes les peintures remontaient jusqu’à ce point.
La chamane me tendit ensuite un bol rempli d’un liquide impossible à identifier en le qualifiant de «potion de communion». Une sorte de drogue chamanique, me dis-je, et être dans un état second ne serait pas de refus si c’était pour oublier la douleur qui me déchirait le dos. Je bus d’un trait ce liquide insipide, et les premiers effets se firent rapidement sentir.
Je me sentais détaché du reste du monde. Les bruits ne parvenaient que faiblement à m’atteindre, tandis que les détails autour de moi me paraissaient d’une netteté jamais vus. Mieux encore, j’avais une sensation grisante de puissance, doublée d’une légère euphorie probablement liée.
La dernière partie du rituel vint lorsque les tribaux présents quittèrent la hutte, me laissant seul avec Tatoué et la chamane. De l’extérieur, des cris horrifiés me parvinrent faiblement et quelqu’un poussa une silhouette humaine à l’intérieur avec tant de violence qu’elle bascula sur les genoux. Lorsque la femme releva la tête, la dernière partie consciente de mon cerveau embrumée par la drogue reconnut la prisonnière des Sippiens qui m’avait trahi après que je l’ai libérée. Cette conne avait trouvé le moyen de se faire recapturer!
-Homme-Bleu pouvoir maintenant engrosser cette femme, annonça Tatoué presque joyeusement. Homme-Bleu sera alors Sippien.
C’était tout? Tout ce qu’il me fallait faire pour avoir la confiance de la tribu?
Mon regard tomba sur la prisonnière en larme et cette dernière me dévisagea avec terreur.
-Pitié, sanglota-t-elle. Je suis désolée…
-Silence, femme! cracha Tatoué en la giflant. Nous laisser Homme-Bleu.
Les deux derniers Sippiens partirent, refermant le battant de la hutte. En temps normal, j’aurais peut-être hésité à commettre un tel acte. Mais, déterminé à survivre, abruti par la substance inconnue que j’avais bue et ma colère contre cette femme ranimée, je la saisis par le col de sa tunique de toile et la jetai sur le dos contre le sol.
-Je vous en supplie, non! hurla-t-elle lorsque je déchirai ses vêtements de mes mains nues.
Le corps nu de la femme était crasseux, mais fortement attirant. D’une main, je saisis violemment un sein tandis que, du genou, la forçai à écarter les cuisses.
-Tu as choisi toi-même ton destin, lui dis-je en me fermant complètement à ses hurlements.
à suivre...