Les Philippines se retirent d´Irak, provoquant la critique de Washington
BAGDAD ( AFP), le 16-07-2004
Les autorités philippines ont confirmé le retrait de leur contingent d´Irak pour sauver leur ressortissant pris en otage, suscitant la colère des Etats-Unis qui demandent aux membres de la coalition de ne pas céder au chantage des ravisseurs.
La secrétaire philippine aux Affaires étrangères, Delia Albert, a confirmé vendredi que le chef du contingent philippin en Irak et 10 autres de ses membres allaient partir vendredi, le reste des forces philippines devant être retiré " bientôt" pour assurer la libération de l´otage Angelo de la Cruz.
" Le reste des membres du contingent ( 51 hommes au total) quittera l´Irak bientôt", a encore indiqué Delia Albert, sans préciser si ces soldats restants s´en iraient avant le nouvel ultimatum des ravisseurs, le 1er août.
Ces derniers, membres de " l´Armée islamique en Irak", avaient adressé un ultimatum à Manille, exigeant le retrait des troupes philippines d´Irak d´ici à la fin juillet, en contrepartie de la libération de l´otage, dans un communiqué cité jeudi par la télévision qatariote Al-Jazira.
Par ailleurs, des sources militaires américaines ont révélé jeudi soir que la police irakienne avait retrouvé dans le Tigre, à environ 200 km au nord de Bagdad, un corps sans tête, qui pourrait être celui d´un otage bulgare, dont la décapitation avait été annoncée mardi par Al-Jazira.
Ni la police locale, ni les autorités bulgares n´étaient néanmoins en mesure de dire s´il s´agissait du corps de l´otage. Le gouvernement bulgare avait déclaré mercredi qu´il maintiendrait son contingent militaire en Irak, malgré l´exécution de l´otage.
La Maison Blanche a critiqué jeudi les Philippines pour avoir adressé le " mauvais message" aux terroristes avec leur décision de retirer leur troupes d´Irak.
Peu après, le secrétaire d´Etat américain Colin Powell a appelé la coalition internationale en Irak à rester " déterminée" face aux enlèvement et aux meurtres de ressortissants de certains pays membres.
" Nous sommes fiers que nos partenaires de la coalition, presque tous, restent fermes", a déclaré le chef de la diplomatie américaine dans une allocution devant un centre d´analyse internationale.
" Certains pays ont estimé nécessaire, pour une raison ou une autre, de ne pas prolonger la présence de leurs troupes ou de les retirer", a reconnu M. Powell, sans les nommer. Malgré cela, " nous avons la chance d´avoir des partenaires au sein de la coalition qui, pour n´en nommer que deux, la Corée du sud et la Bulgarie, ne vacillent pas", a-t-il ajouté.
La Thaïlande a par ailleurs déclaré vendredi que le retrait du contingent de quelque 450 soldats thaïlandais basé en Irak avait commencé et serait terminé le 20 septembre. Ce pays avait affirmé plusieurs fois ne pas vouloir prolonger leur mission.
Aux Etats-Unis, une source parlementaire républicaine sous couvert de l´anonymat, a indiqué que le Pentagone s´efforçait d´éviter de nouvelles auditions publiques au Congrès sur le scandale des tortures de détenus dans la prison irakienne d´Abou Ghraib avant l´élection présidentielle.
A Washington, un organisme international chargé du contrôle des revenus pétroliers irakiens a dénoncé jeudi, dans son premier rapport, le flou entourant l´exploitation de l´or noir en Irak lors de l´occupation américaine et le manque de transparence dans l´attribution des contrats tels que celui d´Halliburton, l´ex-groupe du vice-président Cheney.
M. Powell a également appelé, une nouvelle fois, Al-Jazira à modifier sa couverture de l´actualité qui, a-t-il dit, encourage le terrorisme.
A Londres, le bureau de Tony Blair a affirmé que le Premier ministre britannique pensait toujours que l´ex-président Saddam Hussein " restait une menace en termes d´ADM" ( armes de destruction massive) avant la guerre de mars 2003.
La veille, un rapport d´enquête officiel avait dénoncé de graves défaillances des services secrets britanniques, mais blanchi M. Blair du soupçon d´avoir exagéré la menace irakienne pour justifier la guerre.
Le nouveau chef des services secrets britanniques extérieurs ( MI6), John Scarlett, l´auteur du dossier controversé sur les ADM en Irak, doit faire face à des pressions pour démissionner de son poste, a rapporté vendredi le quotidien Daily Telegraph.
En Australie, un homme soupçonné d´avoir voulu organiser un attentat terroriste en Irak a été arrêté par la police de Perth ( ouest) et devrait comparaître vendredi devant un tribunal de cette ville, a annoncé un responsable de la police fédérale.
Sur le terrain, la violence a continué. Un attentat à la voiture piégée visant un commissariat de police de la ville de Haditha, à l´ouest de Bagdad, a fait dix morts jeudi.
" Nous sommes déterminés à nous débarrasser des forces terroristes avec l´établissement d´une unité de renseignement intérieur appelée Direction générale de la sécurité ( DGS) qui va annihiler ces groupes de tueurs", a déclaré M. Allaoui.
Dans le nord du pays, l´explosion jeudi matin d´une charge sur l´oléoduc reliant la région pétrolière de Kirkouk au port turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, a provoqué l´interruption des exportations de brut.
M. Allaoui a affirmé que les services de sécurité irakiens avaient arrêté ces derniers jours plusieurs " gros bonnets" du réseau terroriste d´Al-Qaïda, dont le chauffeur du Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, chef d´un groupe lié à Al-Qaïda