Pires la pleureuse
28/10/2004
Par FREDERIC WARINGUEZ
De Sports.fr
Robert Pires a des états d´âme. Le Gunner a le sentiment que Raymond Domenech ne lui fait pas confiance en équipe de France et ne l´envoie pas dire dans une interview à paraître vendredi dans France Football. Le milieu de terrain, dont on pensait que les rapports avec le sélectionneur s´étaient apaisés après le déplacement aux Feroé et la visite de Domenech aux joueurs d´Arsenal, ravive la polémique. Dans quel but?
Pires ne se sent pas bien sous les ordres de Domenech.
A quoi joue Robert Pires? Quelle mouche a donc piqué le Gunner dont on garde encore l´image d´un joueur réservé et discret à qui Aimé Jacquet demandait pendant la Coupe du monde 1998 de muscler son jeu ? Six ans après, le moins que l´on puisse dire c´est que l´international muscle son discours à l´égard de Raymond Domenech.
Ainsi, dans une entrevue accordée à France Football, le protégé d´Arsène Wenger, sorti à la mi-temps de Chypre-France le 13 octobre dernier ( 2-0), se lâche. Pires n´a apparemment pas apprécié d´être remplacé de la sorte. " Si le match avait eu lieu au Stade de France, je n´y serai pas resté! Je me serais enfui, vexé, énervé, déstabilisé, tout ce que vous voulez. Quand le sélectionneur à dit : " Daniel ( Moreira) tu remplaces Robert", je n´y croyais pas. C´est la première fois de ma vie sportive que je traverse un moment pareil."
Interrogé sur ce fait de match, somme toute banal, Raymond Domenech avait livré son explication: " J´avais d´un côté une option avec Robert, qui est un joueur qui rentre plus vers l´intérieur, et une avec Daniel qui joue davantage dans la profondeur. J´ai fait une mi-temps avec chaque option pour voir ce que ça donnait, les deux m´ont satisfait, on a gagné à chaque fois 1-0. Mais c´est un choix tactique du moment, ça n´a aucune incidence pour la suite." Des arguments qui n´ont pas l´heur de satisfaire le joueur à qui il faut sans doute rappeler qu´il est loin d´être titulaire indiscutable dans son club comme on a pu s´en apercevoir lors du choc contre Manchester United...
Au moment où l´équipe de France, en s´imposant à Chypre –certes sans gloire-, est sur la voie d´une certaine stabilité après le départ de nombreux joueurs majeurs, tout en préservant sa position dans son groupe éliminatoire, Robert Pires relance la polémique. Une polémique qui avait déjà pollué l´arrivée de Raymond Domenech à la tête de l´équipe de France à laquelle il avait décidé d´imposer, légitimement, ses méthodes et son style. Par voie de presse interposée, Pires avait alors déjà exprimé son malaise et l´après-match contre les Feroé avait été un paroxysme quand les propos d´incompréhension de Pires avaient été rapportés à Domenech. Histoire de calmer le jeu, ce dernier s´était rendu quelques jours plus tard à Londres pour y rencontrer les joueurs d´Arsenal et on pensait alors l´affaire classée.
Parano Pires?
Il n´en est rien. L´ancien Messin a dégoupillé après cette sortie inattendue contre Chypre et, un brin parano, se plaint, du haut de ses 79 sélections, d´un manque de confiance: " Rien dans ses attitudes ne me permet de penser qu´il me fait confiance. J´ai l´impression d´être à l´école, d´avoir vingt ans et de commencer à jouer au foot. On aurait besoin que Domenech nous libère, or, il nous crispe par ses attitudes, ses paroles, ses commentaires. Il y a des turbulences entre moi et lui. Il ne m´énerve pas. En revanche, je dois l´énerver."
79 sélections pour Pires. Et maintenant?
S´il a l´impression d´être traité comme un gamin, Pires ne fait pas franchement preuve d´une grande maturité malgré ses 31 ans quand il évoque de façon pour le moins contradictoire l´attitude protectrice de son mentor Arsène Wenger, " En Angleterre, j´ai la chance d´avoir Arsène Wenger, qui me connaît, qui me place, moi et les autres, dans les meilleures conditions possibles de réussite. Il règne entre nous une confiance totale qui n´existe pas ailleurs. En sélection, jusqu´à présent ce n´est pas le cas."
Alors quoi, qu´est-ce qui pousse le Gunner à sortir de ses gonds de la sorte? Difficile en effet de comprendre la violence des propos de Pires, même s´il ressent probablement un profond malaise. Pas assez profond néanmoins pour lui faire envisager sa retraite internationale : " Je ne suis absolument pas dans cet état d´esprit. Les Bleus, j´en rêve encore ! Je veux aller jusqu´au bout avec cette équipe, je veux montrer ce que je sais faire. J´ai cette patience, et, surtout je crois en moi". Grand bien lui fasse. Reste à savoir si Domenech aura la patience nécessaire pour une nouvelle explication de texte à un joueur qui passe désormais pour un fauteur de troubles...