Quand le ridicule tue !
anthuenis_egypte.jpgAimé Antheunis détiendra donc ce triste record d’avoir mis fin à notre série de qualifications pour la phase finale d’une coupe du monde. Il faut croire que nos voisins ne nous inspirent guère, puisque qu’après une pâle figuration sous la coupe de Georges Leekens en France, c’est avec aussi peu de gloire que nous tournons le dos à l’Allemagne. Chronique d’une mort annoncée, tant la tâche semblait ardue ? Peut-être ... Toujours est-il que, plus que jamais, de nombreuses questions nous passent par l’esprit, qu’on le veuille ou non. Seule la Fédération parait sereine. Mais elle finira bien par se rendre compte que des économies de bout de chandelles brûleront toujours plus vite, dans le football moderne, les sources de revenus qu’elle ose encore briguer. A force d’accepter que nous soyions un petit pays, on finit par s’en convaincre, dirait-on. Et notre passé, pourtant récurrent dans sa gloire, n’en deviendrait pour elle qu’exploit si difficile à réitérer.
A qui donc peut-on imputer réellement ces désillusions ? A l’Union Belge, à l’entraineur, aux joueurs ou aux limites de la Belgique ? Laissons aux amateurs d’excuses faciles cette dernière possibilité, pour nous concentrer sur les trois autres.
Et commençons par le sélectionneur national. Peu servi par la fragilité exaspérante d’Emile M’Penza, Aimé Anthuenis doit régulièrement composer avec diverses défections qui ne lui rendent pas la tâche facile, loin s’en faut. Et puisque notre pays manque intrinsèquement de talent, et que les changements poste pour poste impliquent automatiquement un reconditionnement de la tactique, on comprendra aisément les raisons des nombreux « essais » du coach fédéral. Mais à sa charge, même en tenant compte de cet état de fait, comment pourrions-nous passer sous silence certains errements sans doute évitables ? Dans un match capital, dans lequel aucune tergiversation n’a de place, pourquoi n’aligner que 2 attaquants et 1 joueur polyvalent, et le reste de joueurs défensifs ? Pourquoi jouer avec 2 demi-récupérateurs quand on connait dès le départ leurs limites à la relance ? Pourquoi aligner 2 bacs gauches quand on a dans la sélection un pur ailier ? Parce qu’on a qu’un confiance modérée dans le premier ? Parce qu’on a trouvé satisfaction dans le match amical précédent du second ? Mais alors pourquoi faire fi des autres agréables enseignements de cette rencontre face aux champions d’Europe ? Anthuenis ne construit pas une équipe, il base tous ses espoirs sur l’un ou l’autre et comble ensuite les trous avec ce qu’il a ! Comme dit plus haut, on ne pourra lui reprocher de miser sur ses atouts puisque notre pépinière est bien maigre, mais on lui reprochera quand-même de ne miser que sur eux. Emile M’Penza blessé, Buffel trop dispersé, Kompany tiré vers le bas par ses coéquipiers, et ce sont nos trois meilleurs joueurs qui manquent à l’appel dans chaque ligne.
Anthuenis a joué au poker et a perdu, comme d’autres prédécesseurs avaient aussi joué, mais avec plus de succès ! Car on le sait, nous passons souvent sur le fil. Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c’est que même au jeu du bluff, le bosniaque a été bien plus crédible, alors qu’il n’avait qu’une paire d’as en main ! Jamais il n’aura même senti le danger ... et jamais nous n’aurons vibré.
Les joueurs non plus, d’ailleurs, ne nous auront rassuré. En défense, Vanden Borre aura connu un off-match, mais faut-il être complètement ridicule pour oser aligner ce qui n’est encore qu’un gamin seul sur son flanc, lui qui il y a un an émergeait à peine de l’école des jeunes anderlechtoise ?! Quant à Deschacht, on apprend à connaitre toutes ses limites aussi, tant il joue sans jamais convaincre ! Notre milieu a lui connu le naufrage total, mais comment aurait-il pu en être autrement ? Simons a du laisser ses qualités dans la Venise du Nord en partant en Hollande ; Vanderhaege n’a pratiquement plus comme supporter que ses entraineurs ; et Buffel, à force de vouloir trop en faire suite aux attentes énormes placées en lui, s’est échoué en pleine mer. Enfin, que pourra-t-on reprocher aux attaquants ? Jamais correctement servis, même Thierry Henry ne pourrait faire parler la poudre !
L’Union Belge est donc devant le fait accompli : heureuse de n’avoir payé qu’une partie de salaire à son coach, elle est la dernière à ne pas se rendre compte que son équipe a besoin d’un vent nouveau, d’un vent venant de l’étranger. Mais dans les affaires, on dit qu’il faut savoir investir pour créer du rendement. La Fédération veut, elle, le rendement pour investir ! Dans le business, on sait qu’il faut injecter de l’argent dans la recherche et le développement. La Fédération a préféré laisser aux clubs tout le poids de la formation. La Fédération est certainement à l’image de ses instances dirigeantes : dépassée ! Et notre football se dirige ainsi tout droit vers les tréfonds de ce que l’on espère encore comme le professionnalisme.