Quand Chelsea et Liverpool se retrouveront, dans moins d´une semaine, avec les compteurs toujours à zéro, le club de Londres sera vraisemblablement devenu champion d´Angleterre dans l´intervalle. Il aura peut-être gagné ce supplément d´autorité morale qui lui a manqué, mercredi, pour assommer sa demi-finale aller contre son rival national, promis à sa perte sur le papier, mais formidablement accrocheur sur le terrain. Malgré ses trois victoires en trois matches contre Liverpool cette saison, malgré ses 31 points d´avance en Premier League, malgré son statut de favori pour la Ligue des champions contre une équipe que personne n´attendait dans le dernier carré, Chelsea n´a pu s´appuyer sur aucun état de grâce, aucun avantage psychologique pour poser les bases d´une qualification pour la finale. Liverpool a abordé cette première manche sans complexe et a contraint Chelsea à un score de parité ( 0-0). C´est une très belle performance, même si l´essentiel du travail reste à faire. Les Reds ont des raisons d´y croire : dans d´autres contextes, Chelsea a perdu ses trois derniers matches à l´extérieur en Ligue des champions, à Porto ( 2-1), à Barcelone ( 2-1), à Munich ( 3-2).
Dans la très belle bataille tactique que se sont livrés les deux entraîneurs champions d´Europe en titre, Benitez a su avancer des arguments décisifs en milieu de terrain. Aimanté par son capitaine Gerrard, l´entrejeu de Liverpool a joué avec l´intelligence et la vivacité nécessaires pour soutenir le rythme de Chelsea et réduire d´autant les possibilités d´expression de ses attaquants. Sans Duff, blessé, ni Robben, sur le banc, Joe Cole a pris les affaires en main et forcé Dudek au premier arrêt ( 12e). Puis il servait Drogba, dont le centre-tir passait à côté sans que Gudjohnsen puisse le reprendre ( 14e). Puis Lampard, idéalement placé à six mètres, frappait au-dessus ( 22e). C´était assez pour maintenir Stamford Bridge dans son état d´excitation, mais insuffisant pour rendre un but inéluctable. Cech fut d´ailleurs le gardien le plus occupé de la partie, avec intervention tranchante dans les pieds de Riise ( 18e) et une intervention dans la lucarne sur une tête de Baros ( 39e).
Liverpool fragile à Anfield
Les Reds eurent plus de mal à contenir Chelsea après le repos. A l´heure de jeu, Mourinho faisait entrer Robben pour percer la muraille, mais Benitez sortait lui aussi son joker avec Cissé, cinq minutes plus tard. Sans modifier l´équilibre des forces, l´entrée du Français permettait aux Reds de s´aérer un peu. Dans les derniers instants, Dudek dégageait du poing un coup franc de Robben ( 84e) et Ricardo Carvalho poussait le ballon en corner sur un contre de Cissé ( 90e). Sans conséquence. Tout reste à faire pour les deux équipes. Liverpool ne pourra pas baisser de niveau, notamment au milieu. Mais Xavi Alonso, suspendu pour un deuxième avertissement, risque de manquer cruellement. Férus d´histoire, les Reds se souviendront aussi que Chelsea avait sorti Arsenal à la surprise générale, la saison dernière en quart de finale ( 1-1, 2-1). A cette époque, les Blues jouaient le rôle des outsiders face à un leader de Premier League despotique. Pas sûrs qu´ils envisagent de répéter l´histoire.