Bon, je ne vais pas trop m´engager dans le débat métaphysique sur la nature profonde des jdr... juste pour dire que oui, fatalement, un écrivain à plus de liberté qu´un MJ, une liberté totale, puisqu´il est seul face à lui-même. L´intérêt des jdr est d´écrire une histoire À PLUSIEURS. Ce n´est ni pire ni mieux, c´est différent. Et la liberté ne fait pas tout. Ce qui permet d´enchaîner sur le véritable sujet : The Witcher.
Je vais commencer en frappant un grand coup, en disant que dans sa structure tant décriée (linéaire, cloisonnement, etc.), The Witcher me fait furieusement penser à..............
suspense....
Planescape: Torment !! !
Ce dernier a pour lui, bien évidemment, l´incroyable multivers et tout ce qui s´ensuit, autrement dit une certaine originalité, et des dialogues je dirais plus riches que ceux de The Witcher. Mais ce dernier l´emporte sur l´interactivité du scénario (à confirmer vu le stade peu avancé où j´en suis, mais il me semble bien). En fait, The Witcher substitue le dialogue à l´action, une action réelle sur le monde qui nous entoure et qui porte à conséquence. Et c´est je trouve bien plus jouissif que de pouvoir gambader dans des prés et sauter de falaise en falaise (enfin, surtout, ça fait changement, un bon retour aux anciens rpg). Même s´ils sont extrêmement différents, les deux jeux se rejoignent dans leur volonté de proposer un scénario profond et qui peut faire réfléchir à des questions plus ou moins philosophiques. Et bien entendu le système de jeu n´a rien à voir. Je voulais surtout faire le rapprochement pour signaler que ce qu´on reproche à The Witcher est également très présent sur des références du genre, à condition d´avoir connu les rpg avant Gothic et Morrowind, évidemment.
Le gameplay de The Witcher est prenant et addictif. On a droit à des séquences il est vrai assez bourrines face aux ennemis les plus faibles (qui ne semblent pas leveller d´ailleurs, c´est donc un plaisir de massacrer des noyeurs à la pelle avec de grands moulinets d´épée d´argent recouverte d´Argentia...), mais bcp plus tactiques face aux gros (et je ne parle même pas des boss - ah, la Bête ! Croyez moi, il m´a vraiment fallu trouver une vraie tactique pour la battre : combat de groupe contre les sbires pour la blesser sans l´affronter directement, puis quand il n´y en a plus, renversement magique pour pouvoir lui placer juste un enchaînement en style puissant (contrairement aux indications du bestiaire), afin de maximiser les dégâts en un minimum de temps, et repli aussitôt pour éviter la dévastatrice contre-attaque de douleur et d´embrasement, etc.). Finalement, c´est niveau combat bien plus intéressant qu´Oblivion, par exemple, qui lui était pas mal bourrin dans le genre. Ici, il faut trouver quelle est la technique adaptée à chaque adversaire, et même à chaque moment du combat contre les adversaires les plus coriaces. Les combats les plus ardus ne nécessitent pas un plus gros sort ou une plus grosse épée, mais une utilisation intelligente des ressources dont on dipose. C´est une difficulté gratifiante, pas frustrante.
Evidemment, je joue en difficile !
Et même les séquences dites "bourrines" sont tout-de-même prenante : il faut se concentrer pour réaliser les enchaînements, le résultat est magnifique à l´écran, et on a envie de débloquer les compétences supérieures pour voir les enchaînements suivants (de 6 styles différents, puisque le glaive d´acier est à deux mains et celui d´argent à une main, ce qui assure des chorégraphies différentes). J´aime aussi particulièrement les interactions entre magie et styles du glaive d´argent, genre le coup puissant avec bonus de dégâts si les ennemis sont enflammés, la peur généré par les flammes si on utilise le combat de groupe, etc. (oui, j´ai des tendances pyromanes).
La magie est comme prévue très limitée avec 5 sorts (qui évoluent néanmoins), mais ça se rattrape largement sur l´alchimie, jouissive et conviviale. Ceux qui ne veulent pas se prendre la tête pourront se débrouiller en 3 clicks, les autres s´amuseront à chercher et sélectionner les bons ingrédients afin d´obtenir des effets supplémentaires intéressants...
Et je passe sur l´ambiance, la qualité de la plupart des dialogues (pas du niveau d´un Torment dans le délire métaphysique, évidemment, mais quand même, et si le personnage est seul on croise des amis récurrents auxquels on s´attache presque aussi bien que s´ils nous accompagnaient dans nos combats), toutes ces petites choses qui renforcent l´immersion (sexe, drogue et pas rock n´ roll), etc. etc. etc.
En bref : j´attendrai d´avoir finit le jeu pour en faire un test... final, mais pour l´heure je le trouve excellent et ai le plus grand mal à en décrocher. S´il continue dans cette voie, que le scénario global se ficelle bien et que j´ai au final l´impression de pouvoir recommencer le jeu d´une manière bien différente, avec des repercussions importantes sur le scénario, le monde, etc., que l´évolution du personnage continue à être intéressante, qu´aucune lassitude ne s´installe quant aux monstres, lieux, etc., il aura tout gagné. À voir dans... longtemps (pas autant le temps d´y jouer que je le voudrais, pour l´heure au chapitre II en train d´explorer les marais avec 8 séphirah sur 10. Mais j´ai prouvé l´innocence de Talar et vais faire une "pause cimetière", c´est mon côté gothique)
Et finalement, au rayon défauts, on oublie très vite les clones, mais les temps de chargement sont parfois pénibles (surtout quand on doit recommencer des dizaines de fois contre la Bête, aaargh ! Mais quel plaisir en retour quand on la trucide !) .
En résumé, ce serait dommage de passer à côté de ce (grand) jeu, à moins qu´une exploration quasi-illimitée à la Elder Scrolls ne soit indispensable à votre plaisir. La liberté, ce n´est pas juste se promener dans les bois. J´étais on ne peut plus frustré dans Oblivion par le fait de ne pouvoir choisir mon camp (que ce soit dans la quête principale ou dans la guilde des mages), ce qui constituait pour moi une limitation de liberté bien plus grave que de ne pouvoir franchir une clôture. Certes, dans The Witcher je ne pense pas qu´il soit question d´incarner un salaud absolu (toujours l´histoire des bouquins qui limitent), mais il s´agit plus de choix "entre deux maux", finalement tout aussi voire plus intéressants que "sauver le monde ou le détruire". Ici, on veut faire "le bien", mais on ne sait pas trop comment, qu´est-ce que le bien et le mal, et le jeu nous laisse les dilemnes...
Je dois arrêter d´y penser et retourner bosser maintenant ;- )