Cana100,
je suis bien d´accord avec toi sur de nombreux points.
Mais je pense essentiellement qu´il y a malentendu. Les exemples que tu cites ne sont précisément pas des charges aveugles: ce sont des charges, en effet, mais qui soit terminent un mouvement soit marquent une surprise. En fait des échecs, je ne parlais que des charges aveugles produites comme telles, ce qu’on voit dans BF2. Les exemples en sont rares. A peu près à chaque fois, y compris dans le cas du Général Giap à Dien Bien Phu, la manœuvre ne comportait de charge que selon une stratégie de harcèlement, et non dans une perspective strictement frontale. C´est le technique de raz-de-marée qu´affectionnent les régimes bolchéviques, méprisant essentiellement l´individu (mais ce ne sont pas les seuls, n´allons pas en hors sujet).
Un mot: Marignan voit les Français et les Suisses s´affronter, les 13 et 14 Septembre 1515. Je suppose que tu voulais parler de Bouvines.
En bref, fondre sur l’ennemi et fondre en aveugle sont deux choses radicalement différentes.
Rome voyait rarement ses légions affronter des troupes ennemies en situation de surprise, parce qu’elle pratiquait le renseignement. Je sais bien que Gladiator a vulgarisé brillamment la chose, mais pensons à la légion thébaine de Maurice : que de profondeur morale et tactique de la part des chefs, loin de s’engager à l’aventure !
Les Huns d’Attila, héritiers essentiellement de Djebe, petit-fils de Gengis, se sont fait connaître justement pour la technique de l’enveloppement et du harcèlement. Qu’Alaric les ait vaincus aux champs catalauniques ne se doit qu’à la conduite d’une bataille rangée, frontale si tu veux, mais sur des bases maîtrisées, pas aveugles, et encore moins isolées.
Les Grecs, les Romains, s’affrontaient à leurs ennemis en rase campagne, mais leur organisation en cohortes ou en groupes serrés est un démenti à l’accusation de charges aveugles.
Les temps moderne voient surgir des stratèges.
Dont Bonaparte, qui a du talent, mais je ne crois pas qu’il soit le plus grand de tous les temps, d’abord parce qu’il a eu des prédécesseurs, ensuite parce qu’il s’est fait connaître à cause du nombre de morts sur les champs de bataille, enfin parce le vrai grand stratège est précisément celui qui vainc sans grosses pertes. Mais Bonaparte lui-même est caractéristique des stratèges qui n’emploient jamais l’affrontement facial, si ce n’est, encore une fois, pour conclure (alors qu’essentiellement la victoire est acquise, et là je pense à Austerlitz, alors qu’à Marengo ce sursaut frontal, loin d’être aveugle, renverse la situation en sa faveur.
Pour la Ière Guerre mondiale, je dirai volontiers que quns de nos généraux (et les Allemands avaient les mêmes en face) étaient des crapules sans scrupules, mais enfin généralement, il s’agit d’une guerre de position. Les assauts, j’en ai parlé, caractérisaient des situations obsessionnelles (prendre à tout prix telle côte, tel fort – je pense à Douaumont, qui marque le début de la fin du conflit, en 16) ou stratégiques, mais quand même généralement pensées, et rarement spontanées (quoique cela se soit produit, on l’a dit, dans des conditions désespérées).
6 juin 44 : là, pas du tout d’accord. Pour avoir vécu en Normandie longtemps, je connais le déroulement des faits à peu près, et je peux dire, en leur rendant hommage aux Yankees (ils n’ont pas toujours eu tout faux), que les choses étaient extrêmement bien pensées. Chaque casemate de la côte était connue, dessinée, archivée. L’info était parfaite. Ça n’a pas empêché de lancer l’assaut qui, loin d’être aveugle, ne comptait pas affronter des soldats allemands beaucoup plus résistants que prévu. La situation a tourné au cauchemar à cause d’éléments imprévus, pas à cause d’une improvisation. A la rigueur, tu peux dire que c’était mal préparé par rapport à ce qu’il fallait attendre. Mais les Ricains avaient quand même prévu 100kg de munition par soldat allemand, ce qui est confortable ! Tous les mouvements étaient planifiés : on s’est d’ailleurs rendu compte que l’encadrement de l’armée US tenait essentiellement d’une formation d’Américains d’origine allemande, tels Eisenhower). Il n’y a pas en l’occurrence d’improvisation, d’aveuglement, d’assaut frontal. Le ranger ou la repris de justice qu’on envoyait à l’assaut des falaises de Hoc ou des plages de Utah ne pesaient certes pas très lourds dans la conscience des chefs. Mais c’était aussi pour notre peau.
Pour finir, je voudrais aller dans ton sens à une occasion : c’est récemment qu’on a eu une illustration pathétique de l’assaut débile « à la BF2 » : c’est en Somalie, lorsque les GI se sont extraits de leur caserne pour faire qs km en hélico au-dessus d’une pays totalement inconnu et se déposer dans une rue inconnue, sans savoir que la vieille dame du coin savait sulfater au plomb. Dans un temps dit voué à la communication, on n’en croit pas ses yeux !
Intéressant débat en tous cas !