tiré de lekipe
Paris refroidi
Sa rechute à Nantes ( 0-1), samedi, a confirmé l’irrégularité du PSG cette saison. Et attisé un climat tendu autour du club.
SI LES GRANDES ÉQUIPES sont celles qui gagnent même en jouant mal, que faut-il penser des équipes qui perdent même en jouant bien ? À l’heure où l’esthétisme est un concept secondaire, ce PSG voit avant tout se dresser, face à lui, son bilan comptable : avec dix points en dix journées, il est seizième et tourne à une moyenne de points qui fut celle, la saison passée, de deux des relégués en fin de saison ( Guingamp et Le Mans). Pour mémoire, le PSG, après dix matches de L 1 la saison dernière, pointait à la troisième place, à quatre points du leader ( Monaco) et un point devant Lyon, futur champion.
En quittant la Beaujoire, les Parisiens parlaient beaucoup du jeu qu’ils ont déployé contre Nantes. Sa qualité prête néanmoins à discussion. Paris, encore plus qu’à Bastia ( 2-1), a montré avant-hier ses progrès dans le quadrillage du terrain, dans sa capacité à resserrer ses lignes et à respecter une discipline. « Au début de la saison, on avait des problèmes défensifs, notamment dans le replacement, observait hier matin Modeste M’Bami. À Nantes, on a formé un bloc, tout le monde a fait des efforts. Ces problèmes sont résolus. D’ailleurs, le coach n’avait rien à nous reprocher sur l’état d’esprit. »
Pauleta-Ljuboja :
84 minutes
en commun…
Si le PSG avait retrouvé une complète maîtrise de son système défensif, il ne se serait quand même pas incliné suite à un geste ambigu de Pierre-Fanfan sur Bagayoko dans la surface de Letizi ( 90e). « On commet encore trop d’erreurs », soufflait un joueur samedi soir. La difficulté majeure sur laquelle a buté le PSG fut surtout son déficit dans la finition. Samedi, les joueurs de la capitale ont affiché une certaine fluidité dans leurs enchaînements et leur refus de subir. La victoire s’offrait à eux contre des Nantais au relief limité. Mais Paris a payé pour son manque de précision et de conviction dans les frappes. Pour son manque d’inspiration dans des contres moins foudroyants que la saison passée. Paris a payé pour son manque de feeling, notamment sur quelques bons centres de Rothen restés sans receveurs. « Le coach a dit que trop de centres de Jérôme étaient passés sous le nez des attaquants sans qu’ils parviennent à les couper », raconte M’Bami.
Mais le coach, justement, a-t-il eu l’humilité de s’interroger sur ses propres choix ? N’a-t-il pas, à Nantes, révélé des signes de fébrilité au fil d’un coaching dénué d’ambition ? À Bastia, le scénario de la rencontre – dont le but vainqueur de Reinaldo – avait étouffé le choix brûlant d’envoyer Pauleta sur le banc et Ljuboja en tribune. À Nantes, alors que son équipe avait, depuis longtemps, une emprise sur le match, Halilhodzic n’a fait entrer en jeu le Portugais qu’à la 84e minute et le Serbe dans le temps additionnel.
Jusqu’ici, Halilhodzic a choisi de ne pas miser sur le ticket Pauleta-Ljuboja. Certes, l’ancien Strasbourgeois a parfois été blessé. Mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi les deux principaux attaquants du PSG n’ont joué ensemble que 84 minutes en dix journées de L 1 ( *), encore moins que les 108 minutes communes en deux matches de C 1. Le volume de l’effectif parisien serait-il si luxueux pour ne pas chercher à huiler un peu plus la relation technique entre Pauleta et Ljuboja ? Mercredi, le rendez-vous face au FC Porto, en Ligue des champions, sera l’occasion de voir si cette étrange dissociation est amenée à perdurer.
Entre certains statuts égratignés, des joueurs remis en place après des interviews et quelques tensions persistantes au sein du groupe, le Camp des Loges est loin d’avoir retrouvé l’apaisement à deux jours de la venue du champion d’Europe et à cinq du match à ne vraiment pas rater contre l’AC Ajaccio. En attendant, les dirigeants restent solidaires de « Vahid », de ses méthodes, de ses décisions... et de ses résultats. Son poids dans le club et la crainte qu’il y inspire ne semblent pas avoir été écornés par la crise.
Depuis longtemps, à Paris, Halilhodzic se présente comme le véritable patron du PSG, plus encore que Luis Fernandez ne le faisait avant lui. Francis Graille, lui, n’a jamais paru rejeter l’image de victime consentante qui est parfois la sienne dans la capitale. Au point que Halilhodzic, qui ne l’ignore pas, s’est autorisé sa fameuse déclaration dans le Monde du 14 septembre : « Francis Graille a plus de dettes envers moi que moi envers lui. » Une phrase qui a froissé le président, peut-être plus enclin, désormais, à reprendre la main.
Mais le discours du manager suscite surtout des crispations à Canal +. Chez l’actionnaire majoritaire, la cote de Halilhodzic est en baisse. Parce que la chaîne a pour priorité son désengagement du club, la gestion de la crise est laissée à l’appréciation de Graille. Il reste qu’à trois semaines du lancement de la renégociation des droits TV, certains responsables de Canal goûtent peu la dégradation de l’image du PSG de Vahid Halilhodzic. Autour de ces tensions en coulisses, les groupes de supporters, eux, restent mesurés dans l’expression de leurs frustrations. Mais les ressentiments accumulés envers la direction du club confortent le sentiment d’un PSG aujourd’hui coupé du reste du monde.