Cinq jours plus tard, Harry fit une apparition remarquée à Poudlard. Dumbledore avait reçu un hibou de Ste Mangouste et les professeurs avaient reçu des directives provenant de leur directeur et du guérisseur en chef de l’hôpital magique. La directive qui avait pris une forme rectangulaire de parchemin avait été dupliquée et distribuée à chaque élève.
Le retard de son bien-aimé avait tellement mis en colère Fleur que plusieurs fioles de calmant provenant de l’infirmerie avaient dû être données de force pour la faire tenir en place. Car rien de ce que Steffen et les autres avaient pu lui dire n’y avait changé grand-chose. Le seul point positif était que Fleur avait renoncé à assassiner à coups de lettres le guérisseur chargé de la salle de Harry. Steffen, Hermione, Neville, Ginny et Dumbledore avaient dû user e toutes les ressources dont ils étaient capables pour la dissuader de s’en prendre au guérisseur qui n’avait rien demandé, si ce n’est qu’on lui fiche une paix royale. Paix royale qui avait déjà été contrecarrée.
Harry – malgré les directives du directeur – avait été l’objet de nombreuses questions. Les professeurs avaient beau répéter aux élèves de laisser le jeune homme tranquille, rien n’y faisait. Les élèves – en particulier les Gryffondor – tenaient à avoir un récit de première main de ce qui s’était passé.
Harry était épuisé mais ses condisciples ne relâchaient pas pour autant leur « étreinte de questions ». Le jeune homme était obligé de se rendre invisible entre chaque cours pour ne pas arriver avec dix minutes de retard. Il savait d’expérience que certains professeurs – et Harry savait que Rogue en faisait parti – ne lui accorderait pas une telle excuse. Mais les autres élèves avaient trouvé une tactique pour coincer Harry malgré son était invisible. Celui-ci se demandait bien pourquoi les autres le questionnait avec tant d’acharnement. Il s’était même demandé une ou deux fois si les autres ne faisaient pas ça pour le rendre fou. Ou bien il devenait paranoïaque, ou bien il avait raison, la première hypothèse étant la plus probable, la paranoïa ne se séparant jamais de la folie. Quelque fut son état, il était certain que ça n’irait qu’en empirant. Le harcèlement dont il était l’objet était trop intense pour lui. La fatigue le guettait à chaque pas, la lassitude ne le quittait pas et la douleur de sa cicatrice empirait, bien que le possesseur de l’éclair ne sache pourquoi. Ce dont il était sûr, c’était qu’il avait besoin de dormir. Besoin de dormir et qu’on lui fiche la paix, il ne demandait rien d’autre. Une paix royale accompagnée d’un sommeil sans rêve. Mais rien ne cela ne se produisait.
Perdu dans ses pensées, Harry n’avait pas remarqué que les cours étaient finis et que la plupart des élèves étaient partis manger. Lui-même mourrait de faim. Mais les repas étaient le moments préféré des autres pour le questionner. Il résolut donc de ne manger que lorsque la Grande Salle serait vide. Ce qui pouvait prendre longtemps.
Ignorant les protestations de son estomac, Harry se dirigea résolument vers la salle commune, vide à cette heure.
« Lion d’Or », répondit-il à la question muette de la Grosse Dame. Le portrait pivota et le garçon entra. La tour était bel et bien vide, ce que Harry avait souhaité. Il n’y avait donc aucune raison de se cacher davantage et Harry leva son invisibilité. Il s’affala dans un fauteuil qui faisait face à la cheminée.
Le bon sens aurait voulu qu’il en profitât pour faire ses devoirs mais il était épuisé. Il contempla les flammes qui dansaient joyeusement dans la cheminée. Deux ans plutôt, Sirius était apparu dans l’âtre. Et l’année dernière aussi. Harry aurait tant souhaité que son parrain soit vivant. Sentant les larmes monter, il pensa à autre chose. Mais il ne parvenait pas à éloigner de ses pensées les évènements tragiques qui avaient marqué sa vie. La mort de ses parents, celle de Cedric, celle de Sirius… Il aurait tant voulu ne plus jamais pouvoir y penser, les laisser dans l’oubli à jamais et ne vivre que des rares moments de bonheur qui zébraient les ténèbres de son passé. Mais c’était impossible et Harry savait par intuition que des moments sombres et difficiles s’annonçaient. Les attaques répétées de celui qui avait été un séduisant Tom Elvis Jedusor laissaient planer le doute quant à la conduite à tenir. Fallait-il attendre et voir venir ou réagir par l’offensive ? Harry n’en savait rien.
Il sentit son regard vaciller sur les flammes et quelques secondes plus tard, il tombait endormi sur le bras de son fauteuil.
Tandis qu’il sombrait au pays de Morphée, le portrait pivota.
