Sports > Football
Hugo n´est plus le boss ( 08/02/2005)
© BELGA
La direction anderlechtoise nomme Vercauteren comme coach, mais se cache
ANDERLECHT Anderlecht n´a finalement pas attendu le retour de ses deux grands patrons, Roger Vanden Stock ( à Genève) et Philippe Collin ( en Afrique du Sud) pour virer Hugo Broos. Ce n´est qu´hier soir à 18 h 10 que le club annonçait officiellement qu´il mettait son entraîneur à la porte et le remplaçait par Franky Vercauteren.
Voici le communiqué: «Le R.S.C. Anderlecht a pris ce jour la décision de mettre un terme anticipé au contrat venant à échéance le 30 juin 2006, le liant à son entraîneur Hugo Broos. Il confiera à dater de ce jour la direction sportive de l´équipe à M. Franky Vercauteren. Le R.S.C. Anderlecht mesure le caractère regrettable de cette séparation pour chacun, eu égard à la correction professionnelle et au passé prestigieux de Monsieur Broos. En prenant cette décision, le club n´entend pas, solution de facilité à laquelle il se refuse, imputer à l´entraîneur l´unique responsabilité des résultats décevants obtenus jusqu´à ce jour. Il a toutefois estimé, après mûre réflexion, devoir prendre cette mesure en espérant qu´elle contribuera avec le concours de toutes les parties concernées et en particulier avec l´entière motivation des joueurs et du nouveau staff technique, d´obtenir en fin de saison les résultats que le R.S.C. Anderlecht s´était donné pour objectifs. Il souhaite à Monsieur Broos de poursuivre avec succès sa carrière d´entraîneur.»
Roger Vanden Stock tranche depuis Genève
À part cette communication, personne du club n´a souhaité donner de commentaire. Très étrange, pour un club professionnel. Mais la nouvelle était tout sauf une surprise. Cela faisait déjà des semaines qu´Hugo Broos était sur la sellette et qu´Anderlecht lui faisait passer des examens. Mais malgré le mauvais jeu, le coach obtenait des résultats. À Saint-Trond, le Sporting parvenait à sauver sa tête malgré le nul, vu le jeu raisonnable pendant la première heure. Mais à Gand, tout était mauvais, le jeu et le score. Tout était perdu: la Ligue des Champions, la Coupe et le titre. «Donnez-moi 24 heures de réflexion», disait Herman Van Holsbeeck. Finalement, c´est Roger Vanden Stock qui a tranché hier, depuis Nyon où il était pour l´UEFA avec Michel Verschueren. Le président du Sporting avait trop peur de louper la deuxième place. Pourtant, hier matin, le manager général prétendait encore que rien ne se passerait. «Une réunion de crise? Non, pourquoi? Je ne crois pas qu´il y aura une décision aujourd´hui. Roger? Il ne rentre que mardi ou mercredi», lâchait Van Holsbeeck... C´était Franky Vercauteren qui avait mené l´entraînement du matin. «Mais Broos est venu ici au matin», ajoutait encore le manager. Puisque seul quatre joueurs du noyau A étaient présents ( Ehret, Iachtchouk, Vanden Borre et Peersman), l´absence d´Hugo Broos ne semblait pas alarmante. Quelques heures plus tard, il se faisait limoger pour la première fois dans sa carrière. À Vercauteren de sauver les meubles...
LE BILAN MAUVE DE BROOS
125 matches officiels
82 victoires
26 défaites
17 nuls
2002-03
Championnat
33 matches, 24 victoires, 7 défaites, 2 nuls
Coupe de Belgique
4 matches, 3 victoires, 1 défaite
Coupes d´Europe
8 matches, 5 victoires, 2 défaites, 1 nul
2003-04
Championnat
34 matches, 25 victoires, 3 défaites, 6 nuls
Coupe de Belgique
6 matches, 3 victoires, 3 nuls
Coupes d´Europe
10 matches, 5 victoires, 3 défaites, 2 nuls
2004-05
Championnat
20 matches, 14 victoires, 3 défaites, 3 nuls
Coupe de Belgique
2 matches, 1 victoire, 1 défaite
Coupes d´Europe
8 matches, 2 victoires, 6 défaites
Total
Championnat 87 matches, 63 victoires, 13 défaites, 11 nuls
Coupe de Belgique12 matches, 7 victoires, 2 défaites, 3 nuls
Coupes d´Europe 26 matches, 12 victoires, 11 défaites, 3 nuls
Inévitable
Le pari, audacieux, qu´il s´était lancé à l´aube de cette saison est donc avorté. Hugo Broos depuis s´en est fait une raison: lui qui jamais n´avait connu le déshonneur d´un limogeage, ne sera donc pas arrivé au bout de sa troisième année comme entraîneur d´Anderlecht. Comme les Leekens, Ivic, Peruzovic, de Mos, Van Himst ou autre Boskamp, la pression du public et des médias sera venue à bout, anticipativement, de ses ambitions.
Mais en la circonstance, nous refusons d´endosser le rôle du méchant qui aura tout fait pour déstabiliser un entraîneur qui cherchait simplement à faire son travail. Nous n´avons rien contre Hugo Broos avec lequel, jusqu´à ces dernières semaines, il fut très agréable de travailler car il n´était pas du genre à fuir ses responsabilités ou à s´appuyer sur le communautaire pour exercer des différences. Mais que peut peser le côté humain, serait-il ouvert et sympathique, face à l´absence de résultats et, pire encore, de véritable fond de jeu?
Or ce sont ces deux points-là, et rien d´autre, qui nous ont poussé à réclamer la tête d´un entraîneur qui ne faisait plus l´unanimité auprès de ses joueurs et dont le manque de communication est apparu de manière flagrante une fois que la tension a pris le pas sur la quiétude. Très sincèrement, la décision prise hier est même trop tardive, car elle va de toute manière coûter son titre au Sporting après avoir vu son image, sur la scène européenne, passer de la crédibilité au... risible. C´est trop, beaucoup trop pour un club dont la fierté, justement, a toujours résidé tout autant dans ses succès que la manière dont il les forgeait. Tout cela, répétons-le, a disparu depuis de trop longs mois, Anderlecht étant même devenu sur la scène belge, dont on sait pourtant que le niveau est très faible, une formation qui ne fait plus peur à personne!
Bien sûr, Hugo Broos n´est pas le seul coupable de cette sinistrose sportive qui s´empare désormais de chacune des apparitions du Sporting. Mais comme chef, c´était à lui de trouver les mots justes et le système adéquat pour relancer des hommes et une machine grippée de toutes parts pour des raisons aussi diverses que précises. En lui coupant la tête, sa direction va peut-être mettre fin à un malaise qui, s´il se prolonge, ce qui aurait été le cas avec lui au pouvoir, pourrait peut-être même mener Anderlecht à se faire souffler son ticket pour une prochaine compétition européenne. Avec Franky Vercauteren aux manettes il est évident qu´on va en revenir à un style plus approprié à la maison mauve. D´autant que l´ex-Petit Prince du Parc Astrid n´est pas du genre à faire des ronds de jambes avec des joueurs qu´il sait capricieux pour les fréquenter au quotidien, mais qu´il devine pressé de renouer avec une confiance que Broos, lui, n´est pas parvenu à dompter une quatrième saison...
Philippe Lacourt
© Les Sports 2005
Je viens de l´apprendre 