LENS RETOURNE à Nice pour y
disputer son deuxième match de la
semaine. Il a gagné la première
manche, mais le résultat de la
seconde revêt la plus haute importance.
Les Nordistes se trouvent
dans l’impérieuse nécessité de
ramener trois points pour quitter une
seizième place tellement éloignée de
la valeur intrinsèque de leur équipe.
À l’inverse, une très large défaite en
Championnat pourrait être lourde de
conséquences.
Tel un bref soulagement, mardi, la
formation dirigée par Joël Muller a
obtenu, à l’arraché ( 1-1, 5-4 aux
t.a.b.), son billet pour les huitièmes
de finale de la Coupe de la Ligue.
« Cela faisait longtemps qu’il n’y
avait pas eu des cris de joie dans
notre vestiaire », s’est réjouit peu
après l’entraîneur.
Trop de frustrations contenues
depuis près de trois mois ont été libérées
dans les sous-sols du Ray.
Cependant, les joueurs ont préféré
parler de « qualification »plutôt que
de « victoire » après ce dénouement
heureux aux tirs au but. En Ligue 1,
le succès les fuit depuis le 21 août
( 2-0 contre Istres). Si l’arrêt de
Charles Itandje sur l’ultime face-àface
avec un joueur niçois ( Jacques
Abardonado) a fait beaucoup de
bien dans les têtes, ils savent que
leur situation demeure extrêmement
fragile.
« C’est positif, même si on n’a pas
gagné dans le jeu, souligne Nicolas
Gillet. J’espère que ça va apporter un
peu d’ondes positives. C’est bien
d’être passé en Coupe, mais la série
noire c’est en Championnat qu’elle
existe, rappelle-t-il. Il faut gagner
pour remonter au classement. Et
pour y parvenir, on doit garder le
même sérieux en ajoutant, entre
guillemets, de la folie offensive, et en
se disant, chacun d’entre nous, qu’il
faut en faire toujours un peu plus. »
Muller : « Ça fait
quelques semaines
que je tremble »
« Avez-vous tremblé ? » s’est
entendu demander Joël Muller au
bout de la nuit azuréenne. « Ça fait
quelques semaines que je tremble »,
a-t-il reconnu. Le coach lensois évoquait,
bien sûr, cette tension liée à
l’incapacité de son équipe à remporter
un match, sans faire directement
état de son cas personnel. Mais avec
quinze années passées à la tête
d’une équipe de Ligue 1 ( Metz et
Lens), il a trop d’expérience du haut
niveau pour ignorer la nature de son
sort si l’urgence d’un résultat positif
n’était pas satisfaite.
Une quasi-certitude : les joueurs sont
derrière lui. Et comme l’a dit récemment
Gervais Martel, à propos du
groupe : « Tant qu’il y a un dialogue,
il y a de la vie. » À l’issue de la
première mi-temps, indigente au
possible, de Lens-Lyon ( 0-1), le président
est intervenu – fait rarissime –
dans les vestiaires pour exiger plus
de hargne. Après ce nouveau revers,
il a déclaré qu’il s’agissait désormais
d’« une affaire d’hommes ». L’honneur
des hommes que l’on veut exacerber,
en dernier recours, quand
toutes les méthodes et les discours
ont été épuisés. Un appel à la fois
ferme et solennel à destination de
joueurs déçus par eux-mêmes, qui
venaient de quitter le stade sous des
sifflets nourris par presque quarante
mille supporters.
Ce soir-là, Gervais Martel a également
placé, publiquement, l’encadrement
devant « ses responsabilités.
» Le lendemain, enfin, entre
les murs de la Gaillette, il a tiré de
manière plus formelle le signal
d’alarme, sans se défiler. « Quand
tout va bien, c’est facile de tenir un
club avec le petit doigt, mais moi,
quand ça va mal, je suis assez costaud
pour le tenir à bout de bras. »
Dans ce contexte très délicat
s’ajoute la proximité du derby,
samedi prochain, dont il ne faut
surtout pas négliger l’importance
psychologique, notamment si l’on
considère la très ancienne rivalité en
Flandres et Artois. Un antagonisme
prompt à déclencher la colère des
supporters. Or aujourd’hui, Lille possède
quinze points d’avance après
seulement treize journées sur Lens.
Les Dogues se présenteront, au minimum,
à la deuxième place du classement,
sur la pelouse de Bollaert. Or, il
est impensable que les Sang et Or se
retrouvent en position de relégables
au moment d’affronter l’ennemi rapproché
au parcours si exemplaire.
D’où l’événement capital d’une victoire
à Nice, où la mise en garde de
Patrick Barul, prêté au Gym en
2002-2003, n’est pas indispensable.
« Je peux vous assurer qu’ils voudront
prendre leur revanche, a-t-il
toutefois prévenu. Je connais assez
bien leur entraîneur ( Gernot Rohr)
pour savoir qu’il n’aura pas l’intention
de perdre une nouvelle fois. »
De toute façon, rappelle le capitaine
Éric Carrière, tous les matches
de Lens sont désormais « à forte
pression ».