Des chuchotements éveillèrent l’endormi. Il se releva brusquement, se souvenant tout aussi brusquement qu’il voulait à tout prix éviter les autres. En se relevant, il ressentit une vive douleur au crâne : il venait de se cogner contre le manteau de la cheminée. Il se demandait par ailleurs comment il était arrivé là. Il croyait s’être endormi dans un fauteuil, pas par terre. Il sentit une cape tomber de ses épaules. Il la ramassa. C’était la cape d’invisibilité.
Sa vue brouillée par le sommeil se rétablit. Il entraperçut une chevelure rousse, une blonde et une brune en broussaille. Steffen, Fleur et Hermione à n’en pas douter. Il s’approcha d’eux lentement.
Les trois ados étaient en pleine conversation, mais à voix basse. Neville et Ginny étaient avec eux.
La baguette magique de Harry glissa de sa poche et tomba sur le tapis avec un bruit mat. Le pseudo russe se retourna.
« Harry ! Tu es enfin réveillé !
- Pourquoi "enfin" ? demanda Harry.
- Je suis monté vers sept heures et demie et tu dormais déjà, expliqua son frère.
- Et quelle heure est-il ?
- Plus de minuit. »
Harry resta interdit. Puis un brusque soupçon jaillit dans son esprit.
« Mais, les autres… Ils ont vu que j’étais là ?
- Ne t’inquiètes pas pour ça, sourit Fleur. Dès qu’il t’a vu, Steffen a foncé dans le dortoir est et revenu avec la cape d’invisibilité. »
Harry se traita mentalement d’abruti et de tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait. Quand on est fatigué et que l’on souhaite rester invisible aux yeux de tous, on se rend justement invisible. Et même si la fatigue empêche de se rendre invisible au moyen de quelque formule ou autre pouvoir du même acabit, une cape d’invisibilité résout aisément le problème ! Il s’en serait mis des claques. Mais le moment était mal choisi. Quoique…
VLAN !
Une claque, une ! Le bruit de l’impact les fit tous sursauter. Harry se prépara à s’administrer une seconde claque mais Fleur lui saisit le poignet, sans doute désireuse de ne pas voir son « fiancé » se battre lui-même. Hermione, qui avait d’abord regardé en direction de la fenêtre en pensant à un hibou qui n’aurait pas vu celle-ci, paraissait horrifiée de voir Harry s’administrer des claques. Harry semblait aux prises avec lui-même, ça ne devait pas toujours tourner rond sous les épis ébène du garçon. La fatigue ajoutée à une pression qui ne pouvait prétendre être quasi-inexistante en était très certainement la cause.
Pour sa part, Steffen était plutôt inquiet. Son frère perdait peu à peu la raison. Que se passerait-il si Harry venait à perdre totalement le contrôle ? Ce serait la fin du Bien ! Harry était le seul à pouvoir tuer Voldemort ! Harry avait révélé la prophétie à son frère. Celui-ci en avait été tout chamboulé ! Assassin ou victime… Le choix promettait d’être difficile. Certes, Harry tenait à vivre le plus longtemps possible mais on le sentait prêt à se sacrifier pour vaincre Voldemort. Et il ne pouvait sans doute pas le vaincre sans recourir à l’Avada Kedavra ou ne pas laisser la haine l’envahir. Ca devenait compliqué. Et Steffen préférait laisser toutes ses préoccupations en la matière dans un coin reculé de sa tête. Inutile de s’affoler, on n’en était pas encore parvenus à cette extrémité.
Harry ne se sentant pas bien – cela se voyait rien qu’à l’expression de son visage -, Fleur et Steffen décidèrent de l’accompagner au dortoir après avoir souhaité bonne nuit à Hermione, Ginny et Neville.
Fleur aida Harry à s’asseoir sur son lit. Le Survivant fondit en larmes.
« Ca va Harry ? s’inquiéta Fleur.
- Je pense qu’il nous fait une magnifique dépression, diagnostiqua Steffen.
- Aussi étrange que cela puisse paraître, je m’en été doutée !
- Je m’en doute bien. »
Ils se turent, observant Harry qui était toujours ruisselant de larmes.
« Harry, qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Fleur.
- Je… je ne sais… pas trop, hoqueta Harry.
- C’est la pression que les autres font peser sur toi ? demanda Steffen.
- Peut-être bien. »
Une fois les larmes séchées, Harry se sentit mieux. Apparemment, la seule chose qui lui fallait, c’était du réconfort et de la compréhension. Et Fleur et Steffen étaient tout indiqués pour ça. C’était pour ça qu’il les appréciait tant. Eux, Hermione… et Ron lorsqu’il était son ami. Cette pensée fit remonter les larmes du jeune Potter. Ron… Il avait toujours cru qu’entre eux, aucune séparation n’était possible, qu’ils pouvaient toujours compter l’un sur l’autre, que leur amitié était inébranlable. Il s’était trompé. Et il en payait le prix fort. Les larmes reprirent leur cours long et sinueux.
Désireuse de ne plus voir Harry en pleurs, Fleur le serra contre elle, imité par Steffen. Harry releva la tête.
« Merci… »