Chapitre 15
Le déménagement
Puisque Camille attendait un enfant, mes deux maîtres ont tous deux décidé de déménager. Vu qu’ils savaient très bien parler anglais, ils hésitaient entre l’Amérique ou l’Angleterre. Bien qu’ils ne savaient pas encore où aller, presque toutes leurs affaires étaient déjà empilées les unes sur les autres dans des cartons disposés un peu partout. Max, Isis et moi étions perdus dans tout ce désordre. Nous ne savions pas encore que nous allions déménager, mais nous sentions que quelque chose allait se passer. Un jour, j’entendis Camille dire à John :
- Je préférerais l’Amérique, j’y vendrais plus facilement mes livres.
Quels livres ? Camille travaillait à la banque et n’était écrivaine ! Et puis, pourquoi l’Amérique ? Je ne comprenais vraiment pas de quoi elle parlait. Pendant deux semaines, mes amis et moi nous nous posions toujours la même question : « Que se passe-t-il ? » C’est alors enfin que je compris le sens du mot « déménager ». Car, chez les animaux ont dit plus tôt « migrer. » Je devais donc quitter tous mes amis ? Tout ceux que j’aimais ? Je fermai les yeux pour me réveiller de cet horrible cauchemar. Mais c’était bel et bien réel. Je sentis de chaudes larmes glisser sur mon museau, alors que les animaux qui pleurent sont les descendants de Dolly, une chienne dont son maître avait la capacité de parler aux animaux. La légende dit que tout chien descendant de cette lignée a beaucoup de points communs avec les humains, dont justement les larmes, ou alors le privilège d’être futé et vif d’esprit. Mais ce n’était pas ce qui me préoccupait. J’allais devoir quitter mes amis et ne les reverrai que, éventuellement, pendant les vacances. Alors les larmes se multiplièrent et ce fut de gros sanglots. L’idée de devoir me séparer de tous ces merveilleux amis me rendait encore plus triste. Mon museau était tout humide et mes yeux tout rouges. Je décidai d’arrêter de me lamenter et d’expliquer plutôt la situation aux autres et de dire au revoir à mes meilleurs amis. Lorsque je le dis à Isis elle aussi s’effondra en sanglots, mais nulle larme ne tombait de ses yeux. Je savais que son amitié avec Praline était très forte, elles avaient grandi ensemble et étaient comme deux sœurs. Ce fut le tour de Max qui ne céda pas et essaya de rester sérieux, mais je voyais bien sur son visage qu’il était autant triste que tout le monde. Je suis sortie de la maison en passant par le jardin pour me diriger vers la forêt. En route, je rencontrai l’aigle qui m’avait envoyé le message de la part de Jack. Je criai :
- Eh ! Toi, l’aigle ! Tu me reconnais ?
- Comment pourrait-on ne pas reconnaître la légendaire Maya ?
- Je suis aussi connue que ça ?
- Toute personne ne connaissant pas la héroïne Maya est un idiot ! Tu es celle qui a sauvé le roi de la forêt et ses descendants ! Tout le monde te connaît !
Effectivement, j’étais allée plusieurs fois revoir Jack et tous les animaux me portaient un regard bizarre. Mais mon ami ne m’avait jamais parlé de « descendants. »
- De qui veux-tu parler par « descendants » ? demandai-je.
- On ne ta jamais parlé des descendants du roi de la forêt ? Les princes et princesses des bois ? Les propres enfants de sa majesté Jack !
- Quoi ? Jack a eu des louveteaux ?
- Mais bien entendu ! Il faut quand même que la descendance de Dolly continue ! Et le roi Jack en fait partie ! La légende dit que si la lignée de Dolly disparaît alors tous les animaux du monde mourront !
- Mais… c’est… c’est impossible !
- Il faut croire que si, Maya. Sa majesté Jack est un descendant de la légende !
Je savais que Jack avait beaucoup de succès et que l’on l’appelait « roi », mais à ce point quand même !
- Bon, je ne suis pas venue ici pour bavarder, même si cette discussion m’intrigue, Je suis ici pour que tu dises à Jack que je vais émigrer. Enfin, je veux dire que mes maîtres vont déménager en Amérique ou en Angleterre. Je ne pourrai donc plus venir le voir, sauf peut-être pendant les vacances, mais ce n’est pas sûr. Et dis-lui que je lui souhaite tous les vœux de bonheur avec ses enfants et sa compagne. Maintenant, il faut que je parte dire au revoir à mes autres amis. N’oublie pas mon message !
- Ne vous faites pas de soucis, héroïne Maya !
Puis il s’envola sans que je ne puisse le remercier. Le mot « héroïne » résonnait dans mes oreilles. Tout ce que j’avais fait, c’était de sauver une forêt. Je n’avais quand même pas sauvé le monde ! Les deux fils d’Alix avaient tous deux déjà fondé une famille, dont deux femelles et trois mâles chez Tilou et quatre femelles chez Filou, le renard qui avait sauvé la forêt avec moi. D’ailleurs, sur le territoire de Jack, on m’appelait la héroïne ou la guerrière et Filou le noble chevalier. C’est mon ami « le roi » qui avait décidé de nous appeler comme ça. Car pour lui, c’est plusieurs vies que nous avons sauvées. Ce qui est vrai.
Je suis allée en premier chez Alix qui roupillait au soleil avec Myrtille. Il se réveilla en sursaut lorsqu’il entendit le bruit de craquement d’un bout de branche sous mes pattes.
- Maya ? Que fais-tu là ? dit-il.
Sans lui répondre je courus vers lui et le léchai d’un grand coup de langue.
- Que se passe-t-il Maya ? Quel est le problème ?
Alix, qui me connaissait bien, savait tout de moi. Il me connaissait mieux que personne, encore mieux que moi-même.
- Mes maîtres vont déménager ! Et loin en plus !
Le visage du renard s’attristait et Il s’approcha de moi.
- Tu es sûr qu’il n’y a pas moyen de les en empêcher ? demanda-t-il.
- Non, leurs cartons sont déjà faits. Et le départ doit être pour bientôt. Tu vas tellement me manquer Alix !
Et ce furent de tristes adieux, comme la première fois que j’avais dû le quitter il y avait deux ans lors de notre première rencontre.
Je passai en deuxième chez Tilou qui m’accueillit joyeusement, suivi de ses petits renardeaux affolés de me voir. Il faut dire qu’auprès des enfants, j’ai du succès ! Les adieux furent la même chose qu’avec son père. Puis je dus dire l’aurevoir le plus douloureux. Quand Filou apprit la nouvelle, une seule larme tomba au sol. Il la remarqua, baissa la tête et s’essuya le museau avec sa patte. Je ne dis rien car je ne voulais pas recommencer ce sujet, de plus, cela le gênerait sûrement. Que je sois une descendante de Dolly m’avait drôlement étonnée, mais qu’Alix en fasse partie ne me frappa pas, car je savais qu’il n’était pas comme les autres. Les descendants de Dolly peuvent être n’importe quel canidé. Mais si Filou était de la lignée, c’était obligé que l’un de ses parents et de ses enfants le soient aussi. Mais un seul petit par portée peut avoir ce privilège.
Voilà!!
je vais aussi mettre un autre chapître!